Partie 4 : La Menace du Vautour

2518 Words
Chapitre 16 : Le Choix de l'Architecte ​L'ascenseur s'était immobilisé. Le silence soudain dans le parking souterrain était plus assourdissant que les alarmes. Elara se tenait accroupie, le corps de Dante Reyes lourd et inerte dans ses bras. Le sang chaud s'étalait sur sa robe noire, marquant la fin de sa neutralité forcée. ​Elle regarda le téléphone que le tireur avait laissé tomber, affichant le visage de son cousin, Pedro. Javier Solís ne plaisantait pas. Elle avait un choix : la trahison immédiate pour sauver son sang, ou la loyauté forcée envers l'homme qui venait de risquer sa vie pour la protéger. ​Traiter la plaie d'abord. Analyser la menace ensuite. C'était le mantra de l'architecte face au chaos. ​Elle posa deux doigts sur l'artère carotide de Dante. Le pouls était faible, mais présent. La balle l'avait atteint juste au-dessus de l'omoplate, traversant probablement la clavicule. Grave, mais pas mortel si elle agissait vite. ​Si elle livrait Dante à Javier, elle sauvait Pedro, mais elle s'assurait d'être la prochaine victime. Javier ne faisait pas de prisonniers, il prenait des trophées. Si elle sauvait Dante, elle perdait Pedro, mais elle gagnait un allié puissant et peut-être une chance de négocier la survie de son cousin. ​Dante doit vivre. Je ne peux négocier qu’avec un Loup en vie. ​Elle activa un interphone mural. « J'ai besoin de personnel médical spécialisé. Urgence code Rouge. Dante est blessé. » ​La réponse vint de la voix glaciale d'Isabella Reyes. « Si c'est un piège, Solís, je te jure que je t'ouvrirai en deux pour le prix d'une. » ​« Il a été abattu par un tireur de Javier. C'est l'épaule, pas fatal, mais il perd beaucoup de sang, » cracha Elara. « Votre frère a besoin d'une intervention clandestine immédiate. Vous avez cinq minutes pour m'envoyer du renfort avant qu'il ne meure dans ce garage. » ​L'autorité et le sang-froid d'Elara, même sous la pression, étaient indéniables. Cinq minutes plus tard, deux hommes de la Hermandad, vêtus de blouses chirurgicales légères, arrivèrent en courant. Ils portaient un brancard et une trousse d'urgence. ​Ils emmenèrent Dante dans une infirmerie souterraine, secrète, dissimulée au cœur de la résidence Reyes. Elara insista pour rester. ​« Je dois aider, » dit-elle, sa voix tremblante. ​« Sortez ! » lui ordonna l'un des médecins. ​« Non, » répliqua Elara. Elle se rappela sa formation accélérée en premiers secours, prise après l'accident de son père adoptif à Chicago. « J'ai des compétences de base. Je peux stabiliser et assister. Et je suis la seule qui a vu la blessure de près. » ​Elle se positionna. Elle ne demandait pas la permission. Elle se l'appropriait. ​Chapitre 17 : Les Cicatrices du Loup ​L'opération fut un enfer contrôlé. La balle n'était pas sortie. Le médecin, un homme stoïque nommé Eduardo, travaillait avec une précision chirurgicale, mais Elara devait l'assister en contrôlant l'hémorragie et en maintenant Dante. ​Dante se débattait sous l'effet de l'anesthésie légère et de la douleur. Dans sa fièvre, il prononça des mots, des murmures déchirants qui n'étaient pas en espagnol, mais en nahuatl, la langue des anciens : « Ne me laisse pas tomber, Padre. Le pacte… » ​Elara était hypnotisée par les cicatrices de son dos, bien plus nombreuses que ne le suggérait son âge. Des marques de balles anciennes, des brûlures, et une longue cicatrice qui descendait le long de ses côtes, signe d'une blessure qui aurait dû le tuer. Dante Reyes n'était pas né El Lobo ; il l'était