Chez Victor, le matin.
Camille sortit de la chambre en traînant les pieds. Elle s’attendait à voir Victor déjà prêt, comme d’habitude, mais ce matin-là, il sifflotait dans la cuisine. Une odeur de café flottait dans l’air.
Elle s’arrêta, surprise.
— Tu es bien réveillé aujourd’hui… dit-elle, en l’observant.
Victor se retourna avec un léger sourire.
— Oui. Bien dormi ?
Camille haussa un sourcil. Il ne lui posait jamais cette question ces derniers mois.
— Correct. Rien de spécial. répondit-elle en s’asseyant au salon.
Victor déposa une tasse de café devant elle sans rien dire de plus, puis attrapa sa veste.
— Bonne journée, Camille. dit-il simplement.
Il sortit sans attendre de réponse.
Camille resta là, la tasse à la main, légèrement troublée.
Ce ton… ce regard… Ce n’était plus le même homme.
Et pour la première fois, elle se demanda : Est-ce qu’il se passe quelque chose ?
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Chez Élise, pendant le déjeuner.
Antoine sortit de la chambre, les cheveux en bataille, la gueule de bois évidente.
Il s’attendait à entendre des reproches, ou à voir Élise pleurer dans la cuisine comme d’habitude.
Mais non.
Elle chantonnait doucement en préparant une salade. Belle, calme. Trop calme.
— Tu fais à manger ? dit-il en s’étirant.
— Oui. Tu veux une assiette ? répondit-elle sans amertume.
Il s’approcha, l’observa discrètement. Elle était coiffée, maquillée légèrement, bien habillée.
— Tu sors ? demanda-t-il.
— Peut-être. J’ai des choses à faire. dit-elle en souriant doucement.
Antoine resta silencieux un instant.
— Tu vas où ?
— Ça ne te concerne pas vraiment. Tu n’as jamais posé la question avant. répondit-elle doucement, sans colère.
Il sentit quelque chose lui échapper.
Elle ne pleurait plus. Elle ne le suppliait plus.
Elle était… différente.
Il la fixa, comme s’il voyait une étrangère dans sa propre maison.
Et un doute naquit en lui, silencieux, empoisonné :
Elle voit quelqu’un ?
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Dans deux foyers fatigués, un vent nouveau souffle.
Et ceux qui pensaient tout contrôler… commencent à craindre de perdre ce qu’ils avaient négligé.
Il était un peu plus de 10 heures quand Camille sortit de la douche. Drapée dans sa serviette blanche, elle se regarda longuement dans le miroir. Elle remit une mèche derrière l’oreille, puis s’appliqua un rouge à lèvres discret, mais efficace. Son regard était vif, déterminé, presque satisfait.
Elle avait un rendez-vous important. Un rendez-vous avec son amant.
Dans la chambre, elle enfila une robe élégante, pas trop voyante mais assez pour attirer les regards. Puis elle se tourna vers la bonne, qui attendait dans le couloir.
— Aïcha, tu t’occupes de la maison aujourd’hui. Range bien la chambre, et si Victor rentre avant moi…
Elle s’arrêta pour mettre ses boucles d’oreilles, puis reprit :
— Dis-lui que j’ai été appelée en urgence par une amie, rien de grave. Tu lui prépares quelque chose à manger aussi, d’accord ? Pas besoin qu’il commence à poser des questions.
La jeune bonne, habituée à ce genre de consigne, hocha la tête.
— Oui madame. Est-ce que je lui dis où vous êtes partie ?
Camille se retourna lentement, un léger sourire en coin.
— Non. Il n’a pas besoin de le savoir.
Elle attrapa son sac à main, ses lunettes de soleil, puis ses clés de voiture. Dans un geste fluide, elle jeta un dernier coup d’œil à son reflet dans le miroir.
— Parfait.
Avant de sortir, elle s’arrêta un instant près de la porte d’entrée. Elle pensa brièvement à Victor, à son étrange calme ce matin, à ce changement subtil dans son regard. Une part d’elle se demanda s’il avait compris… Mais elle haussa les épaules.
— Il ne dira rien. Il ne dit jamais rien. murmura-t-elle pour elle-même.
Puis, sans un mot de plus, elle quitta la maison.
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Dans sa voiture, elle mit de la musique, un morceau romantique et léger.
Son téléphone vibra. Un message de son amant : "Je t’attends. J’ai réservé une chambre."
Elle sourit.
— Pauvre Victor… Toi aussi tu caches quelque chose maintenant, pas vrai ? dit-elle dans un souffle.
Mais elle n’imaginait pas que Victor, ce matin-là, prenait aussi un autre chemin. Un chemin qui le menait doucement, mais sûrement, loin d’elle.