J'étais à me poser des questions sur l'identité du nouveau venu, quand ma tante qui semblait aussi surprise que moi dit :
- Ce jeune homme est votre fils Rawane ? Il ne vous ressemble pas du tout.
- Vous êtes perspicace Madame ! Bravo !! fit le garçon une note d'ironie dans la voix.
Tiens, il ne semble pas aimer ma belle-mère celui-là.
- Je vous présente mon fils Mohammed. Je l'ai eu avec ma première femme. Explique le vieux.
Le jeune homme en question s'avança vers nous et me toisa d'un air supérieur puis s'assit sur le fauteuil à coté de moi.
- Mais dis donc il est beau garçon le futur marié ! Tu en as de la chance Milou. S'écrie Safiètou.
- Et moi, ne suis-je pas malchanceux ? Que ça soit bien clair, je me marie malgré moi. J'aurais tout accepté sauf cette fille de joie en temps normal..
Pardon?
- Tu viens de me traiter de fille de joie ? Dis-je ne essayant de me calmer.
- N'est-ce pas ce que tu es ? Répond-il en se tournant vers moi ?
Mais je rêve? Pour qui il se prend celui-là.
Il affichait un air hautain.
- Bien, mon fils nous étions en train de parler de notre arrangement avec ta future épouse et Sofia. Mademoiselle Kâ demandait justement des explications sur notre arrangement, mais Safiètou s'en chargera après je crois.
- Je veux savoir tout de suite. Exigeai-je
- Milouda ma chérie attends après je...
J'en avais vraiment assez de toute cette mascarade.
Je l'ai coupé en la regardant droit dans les yeux :
- J'exige de savoir de quoi il s'agit TOUT_DE_SUI_TE !!!
Ma tante me lança un regard qui voulait sans doute dire : « Petite peste, attends que les invités partent et je te règle ton compte ».
Je m'en foutais royalement de ce qu'elle pouvait bien me faire après, de toute façon j'avait tout vu venant d'elle.
- Mais... Interrompis le vieux.
- J'ai dit maintenant. Insistai-je.
Le « futur marié »intervint :
- Laisse-moi lui dire Papa puisqu'elle insiste !
Il se tourna vers moi.
- Voilà princesse ce qu'il y a c'est que mon père que voici s'est intéressé à des terrains qui se situent dans des zones très prisées du pays qui ont une valeur... Il voudrait les acheter mais ces terres appartiennent à une jeune fille qui en a hérité de ses parents. Cette jeune fille c'est toi, mais il y a des papiers qui stipulent que tu n'as encore aucun droit de vendre ou d'exécuter une quelconque action sur ces terres avant tes 21 ans à moins d'être mariée entre temps. Ta tante que voici et qui semble être aussi dépourvue de scrupules que mon père a mis en œuvre des micmacs dont tout le monde tirera profit. Mon père te trouve un mari, tu deviens exécutrice légale de tous tes biens, ainsi tu pourras vendre tes terres à mon père et ta tante récupère le pactole et enfin tu te retrouves sauvée du célibat à vie. Ingénieux non !
Tonton Rawane et ma tante semblaient aussi gênés l'un que l'autre, pour une fois.
Ainsi donc ma tante venait de me vendre. Ce dont j'étais sure, c'est qu'après avoir vendu, tout le fric se retrouverait entre ses mains.
Je ne savais même pas quoi dire.
Pourquoi étais-je surprise en apprenant à ça? Cette femme a toujours été intéressée par mon héritage.
Elle n'a rien reçu à la mort de mon père, elle avait juste été désigné comme ma tutrice, mais vu qu'elle n'avait pas d'enfants avec mon père, elle n'avait hérité de rien, juste d'une petite allocation mensuelle qui lui était versée.
- Et toi quel profit tires tu de cet arrangement? Demandai-je au fils après plusieurs minutes de réflexion.
- Mon père va me prêter une somme d'argent dont j'ai besoin pour mes affaires.
J'étais sidérée.
- Est-ce que vous vous rendez compte que dans cette histoire, je suis l'unique perdante. Leur demandai-je.
