L'OMBRE DERRIÈRE LA BOUTIQUE

936 Words
Il est 19h30. Lyna ferme la caisse, range ses derniers vêtements pliés avec soin, puis baisse la grille de sa boutique. Elle pousse un soupir léger, satisfaite de sa journée. Elle a eu de bons clients, quelques ventes importantes. Et surtout, Victor est passé. Sa journée ne pouvait pas être meilleure. Son amie Myriam l’a quittée plus tôt. Elle est donc seule pour fermer. La rue est calme, trop calme peut-être. Un soir ordinaire dans un quartier d’affaires. Lyna tourne la clé, met son sac sur l’épaule et commence à marcher vers sa voiture garée un peu plus loin. Elle ne remarque pas tout de suite la voiture noire, vitres teintées, stationnée de l’autre côté de la rue. Quand elle ouvre la portière de sa voiture, une voix l’interpelle dans le noir. — Mademoiselle Lyna ? Elle se retourne. Deux hommes. L’un grand, sec, avec une casquette enfoncée jusqu’aux yeux. L’autre plus costaud, le visage couvert partiellement par une écharpe noire. Elle recule instinctivement. — Oui ? Qu’est-ce que vous voulez ? Le plus grand s’avance d’un pas lent, presque décontracté. — On veut juste discuter. Te dire un petit mot. Rien de méchant. Lyna garde une main sur sa portière, prête à entrer. — Je n’ai rien à vous dire. Reculez s’il vous plaît. L’homme costaud s’avance à son tour, plus brusquement. Il tape d’un coup sec dans le rétroviseur, qui se replie violemment. — C’est pas toi qui décides ce soir. Écoute bien, beauté. Il y a des hommes qu’on ne touche pas. Même s’ils viennent à toi, même s’ils t’appellent matin et soir. Tu ne vois pas qu’il est marié ? Lyna reste figée. Sa gorge se serre. Elle comprend aussitôt. — C’est… Camille ? Elle vous a envoyés ? Ils échangent un sourire. Le grand s’approche encore, presque à une main de son visage. — On ne donne pas de noms. On donne juste des messages. La prochaine fois qu’on te voit traîner autour de lui… ce ne sera pas juste une discussion. Il attrape son sac et le jette au sol brutalement. Puis ils reculent. — Bonne soirée, Lyna. Rentre bien. Et réfléchis. Ils s’éloignent rapidement, rejoignent leur voiture noire et disparaissent sans un bruit. Lyna, tremblante, récupère son sac. Elle monte dans sa voiture, les mains glacées. Elle verrouille immédiatement les portières, puis éclate en larmes, seule, choquée, perdue entre peur et colère. Son téléphone vibre. Victor : “Tu es rentrée ?” Elle fixe l’écran un instant. Puis, les doigts hésitants, elle répond : “Oui… on en parlera demain. Bonne nuit Victor.” Le matin est encore jeune, les rues à peine réveillées. Le soleil perce timidement à travers les stores de la boutique de Lyna, mais l’ambiance à l’intérieur est loin d’être paisible. Lyna est déjà là, mais ce matin, elle n’a pas pris le temps de sourire. Pas de fond de teint, pas de rouge à lèvres, ses yeux sont gonflés, encore humides de la nuit blanche qu’elle vient de passer. À 8h15, Victor pousse la porte de la boutique. Il entre avec son regard doux et calme, comme à son habitude. Il ouvre les bras pour la saluer, mais son sourire s’efface dès qu’il voit le visage de Lyna. — Lyna ? dit-il, inquiet. — Victor… faut que je te parle. Assieds-toi, s’il te plaît. Ils s’installent à l’arrière, dans le petit coin salon où elle sert parfois du thé à ses clientes fidèles. Lyna a déjà préparé deux tasses de café, mais ses mains tremblent encore. — Hier soir… en quittant la boutique, deux hommes m’ont suivie. Ils m’ont menacée, Victor. Ils savaient mon nom. Ils savaient que je te vois. Et ils m’ont dit que la prochaine fois, ce ne serait pas juste des mots. Victor fronce les sourcils, serre les poings sans dire un mot. — Je suis sûre que c’est Camille. Ils n’ont pas dit son nom, mais... c’était évident. Ils parlaient de toi, de ta femme, de "ne pas toucher à ce qui n’est pas à moi". Un long silence s’installe. Lyna baisse les yeux. — J’ai eu peur, Victor. J’ai vraiment eu peur. Je ne dors plus. Je ne veux pas avoir de problèmes… je ne suis pas venue dans ta vie pour ça. Victor prend une profonde inspiration. Puis il se lève, s’agenouille devant elle, prend ses mains dans les siennes. — Regarde-moi, Lyna. Elle relève les yeux, lentement. — Je suis désolé. Jamais je n’aurais pensé qu’elle tomberait aussi bas. Mais crois-moi… je vais régler ça. Tu n’as rien fait de mal. Tu ne mérites pas cette peur. — Mais Victor… si elle recommence ? Si elle va plus loin ? — Elle ne le fera pas. Je te le promets. Je vais lui parler. Cette histoire de mariage creux… je suis fatigué. Elle ne me respecte plus, elle me méprise, et maintenant elle menace la femme qui me rend heureux ? Lyna serre fort ses mains. — Je t’aime, Victor, mais je ne veux pas vivre dans la peur. Tu dois mettre des limites. Tu dois choisir ce que tu veux vraiment. Victor hoche lentement la tête. — Je sais ce que je veux. Je veux la paix. Je veux toi. Et crois-moi… cette fois, je ne vais pas laisser passer. Il se lève, dépose un b****r doux sur son front, et murmure : — Tu n’es pas seule. Lyna ferme les yeux, touchée, mais toujours inquiète. Victor regarde sa montre, puis sort de la boutique. Dans sa tête, une seule chose : “Il est temps que Camille sache que tout a changé.”
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