devenu par une survie acharnée. ​« Il porte le poids de la Hermandad depuis son adolescence, » murmura Eduardo, voyant le regard d'Elara. « Son père a été tué quand Dante avait vingt ans. Il a dû se battre pour le respect, pour la survie, et contre les menaces internes. » ​Au bout de deux heures tendues, la balle fut extraite. Dante fut recousu et stabilisé. Elara, couverte de son sang, était épuisée. ​« Vous avez été… efficace, Señorita Solís, » admit Eduardo, le respect remplaçant la surprise dans sa voix. ​Isabella entra dans l'infirmerie, son visage pâle. Elle ignora Elara, se concentrant sur son frère. ​« Qu'est-ce que tu voulais ? » demanda Elara à Isabella, pointant du menton le téléphone qu'elle tenait encore à la main, affichant la photo de Pedro. ​Isabella le regarda, puis le visage d'Elara. Elle comprit. « Tu as sauvé mon frère pour sauver ton cousin. Intéressant. » ​« J'ai sauvé mon seul point de négociation. Javier a mon cousin. Je ne peux le sauver que si je lui donne la preuve que je suis de son côté. » ​« Et tu t'attends à ce que je t'aide à trahir mon frère ? » ​« Non, » dit Elara. « Je m'attends à ce que vous agissiez dans l'intérêt de la Hermandad. Votre frère, le chef, est hors-jeu. Javier a déjà attaqué un entrepôt. Il va tester la chaîne de commandement. Pour que Dante se rétablisse, vous devez lui prouver que vous vous occupez de la menace. Et pour cela, je dois simuler la trahison. » ​Elara se lava le sang sur les mains. Elle était passée de l'architecte à l'agent double. ​« Voici les règles du jeu, Isabella. Vous me donnez l'accès aux plans numériques des livraisons des prochains jours. Je vais les 'vendre' à Javier en y incluant une information erronée pour créer un piège qui l'affaiblira. Si je fais cela, Javier croit que je suis avec lui, et il me donnera le temps de retrouver Pedro. Et vous, vous vous assurez que mon cousin n'est pas exécuté tant que la mission n'est pas accomplie. » ​Isabella sourit, un sourire froid et prédateur. « Tu as l'audace d'un Reyes, Elara. Tu as l'autorisation de mon frère pour concevoir le bâtiment. Tu as mon autorisation pour cette infiltration. Ne me déçois pas. » ​Chapitre 18 : La Simulation de la Trahison ​Elara retourna au bureau sécurisé, le poids du mensonge pesant sur elle. Elle avait besoin d'un contact avec Javier. ​Elle utilisa le téléphone récupéré pour envoyer un message à Javier. ​ELARA : J'ai votre loup. Il est gravement blessé. J'ai besoin de la preuve que Pedro est en vie. ​La réponse fut immédiate : JAVIER : Bonne fille. Donne-moi le plan de livraison de la prochaine cargaison d'armes vers Monterrey. Une preuve que tu es un Solís digne de ce nom. Quand la cargaison sera interceptée, je te rendrai le garçon et je te donnerai le vrai pouvoir. ​Elara sentit la nausée. Elle devait vendre la Hermandad pour survivre. ​Isabella lui fournit les informations logistiques brutes : la prochaine livraison devait transiter par un poste de contrôle isolé près de Querétaro. ​Elara se mit au travail. Elle ne pouvait pas se contenter de mentir ; elle devait s'assurer que Javier tombe dans le piège d'Isabella, tout en lui donnant un succès partiel qui prouverait sa "loyauté". ​Elle modifia le plan. Elle inventa une route alternative, plus rapide et prétendument moins sécurisée, mais qui menait à un point où le terrain était idéal pour une embuscade des forces de Dante, orchestrée par Isabella. Elle ajouta une information cruciale : la livraison contenait de l'or liquide de haute qualité, une monnaie d'échange vitale pour La