Chapitre 7

3152 Words
Stanley avait passé toute la nuit à l’hôtel, à réfléchir. Sa dispute avec son père lui avait ouvert les yeux sur un point : il devait faire face à ses problèmes et non les fuir comme un lâche. Il avait fui trop longtemps, il s’était laissé diriger trop longtemps et là, il fallait que cela change. Il fallait qu’il se fasse pardonner par Kenza même si c’était la seule chose sensée qu’il ferait, décida-t-il. Soudain, son téléphone se mit à sonner, le soustrayant à ses réflexions.  -          Allô ? -          Oui. -          Stan mon cœur, où es-tu ?  -          A l’hôtel ! fit-il sèchement. -          Comment ça à l’hôtel ? reprit sa mère de sa voix fine. Je suis rentrée de Californie mais tu n’étais pas là. Il se passe quoi ? Ton père n’a rien voulu me dire. -          Je n’ai pas le moral à discuter, maman, je dois raccrocher.  -        Stanley ! Il avait déjà raccroché. Entre sa mère et lui gisait un fossé. Saphira Miller passait plus de temps à l’étranger qu’avec sa famille. Stanley n’avait jamais su pourquoi ce manque d’intérêt mais ce qu’il savait c’est que sa mère n’avait jamais été là pour le défendre face à son tyran de père. N’était-ce pas le rôle d’une mère de protéger son enfant, de l’aimer et être toujours là pour lui ? Sa mère, elle, faisait exception à ce rôle et jamais Stanley eut pensé pouvoir lui pardonner cela.  Il se remit à penser à Kenza. Il l’avait toujours apprécié. Pas qu’il en était amoureux mais lorsqu’ils étaient à l’université, ça lui faisait de la peine de voir les autres se moquer d’elle. Il aurait aimé en faire une amie et la protéger mais il n’en avait pas eu le courage. Il avait peur de ce que diraient ses camarades…bref, il s’était toujours préoccupé de l’avis des autres et il le regrettait amèrement. Il repensait à la nuit qu’ils avaient partagée.    Flash-back… -          Ça va ? -          O…oui, avait bégayé Kenza en croisant et décroisant ses jambes.  Elle avait l’air stressée. -          J’ai…j’ai un  peu peur Stan, avait-elle ajouté. -          Moi je suis vraiment stressé, avait-il avoué en lui souriant. Nous allons boire un peu de vin pour nous relaxer. -          Je ne… -          Juste un verre. Ils avaient bu le vin en se regardant à la dérobée. Stanley ne se sentait pas à l’aise. Kenza allait lui donner sa virginité parce qu’elle avait confiance en lui alors qu’il n’en était pas digne. Il s’était rapproché d’elle en la regardant droit dans les yeux. -          Tu sens très bon, l’avait-il complimenté. -          M…merci. Lentement, il avait posé ses lèvres sur les siennes. Les lèvres de Kenza étaient extrêmement douces. La nuit qu’ils avaient passé était restée gravée dans sa tête. Il avait découvert une Kenza passionnée. Elle l’avait marqué par ses griffures, ses soupirs et ses gémissements. La tâche de sang qu’il avait ensuite vu sur les draps avait laissé une atroce douleur dans sa poitrine car il avait regretté de lui avoir pris son innocence de manière aussi déloyale. La haine qu’elle lui témoignait était fondée.             *** Lorsqu’elle fut réveillée, Kenza se pressa d’aller faire ses excuses à sa mère. Elle ne supportait pas le fait qu’elle soit fâchée. -          Il est bientôt neuf heures. Tu ne vas pas au boulot aujourd’hui ?  -          Non, je reste ici. Je n’ai envie d’aller nulle part, répondit Kenza en se dirigeant vers un fauteuil, une tasse de thé en main. -          Ok. -          Zahra est déjà à l’école ? -          Oui. Je l’y ai conduit pendant que tu dormais.  - Merci maman. Elle s’y installa, ramena ses pieds sous elle et prit la télécommande. Elle se mit ensuite à zapper les chaînes, en se disant que sa journée allait être extrêmement ennuyeuse. Quelques minutes plus tard, Pamela revint au salon, une enveloppe en main. -          Courrier pour toi ! lui dit-elle en la lui remettant. Kenza fronça le nez. -          Un souci ? questionna sa mère. -          Il s’agit d’une invitation à un dîner chez les Miller. Ca dit que c’est pour discuter des problèmes de la compagnie et faire connaissance. Je suis l’invitée d’honneur. Signé Jake Miller. -          Le père de ton…de Stanley ?   -    Oui. -          Ah, je vois ! fit Pamela. Tu penses qu’il est au courant de… -          Non, je n’en suis pas sûre. C’est juste un dîner d’affaires. De toute façon, je n’irai pas, déclara-t-elle en posant l’enveloppe sur la table basse. -          Pourquoi ? -          Parce que je ne veux pas ! Elle se dirigea vers la cuisine et Pamela lui emboita le pas. -          Tu peux dire pourquoi ?  - Non. Elle prit une pomme et se dirigea à nouveau vers le salon, Pamela est toujours sur ces talons. Kenza roula des yeux, excédée. Sa mère était la femme la plus bornée qu’elle connaisse. -          Tu te comportes comme une gamine Kenza Talbi ! lui asséna-t-elle.  -    Maman tu exagère ! -          Non, je n’exagère en rien. Tu dis que tu as changé, que maintenant tu as du caractère et tout mais au moindre pépin tu t’enferme dans ta carapace.  -          Maman ! s’indigna Kenza. Je ne veux pas me disputer à nouveau avec toi, s’il te plait ! -          Tu vas m’écouter très attentivement, continua-t-elle intraitable. Kenza, si vraiment tu ne supportes pas voir Stanley en peinture ou que tu ne te crois pas assez forte pour lui tenir tête, et bien, cherche une autre personne pour te remplacer dans son entreprise et prend une décision une bonne fois pour toutes qu’on en parle plus ! Je suis prête à t’encourager mais je désapprouve vraiment le fait que tu te caches sans cesse.  Sans attendre qu’elle réponde, Pamela se dirigea vers l’escalier, signalant la fin de la discussion.                      *** Stanley avait fini par venir au dîner organisé par son père. Il allait reprendre le contrôle de Miller Corporation et agir en homme mature qu’il était même si cela signifiait de faire croire à son père qu’il avait encore une fois gagné. -          Je suis heureux que tu sois venu fiston ! fit Jake dès qu’il le vit. Enfin, tu as compris que je ne fais que ce qui est mieux pour toi. -          Oui, je sais ! lui répondit Stanley en s’efforçant de sourire. Jake se mit à rire mais s’arrêta aussitôt. -          Waouh ! s’exclama-t-il.     Interloqué, Stanley se retourna pour regarder dans la même direction que lui. Il ouvrit grands les yeux et se retint de lancer lui aussi une exclamation d’admiration. D’une démarche gracieuse, vêtue d’une robe noire qui moulait ses formes gracieuses, Kenza avançait à pas de déesse vers eux. Elle était belle à couper le souffle. Stanley laissa son regard descendre sur le long de son corps et remonta lentement jusqu’à son visage. Il s’attarda sur ses lèvres charnues. Il n’y avait aucun doute, il la désirait. -          Bonsoir messieurs… -          Soyez la bienvenue ravissante dame! fit Jake d’une voix admirative. -          Merci pour le compliment, répondit Kenza en continuant de lui sourire.  -         Humhum ! fit Stanley pour leur rappeler qu’il était là. Tous deux se retournèrent vers lui comme s’ils l’avaient oublié. Stanley n’en fut qu’irrité. -          Je vous présente mon… -          On se connait déjà ! coupa Stanley. C’est plutôt à moi de te la présenter. Tu as en face de toi mademoiselle Kenza Talbi. Notre nouvelle actionnaire et collaboratrice. -          Oh ! fit Jake surprit. Je suis vraiment désolé mademoiselle. J’ignorais votre identité et j’attendais de la découvrir ce soir. Eh bien, c’est un plaisir de vous connaître enfin.   - Le plaisir est partagé monsieur Miller, répondit Kenza. -          Appelez-moi Jake, je vous en prie. Je vous suis vraiment reconnaissant pour ce que vous avez fait pour notre entreprise mais bon, nous n’allons pas discuter debout. Je vous invite à vous joindre aux autres convives qui sont des associés et employés de Miller Entreprises. J’espère que travailler avec mon fils n’est pas très pénible pour vous. -          Non, en effet, ça ne l’est pas. Nous nous entendons très bien. Stanley crispa la mâchoire. Kenza ne prenait même pas la peine de le regarder en parlant. Et le mensonge qu’elle venait de dire…Désireux de refouler sa frustration, il prit à la volée une coupe de champagne sur le plateau d’un serveur et vida le contenu d’un trait.  -          Désolé d’interrompre votre entretien mais il est temps que nous allions rejoindre les autres invités. -          Un moment fiston ! fit Jake sans même prendre la peine de lui faire face. Il se remit ensuite à discuter avec Kenza comme s’il la connaissait depuis toujours. Sur le point de péter un câble, Stanley s’éloigna en direction de la villa, lorsqu’il croisa Stella, le fils d’un Député qui n’arrêtait pas de lui tourner autour depuis qu’ils s’étaient revus. -          Stani…, fit-elle d’un air joyeux. -          Pas maintenant Stella ! coupa-t-il en levant une main pour l’arrêter. Elle parut surprise mais ne fit rien pour le retenir. Stanley alla s’installer à une table, mine renfrognée. La situation commençait sérieusement à l’agacer. Pourquoi Kenza était-elle aussi obstinée et refusait-elle de lui parler ? Quelques minutes plus tard, elle entra dans le salon au bras de son père, toute rayonnante et souriante. Jake la conduit vers certains associés de Miller Entreprises et se mit à la présenter. Stanley poussa un long soupir. Jake l’avait sermonné pour qu’il préside la soirée et voilà comme par enchantement, il avait oublié qu’il existait. Il parcourut la salle du regard et se rendit compte que sa mère n’était pas au dîner. Elle était sûrement repartie on ne sait où. Ricardo aussi n’était pas dans les parages. De toute façon, les dîners d’affaires n’étaient pas sa tasse de thé.   Stanley enchaîna les coupes de champagne mais finit par se ressaisir à la sixième. Il ne fallait surtout pas qu’il perde le contrôle et se donne en spectacle devant tous ces hommes et surtout devant Kenza même si elle était plus occupée à aller et venir au bras de son père. Il s’était mis à discuter de sujets banals avec quelques associés tout en les épiant. C’était du n’importe quoi ! pensait-il.  -          Mesdames et Messieurs, je vous prie de prendre place pour le dîner, annonça Jake quelques minutes après un long discours dans lequel il remerciait tout le monde d’être venu. Stanley ne put cacher son indignation lorsque Stella vint s’asseoir près de lui alors que Kenza était restée assise près de son père. C’était décidément une soirée de m***e !                                4.  Le dîner se passa dans une atmosphère plus ou moins sereine mais Stanley n’arrivait pas à  papoter avec les autres convives comme si de rien n’était. Ses sens  étaient ailleurs. Il avait envie de s’évader, il avait besoin de paix ! Dès que le dîner prit fin, il se dirigea sur le balcon, une tasse de thé à la main pendant que son père continuait sa parade. Stella quant à elle n’avait pas arrêté de se jeter à son cou, ce qui l’avait mis de mauvaise humeur. Il détestait ce genre de femme. D’ailleurs pour lui, la soirée n’avait aucun sens. Jake Miller voulait à tout prix que l’on continue à le considérer comme le richissime homme d’affaires alors que cela n’était plus tout à fait le cas. La majorité du capital de Miller Corporation avait été dilapidé de façon inexplicable par Ricardo. Ils étaient certes beaucoup trop loin de la grande faillite mais il fallait avouer que leurs entreprises n’avaient plus le même impact qu’avant. Mais cela, Jake ne s’en préoccupait pas. Comme s’il vivait sur une autre planète. Stanley était toujours perdu dans ses pensées lorsqu’il vit une ombre se faufiler en direction du jardin. Kenza… Sans réfléchir, il traversa le balcon et sortit par la porte de derrière pour ne pas être vu. Lorsqu’il arriva à quelques mètres d’elle, Kenza était au téléphone, lui faisant dos. -          Je t’aime aussi mon amour ! déclara-t-elle d’une voix douce. Je serai bientôt là ok ?  -          … -          Non, ne m’attends pas.  -          … -          Oui, bisou. Stanley bouillonnait de rage. C’était qui l’amour de Kenza ? Comme ça elle était en couple ? Lorsqu’elle raccrocha enfin et se retourna, elle sursauta en le voyant. -          Que fais-tu là ? questionna-t-elle sèchement.  -          Je peux savoir à qui tu parlais? répliqua Stanley sans concession. Kenza ouvrit grands les yeux, surprise. -          En quoi ça te concerne ? Parce que j’ai des comptes à te rendre à présent ? -          Kenza, dis-moi ! reprit-il comme s’il n’avait pas entendu sa question. Tu as un prétendant ? Ses yeux lançaient des éclairs et il se rapprocha rapidement d’elle. -          Tu fais un pas de plus et je hurle ! menaça Kenza en reculant. Non mais quel est ton problème ? Tu es saoul ! -          Non. -          Pousse-toi de mon chemin ! -          Je ne peux pas…  -          Stanley ! Avant même qu’elle n’esquisse un geste, il  la prit dans ses bras et écrasa ses lèvres sur les siennes. Tout d’abord surprise, Kenza se mit à lui marteler le torse de coups de poings mais cela n’avait pas l’air de lui faire quoi que ce soit puisqu’il serrera son étreinte et accentua la pression de son baisé. Incapable de continuer à lutter, Kenza s’abandonna complètement. Elle noua inconsciemment ses bras autour de son cou. Son corps entier était en émoi et il lui était presque impossible de réfléchir. Elle sentait son cœur battre contre le sien et avait l’impression que la tête lui tournait. C’était trop bon pour être interrompu. Soudain, elle prit conscience de s’être abstinée trop longtemps. La langue de Stanley la taquinait. Son entre-jambe commençait par devenir moite. Elle voulait tout arrêter. Sa raison le lui intimait mais ses sens refusaient d’obtempérer. Lentement, Stanley l’a fit basculer dans l’herbe fraiche. Elle le sentit grogner contre ses lèvres et il fit glisser sa main le long de la fente qui dévoilait à moitié ses cuisses. La situation risquait de prendre une tournure incontrôlable si jamais elle ne faisait rien mais pourtant… -          Stan, arrête s’il te plait. Je…, fit-elle à mi-voix. Imperturbable, Stanley continuait à l’embrasser. Cela dura quelques minutes puis Kenza sembla sortir de ce rêve dans lequel l’avait emporté Stanley. Elle ouvrit les yeux et le repoussa violemment. Elle se maudissait de s’être laissé aller alors que sa raison lui avait ordonné de s’éloigner. -          Kenza… -          Je t’interdis de dire quoi que ce soit ! hurla-t-elle, lui coupant la parole.  -          Je suis désolé.  -          Tu n’es qu’un sale enfoiré ! Kenza se mit maladroitement à mettre de l’ordre dans sa chevelure. Malgré elle, son corps tremblait toujours à causes des sensations qu’elle avait éprouvées quelques minutes plus tôt. -          Dieu merci qui tu repars d’où tu viens ! reprit-elle cependant en le toisant. Je n’aurais plus jamais à te voir !  -          Je ne partirai plus.  -          Quoi ? s’étonna Kenza. -          Je reste ici ! répéta-t-il calmement. S’il y a une erreur que je ne me pardonnerai pas de répéter, c’est le fait de fuir encore une fois comme un lâche. Je resterai ici et je ferai tout mon possible pour remettre Miller Corporation sur pieds, tout en espérant qu’un jour tu veuille bien me laisser t’expliquer ce pourquoi j’ai agis de la sorte envers toi. Rien ne justifie ce que je t’ai fait mais tu mérites de savoir. Sans attendre qu’elle réplique, il fit volte-face et s’en alla, meurtrit.                 ***  Pendant plusieurs secondes, Kenza resta debout, silencieuse et bouleversée. Elle ne savait plus si elle devait-être heureuse que Stanley ait décidé d’arrêter de la harceler ou en être triste. N’était-ce pas ce qu’elle voulait ? Alors pourquoi son cœur se serrait-il ainsi d’amertume ? Il l’avait cru au téléphone avec un homme alors que ce n’était personne d’autre que Zahra. Sa petite fille avait voulu l’appeler parce qu’elle ne l’avait pas vu pendant le dîner et lui en avait fait tout un plat jusqu’au point de l’embrasser. Qu’avait-il voulut prouver en faisant cela ? Elle l’ignorait mais savait qu’au fond d’elle, elle aurait voulu que ce baisé s’éternise. Soupirant, elle décida de rejoindre les autres convives. Elle fut cependant déçue en arrivant de découvrir que Stanley avait quitté la soirée. 
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