Chapitre 5

2405 Words
Kenza venait de se réveiller en s’étirant comme un chaton. Elle avait passé une nuit agitée et voilà qu’elle allait encore une fois revoir Stanley… Elle avait passé la majeure partie de la nuit à se remémorer la nuit où elle lui avait bêtement offert sa virginité. Après l’avoir trompé, il s’était marié et était parti aux Etats-Unis sans penser à elle. Elle avait décidé de garder la grossesse et même si ce n’était pas le fruit d’un amour semblable à celui de Roméo et Juliette, son bébé n’avait aucune part de responsabilité dans toute cette histoire. Elle avait donné naissance à Zahra et l’avait élevé sans Stanley alors pourquoi aurait-elle besoin de lui à présent ?     La porte de sa chambre s’ouvrit à la volée et sa fille apparue. -          Joyeux anniversaire maman ! lança-t-elle en se jetant dans ses bras. Le moment de surprise passé, Kenza se redressa en riant. Sa mère et Haranza entrèrent également dans la chambre, un énorme gâteau en main. Kenza trouvait marrant le fait d’avoir oublié son jour d’anniversaire. D’ailleurs ce n’était pas la première fois. Pour elle cela n’avait plus d’importance depuis que son père était partit en mission et n’était plus revenu.  -          Un vrai coup monté ! fit-elle d’une voix faussement énervée. -          Nous te connaissons assez. Tu n’aurais pas accepté si nous t’avions mise au courant, répondit Haranza. Joyeux anniversaire, ma chérie. -          Merci Anza ! Tu es la meilleure amie que je puisse avoir et toi maman, je t’aime énormément ! Mais dites, il y a vraiment vingt-neuf bougies sur ce gâteau ?  - Fais juste ton vœu et souffle ! répliqua sa mère en riant. Faisans la moue, Kenza ferma les yeux et fit un vœu banal puis elle souffla ses vingt-neuf bougies, pendant que Zahra applaudissait de façon surexcitée. -          Je vous aime ! fit Kenza les larmes aux yeux. Puis elle prit les trois membres de sa famille entre ses bras et les serra contre elle. Et maintenant coupe le gâteau maman ! lança Zahra.  -    Oui, bien sûr ! Elle coupa une part de gâteau qu’elle fourra dans la bouche de Zahra et porta une part à sa propre bouche.  -          C’est délicieux ! Il faut que j’y aille. Je risque d’être en retard.  -           Où vas-tu ? questionna sa mère. -          Non sommes Mercredi, je travaille ! répliqua-t-elle sur un ton bourru.  -         Tu ne veux pas rester un peu ? questionna Haranza. -          Non, désolée. J’ai un tas de trucs à faire aujourd’hui.  -          Pff, bon ok on capitule, opina Pamela en prenant le reste du cadeau. Mais tu as intérêt à vite rentrer parce que nous allons préparer un dîner spécialement pour toi. -          Maman…, commença Kenza pour se plaindre mais elle se ravisa.  Elles se donnaient du mal pour lui faire plaisir en un jour qu’elles trouvaient spécial. Kenza ne voulait pas les rendre triste en leur refusant une soirée entre filles. -          Bon ok mais n’en faites pas trop. Vous savez très bien ce que je pense des fêtes d’anniversaire. -          Ne t’inquiète pas pour cela ! la rassura Haranza. -          Youpi ! s’écria Zahra en sautillant sur le lit. -          Maintenant sortez ! Faut que je me prépare pour le boulot, conclut-elle en riant. Elle entra ensuite dans la salle de bain et referma derrière elle. Elle s’assit sur le bord de sa baignoire et se prit la tête entre les mains. Elle venait d’avoir vingt-neuf ans…Pour une personne normale ça aurait dû être un jour très joyeux mais pour elle non. Elle avait toujours le pressentiment le jour de son anniversaire, que quelque chose allait mal se passer. C’était presque de la paranoïa car la nouvelle de la mort de son père adoré leur avait été apporté un jour comme celui-ci. Sa mère et elle l’attendaient depuis trois mois. Il était parti en mission militaire et aurait dû revenir pour son anniversaire mais jamais cela n’avait été le cas.   