Hermandad. L'or était bien réel, mais la cargaison était piégée pour exploser à l'ouverture, neutralisant l'équipe de Javier. ​Elle envoya le plan modifié à Javier, avec un message succinct : « Plan modifié. Pour l'or liquide. Ma part. » ​La réponse de Javier : « L'avidité est la marque des Solís. Bienvenue à la maison, ma nièce. » ​Elara se sentit souillée. Elle venait d'envoyer des hommes à la mort pour gagner du temps. ​Elle se rendit à l'infirmerie pour voir Dante. Il était réveillé, mais faible, le regard perdu dans le plafond. ​« Qu'est-ce que tu fais, » murmura-t-il, sa voix rauque. ​« Je travaille. J'assure votre survie et celle de votre empire, » répondit-elle, évitant son regard. ​« Tu mens, » dit-il, mais sans colère, avec une simple observation. « Je te sens différente. Tu as la peur de l'agent double. » ​Elle s'assit près de son lit. « Votre sœur me fait confiance pour une raison simple : je suis la seule capable de sauver votre cousin, parce que je peux prétendre être du côté de mon oncle. » ​Dante ferma les yeux. « Fais ce que tu dois faire, Elara. Mais si tu me trahis vraiment… Je ne te donnerai pas l'occasion de m'aimer ou de me tuer. Je t'éliminerai avant que le Serment ne s'accomplisse. » ​Chapitre 19 : La Prophétie Rêvée ​Les jours qui suivirent furent une attente angoissante. Elara était constamment au chevet de Dante, surveillant son état, rédigeant des plans pour le Fundo entre deux visites, et organisant le piège avec Isabella. ​Elle était l'ombre de Dante. Elle le nourrissait, changeait ses bandages (l'intimité physique était insoutenable et magnifique à la fois), et parlait avec lui de tout sauf de la guerre. Ils parlaient d'architecture, de la façon dont le béton et la pierre pouvaient raconter des histoires. ​Un après-midi, Dante sombra dans un sommeil agité, ravagé par la fièvre. ​Il commença à parler à nouveau l'ancienne langue, le nahuatl. Elara sortit son téléphone sécurisé et enregistra les paroles, puis utilisa un traducteur en ligne (sur un canal non tracé). ​« La Clé est de l'eau. Le sang appelle. Le Solís est le pont. Le loup ne peut pas traverser la Faille sans le sacrifice du premier-né. » ​Elara frissonna. La clé n'était pas un objet métallique. La clé était l'eau ? Ou bien était-ce une référence à un rituel ? ​Elle se souvint des paroles d'El Brujo : « Elle est la Fille de la Lumière. » Elle repensa à l'inscription de sa mère : J'ai pris la clef. Protège Elara. ​La fièvre de Dante augmentait. Elle posa un linge frais sur son front. ​« Qui est le premier-né, Dante ? » murmura-t-elle. ​« Isabella, » haleta-t-il. « Le Serment du Sang Reyes... le premier-né doit garantir la paix. » ​Elara se raidit. Le sacrifice du premier-né. Si Javier Solís voulait le trésor lié au pacte, il pourrait avoir besoin du sang du premier-né Reyes. Et Isabella, qui la haïssait, était la cible. ​Elle comprit le danger : en aidant Isabella à piéger Javier, elle pourrait involontairement la livrer au destin prophétisé. ​Elle se leva et se précipita au bureau. Elle devait avertir Isabella sans trahir sa propre source (le délire de Dante). Elle commença à modifier le plan du piège. Au lieu de laisser Isabella gérer l'embuscade, Elara se proposa d'aller sur le site pour 'inspecter le convoi' et 'assurer la logistique'. Elle devait s'éloigner d'Isabella. ​Chapitre 20 : Le Choc de la Trahison ​Le jour de l'embuscade arriva. Elara, jouant parfaitement son rôle, se prépara à rejoindre le convoi de Querétaro. Elle portait un gilet pare-balles sous sa veste. ​« Pourquoi insistes-tu