- Mais non, mais non ! Tu vas avoir un mari. Au moins les médias arrêteront de jaser sur ton compte pendant un certain temps. Personne ne s'attend à te voir mariée dans ce pays. Tu as un lourd passé de débauche derrière toi n'oublies pas. Et les gens se disent qu'aucun homme sain d'esprit ne veut de toi. Répondit Safiètou.
Elle ne perd rien pour attendre.
- Et si je refuse ?
- Mais en te mariant tu te rends service à toi-même. Tu ne peux pas refuser !
- Eh bien je refuse. Je n'en veux pas moi de ce connard. Quitte à mourir vieille fille.
Puis, je me tourne vers ma tante :
- Safiètou, jusqu'à présent je ne me suis jamais plainte de ce que tu me fais subir, je ne veux juste pas créer de scandale, mais saches qu'à la première occasion je te ferai payer tout ce que tu me fais. Tu ne peux pas me forcer à ça malheureusement pour toi.
- Et vous tonton Rawane il me reste encore un peu de respect pour vous sinon ... Ces terrains sont mon héritage ? La sueur de mon père qui était votre ami il me semble non ?? Le pauvre il n'était entouré que de mauvaises personnes et laissez-moi vous dire que je m'en fous de ce que les gens disent malheureusement pour vous.
J'ai rassemblé le peu de dignité qui me restait puis je me suis levée lentement en levant le menton.
Je me suis dirigée vers la porte puis je me suis tournée vers eux !
- Eh bien sachez que j'ai le droit de refuser cet arrangement foireux. Je ne me marierais pas avec cette espèce de rustre pour que vous puissiez tous en profiter. Ce sera sans moi.
Puis je suis sortie et j'ai refermé doucement la porte.
C'était sûr qu'après ce que je venais de faire, ma tante allait me tuer. Je ne me berçais pas d'illusions, elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour me faire accepter ce mariage, depuis 3ans cette femme me manipulait comme sa marionnette, elle sera même prête à tout pour avoir ce qu'elle veut.
Je me demandais quel moyen elle allait utiliser cette fois-ci.
Je me dirigeais vers ma chambre qui se trouvait à l'autre bout de la villa, tout au fond.
Le soleil me fit mal aux yeux, celui faisait des jours que je n'étais pas sortie de ma chambre.
Safiètou m'avait punie.
Une fois dans le corridor je remarque une fissure en bas du grand miroir.
Je me souviens que Maman l'avait placé là pour augmenter la luminosité de la pièce.
Pendant l'installation, il s'était fissuré.
Rien de très grave mais je me souviens que ça avait irrité mes parents.
Mon coeur se serre doucement à leur souvenir.
S'ils étaient là...
Ma mère trouva la mort dans un accident de voiture quand j'avais quinze ans.
Mon père tomba malade à cause du chagrin puis succomba une crise cardiaque deux ans après me laissant seule au monde.
Quelques temps avant cela, mon père se mit en tête que j'avais besoin d'une présence féminin parce que lui était très malade.
Il prit en seconde noces la femme que je considérais comme ma seconde mère Safiètou Arame Gueye : elle fut la meilleure amie de ma mère, mon père l'épousa croyant qu'elle nous aiderait atténuer la perte de ma mère mais... à la mort de mon père elle se mit à employer tous les moyens qui sont à sa disposition pour me faire souffrir. C'est aujourd'hui par sa faute à elle, que ce sont passé tous ces évènements qui bouleversèrent ma vie.
La chance n'a pas vraiment été de mon côté depuis la perte de mes parents, il m'est arrivé beaucoup de chose, entre autres : j'ai été rejetée par tout le pays, j'ai été violée, battue, enfermée, utilisée à des, fins pas du tout catholiques...
Une seule personne ne m'a jamais tourné le dos : ma meilleure amie Josée Cardonna Da Rosa.
Maintenant j'ai 25 ans, trois enfants qui sont ma vie, j'ai retrouvé ma crédibilité devant tout le pays et surtout j'ai un mari qui m'aime, ce que je n'aurais jamais cru possible il y a quelques années.
J'ai tellement souffert qu'à un moment donné j'ai cru que ma destinée était de ne jamais connaître le bonheur.