Refoulant farouchement les larmes qui lui montaient aux yeux, elle se leva et alla se couler un bain. Lorsqu’elle sortit de la salle de bain quelques minutes plus tard, elle avait repris de l’assurance. Sa mère, Zahra et Haranza avaient quitté la pièce et elle en fut soulagée. Se dirigeant vers sa garde-robe, elle enleva son peignoir. Sans trop réfléchir, elle choisit un tailleur noir pas trop moulant et une chemise blanche. Elle prit ensuite des talons aiguillent de la même couleur que le tailleur et entreprit de s’habiller. Lorsqu’elle finit, Kenza contempla un moment sa silhouette dans le miroir. Elle sourit à son reflet comme pour se narguer. Ses boucles brunes étaient ramenés sur sa tête comme toujours. Elle s’était maquiller très légèrement mais avait dû plaquer une dose suffisante d’anticernes  pour masquer les poches horribles sous ses yeux. Cela faisait des lustres qu’elle n’avait pas passés une si mauvaise nuit et tout cela à cause de Stanley.  Mais pourquoi avait-il fallu qu’il revienne ? Se questionna-t-elle pour la énième fois. Soupirant elle prit son attaché-case et se dirigea vers la sortie. Elle arriva ensuite à Miller Corporation et salua sèchement le personnel qui la dévisageait à la dérobée. Si vraiment elle ne pouvait pas voir Stanley en peinture, il lui aurait juste suffit d’envoyer l’un de ses subordonnés s’occuper de ses affaires à Miller Corporation à sa place…Mais était-ce vraiment ce qu’elle voulait ? Visiblement non, puisqu’elle était à nouveau là, dans ce bureau, dans cette entreprise où à n’importe qu’elle moment, elle rencontrerait le père de sa fille. Nonchalamment, elle ouvrit son ordinateur et entreprit de se mettre au travail pour arrêter le cours dérisoire que prenaient ses pensées. Elle ne devait pas penser à Stanley. Il lui avait menti. Avait-elle déjà oublié ? Evidemment que non ! Un quart d’heure plus tard, elle se félicita d’être assez concentrée mais réprima un juron lorsque quelqu’un toqua à la porte de son bureau. -          Entrez ! fit-elle sans lever la tête de son ordinateur. Cependant, elle fit obligée de la lever lorsqu’elle sentit la présence de Stanley dans la pièce. Il avait la mine défaite, et l’air fatigué. Il n’avait même pas prit la peine de se raser mais paraissait toujours aussi séduisant… Arrête ! s’ordonna-t-elle intérieurement. N’oublie pas ce qu’il t’a fait ! -          Que me veux tu cette fois-ci ? questionna-t-elle pour briser le silence qui menaçait de s’éterniser. -          Je retourne aux Etats-Unis, répondit calmement Stanley en la fixant de ses yeux sombres. Kenza battit les paupières. Elle ne s’attendait pas à ce genre de nouvelle mais bon, n’est-ce pas ce qu’elle désirait depuis ? Qu’il parte et ne revienne plus jamais ? -          Pourquoi si vite ? s’entendit-elle lui demander. Elle se mordit automatiquement la lèvre inférieure. Ce geste désinvolte eut une conséquence très rapide sur Stanley et il plissa le front. Comment se faisait-il qu’il perdait aussi ses moyens face à Kenza ? Elle avait certes beaucoup changé et peut-être que c’était sa nouvelle apparence qui l’attirait ainsi mais n’était-il pas fou de la désirer après ce qu’il lui avait fait subir ? -          Parce que c’est ainsi ! finit-il par déclarer. Kenza ne parut pas comprendre mais se garda de lui demander des explications. Ils n’étaient pas amis et de toute évidence, ils ne risqueraient pas de le devenir alors pourquoi faire semblant d’être courtois ? Pourtant, lorsqu’elle leva à nouveau les yeux vers lui, elle ne put empêcher le battement rapide de son cœur. Elle l’invita à s’assoir sans trop savoir pourquoi elle ne le congédiait pas plutôt. -          Merci ! fit Stanley en prenant place dans le fauteuil face au sien. Je…j’ai vraiment besoin de me confier à quelqu’un.  -          Tu pourrais te confier à ta femme non ? questionna Kenza en guettant sa réaction. Stanley eut d’abord l’air surpris puis une profonde lueur d’amertume masqua ses traits tendus. -          Elle s’appelait Merry, dit-il en baissant les yeux.  -          S’appelait ? reprit Kenza surprise. -          Elle est morte. Il y a deux ans. Cancer… Une autre nouvelle à laquelle Kenza ne s’attendait pas. Voilà donc ce qui expliquait le fait qu’il ne portait  pas de bague.  -          Je suis désolée pour toi. Je n’étais pas au courant. -          Merci. -          Vous…vous avez des enfants ? questionna-t-elle d’une voix à peine audible. -          Non. Merry connaissait son état. Elle ne voulait pas mourir et laisser un enfant derrière elle. -          Je comprends. J’ignorais tout ça. Encore une fois mes condoléances. -          Il y a tellement de choses que tu ignores…, fit Stanley en la regardant cette fois-ci droit dans les yeux. Kenza comprit automatiquement que la discussion allait prendre une tout autre tournure et il était hors de question qu’elle l’écoute plus longtemps. -          Je pense que tu devrais retourner dans ton bureau, rétorqua-t-elle sans ciller.   -          Pourquoi refuses-tu de me laisser m’expliquer ? questionna Stanley d’une voix étranglée. -          Tout simplement parce qu’il n’y a rien à dire ! Si tu avais vraiment des explications à me donner, tu l’aurais fait depuis longtemps et non après dix ans lorsqu’on se retrouve de façon hasardeuse. Ce jeu-là ne marche pas avec moi Stanley. A présent je te prierai de quitter mon bureau. Je ne veux en aucun cas me donner en spectacle ici ! Vu qu’il ne bougeait pas d’un poil, elle prit son sac et étouffant un chapelet de jurons, elle se dirigea ensuite vers la sortie mais au moment de tourner le poignet, Stanley la prit vivement par le bras. -          Tu fais quoi ? questionna-t-elle sous l’effet de surprise. Ne me touche pas ! -          Je ne quitterai pas ce pays sans t’avoir tout dis, Kenza… -          Vas au diable ! Je t’ai dit un million de fois que ce que tu as à dire ne m’intéresse pas. Laisse-moi vivre en paix ! Le fusillant du regard, elle tenta de faire volte-face mais Stanley l’attira violemment contre lui et écrasa ses lèvres sur les siennes. Kenza ouvrit grands les yeux et essaya d’ouvrir la bouche pour protester mais Stanley en profita pour y immiscer sa langue. Elle ferma automatiquement les yeux et voulut savourer ce baisé mais se ressaisit aussitôt, poussa brusquement Stanley au même moment qu’elle lui administra une gifle digne des Telenovelas.  -          N’oses plus jamais poser tes sales mains sur moi ! hurla-t-elle en essayant d’empêcher le tremblement de sa voix. Je te détesterai pour le restant de mes jours ! Il ne réagit pas et elle en profita pour sortir du bureau. Elle voulut claquer la porte mais se résigna en voyant quelques yeux curieux des employés regarder dans sa direction. Kenza rentra directement chez elle. Elle n’avait plus la tête à travailler et aucune envie de discuter. Lorsque rentra en furie dans le salon, sa mère lisait son magazine quotidien. Pamela leva la tête et plissa le front en la voyant. -          Que s’est-il passé cette fois-ci ?  -          Il a osé m’embrasser ! répondit furieusement Kenza. - Stanley ? -          Evidemment que lui, qui d’autre !  -          Calme-toi qu’on discute, Kenza. Tu n’es pas dans ton état normal. -          Bien sûr que je ne le suis pas ! Pouffant, elle se dirigea vers sa chambre et sa mère lui emboita le pas. Elle prit ensuite place sur son lit. -          Je ne le supporte pas ! Il m’étouffe, maman.  -          Dis plutôt que tu l’aime toujours et que malgré tout, tu n’arrives pas à le haïr.  -            Ce n’est pas vrai ! riposta vivement Kenza. -          Si ! fit Pamela en la fixant droit dans les yeux. Il te déstabilise, tu l’aime malgré tout ce par quoi tu as du passer à cause de lui. -          Arrêtes, arrêtes ! hurla-t-elle en se levant. Je ne l’aime plus et je ne pourrai plus jamais l’aimer à cause de ce qu’il m’a fait. Tu devrais essayer de me soutenir au lieu de…de m’enfoncer encore plus. Je n’ai plus aucun sentiment pour Stanley et s’il ne part du Maroc dans les jours à venir, c’est moi qui le ferai. Maintenant laisses moi seule ! -          Kenza… -          Maman s’il te plait ! Sur ces derniers mots, elle entra dans sa salle de bain et claqua la porte derrière elle. Elle se posta devant la glace qu’elle fixa comme si elle pouvait voir à travers. Lorsqu’elle entendit la porte de sa chambre se refermer, elle soupira bruyamment. C’était la première fois qu’elle haussait le ton sur sa mère et elle ne se sentait pas fière de lui avoir crié dessus mais Pamela avait touché un point sensible. Elle se passa de l’eau sur le visage et resta un moment dans la salle de bain avant de se décider à sortir.              
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