pour y aller, Elara ? » demanda Isabella, suspicieuse. ​« Je dois m'assurer que l'or liquide est bien livré à l'équipe de Javier. C'est la preuve de ma loyauté, » mentit Elara. « Je veux aussi la preuve de vie de Pedro. » ​Isabella accepta à contrecœur. ​Elara partit, escortée par deux véhicules de sécurité, et se dirigea vers le point de rencontre modifié. ​À mi-chemin, le téléphone de Javier Solís sonna. JAVIER : Je t'attends, ma nièce. C'est une belle cargaison. Et je t'ai donné un cadeau : la preuve que le Loup ne tiendra pas son serment. ​Elara sentit un piège se refermer. ​Lorsqu'ils arrivèrent au point d'embuscade qu'elle avait elle-même conçu, il n'y avait pas d'or liquide ni d'armes. Il y avait le convoi légitime de Reyes Corp : un transport de briques et de matériaux de construction pour un projet d'école. Javier avait intercepté un convoi sans valeur pour l'affaiblir publiquement, tout en faisant semblant de lui donner une victoire. ​Soudain, le silence fut brisé par un cri. ​Un drone bourdonnant apparut au-dessus d'eux. Il transportait une lourde boîte. La boîte fut larguée juste devant la voiture d'Elara. ​C'était un message : une tête de loup en bronze, rougie par le sang, avec une note attachée. ​La note disait : « Le loup de bronze est brisé. Le vrai loup est à moi. J'ai compris ton petit jeu, Elara. Tu as sauvé ton amant pour trahir ton sang. Tu vas le payer par l'échange : le garçon contre la fille. » ​Alors que le message s'enfonçait dans son esprit, un second message arriva sur son téléphone. C'était Javier. ​JAVIER : J'ai libéré ton cousin. Il est en sécurité à la frontière. Mais tu dois me donner une preuve de loyauté non négociable. Je ne veux pas de Dante. Je veux la femme de Dante. Ta liberté dépend de ce sacrifice. Viens me trouver au Fundo Solís, seule, d'ici minuit. Si tu es là, je te donne la clé. Si tu n'es pas là, Pedro ne survivra pas à sa liberté. ​Le drone du Vautour avait non seulement livré une menace, mais il avait aussi filmé toute la scène de l'embuscade manquée, la diffusant en direct sur le réseau interne de La Hermandad. Tout le monde dans la résidence Reyes, y compris Isabella, savait désormais qu'Elara avait manipulé l'opération. ​ ​Elara regarda le drone s'éloigner. Elle venait de sauver son cousin, mais elle avait été exposée comme une traîtresse aux yeux d'Isabella et de tous les hommes de Dante. ​Elle était à la fois libre de sa dette envers Pedro, et totalement seule face à Javier. Elle avait le choix ultime : affronter seule son oncle pour obtenir la "clé" et sa liberté totale, ou retourner auprès de Dante, qui venait de lui avouer que l'aimer était le prix de sa mort. ​Alors qu'elle se tournait vers ses gardes du corps, le silence de l'échec régnant, son téléphone sonna à nouveau. C'était un appel vidéo. Dante. Malgré sa faiblesse, il avait réussi à l'appeler. ​Son visage était pâle, mais sa fureur était palpable. ​« Tu as sauvé ton cousin en me trahissant. Et tu as perdu ma sœur, » haleta-t-il. « Reviens. Maintenant. Ne me force pas à t'éliminer, Elara. » ​Elle lui coupa l'appel. Elle avait choisi. Elle devait aller au Fundo Solís, le lieu de la dette, affronter Javier, récupérer la clé, et briser cette malédiction elle-même. ​Elle donna l'ordre à ses chauffeurs : « Retournez au domaine Reyes. Je dois m'y rendre, seule, pour régler une affaire personnelle. » ​Elle avait menti. Elle savait qu'elle n'irait pas au domaine Reyes. Elle se rendrait à la Failla du Fundo Solís. ​
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