Cover-2

2036 Words
Demain je dois aller voir les médecins et Ambre et trouver une excuse à Opale pour ne pas l’emmener de suite. Je ne suis pas près de lui annoncer l’irréparable. Chapitre 2 Kendji : Les yeux de la mama Benjamin Une semaine…une p****n de longue semaine vient de passer. Des journées complètes passées avec Ambre, à la regarder, lui parler, espérer un signe. Pendant ses examens aujourd’hui, les médecins m’ont proposé de rester pour voir, j’ai accepté de suite, mais j’en ai été encore plus bouleversé. Encore maintenant, je n’arrive pas à m’en remettre. En sortant de l’hôpital, j’ai récupéré ma fille chez mes amis, la police étant passée hier à la salle de sport, je n’avais plus d’excuses pour ne pas la reprendre avec moi. Ils ont conclu à un accident, une machine apparemment mal fixée qui serait tombée sur Ambre… merde c’est quelque chose que je contrôle toujours mes machines, je ne comprends pas qu’un accident comme celui-ci a pu se produire encore moins sur elle. — Tu manges pas papa ? Je regarde Opale et son assiette quasiment terminée alors que la mienne est encore intacte. — Je n’ai pas très faim ma chérie, mais mange toi, ne t’inquiète pas. Tu en veux d’autres ? — Non j’aimerais voir maman. Elle me manque… Des larmes remplissent ses yeux et me serrent le cœur. Je ne lui ai pas encore annoncé, je ne sais pas comment faire. Je lui mens depuis une semaine en lui disant que sa maman était très fatiguée et qu’elle avait besoin de beaucoup de repos, que nous devions la laisser et que nous irons la voir plus tard. — Papa ? On peut aller voir maman ? S’il te plaît. Je lui souris et me lève pour débarrasser mon assiette. — Papa ! Tu m’as pas répondu ! Je pensais vraiment m’en tirer comme ça ? C’est le caractère de sa mère, têtue comme une mule ! — Je te l’ai déjà dit ma chérie, maman est fatiguée elle a besoin de se reposer. — Elle arrête pas de se reposer, me répond-elle les larmes aux yeux. Je veux voir ma maman… — Ne pleure pas mon cœur, viens. Elle ne se fait pas prier pour se blottir dans mes bras. Je sens ses larmes couler le long de mon cou où elle a enfoui son nez. Les mots de Paul me reviennent en tête, je ne dois pas être égoïste. — Écoute ma chérie, ce soir il est déjà tard et nous n’avons plus le droit de rendre visite à maman. Mais demain nous irons la voir ensemble. C’est d’accord ? Elle me fait un petit oui de la tête avant de se recaler comme elle l’était. Dans quel merdier je me suis fourré ? Elle va s’en rendre compte que sa mère ne se réveille pas, et puis toutes ces machines qui la maintiennent en vie ? Il faut absolument que j’appelle Rubis. Depuis l’accident, elle n’est pas repartie et est un véritable pilier avec son aide. — Tu vas te brosser les dents ? J’arrive dans dix petites minutes pour te lire ton histoire d’accord ? Quand j’entends l’eau couler, je prends mon portable pour appeler ma belle-sœur. Elle répond dès la deuxième sonnerie. — Benjamin ? Y’a un problème ? C’est Ambre ? — Salut Rubis, y’a un souci oui, mais c’est pas ta sœur… Opale ne supporte plus de ne pas voir sa mère, j’ai craqué et lui ai promis de l’emmener demain. — Et où est le problème ? — Rubis ! Elle va bien voir que sa mère ne se réveille pas et les machines ne passent pas inaperçues. Sans parler de…tu sais ! — Attends, tu es en train de me dire que tu ne lui as toujours rien dit ? Aïe, j’avais zappé ce détail. J’ai promis à mes proches de parler avec Opale pour la préparer à la perte de sa maman…sauf que je n’ai pas eu le cran de le faire. — Benjamin ! Tu ne peux pas ne rien lui dire ! Elle a le droit de savoir ! Elle doit le savoir pour se préparer ! — Je sais…mais je n’y arrive pas. — Tu veux que je vienne ? — Non…merci. T’as raison je dois lui dire. Je suis son père, c’est à moi de le faire. Je te laisse, elle m’attend pour son histoire du soir. — Si t’as besoin de parler ou n’importe quoi d’autre, t’hésites pas OK ? Je raccroche et laisse mon téléphone sur la table pour aller dans la chambre de ma fille. Malgré notre déménagement, elle a tenu à garder la même chambre qu’elle avait. Des licornes et un immense château ornent les murs et la chambre est remplie de jouets et de peluches. Elle est calée au centre de son lit, son livre de chevet dans les mains à m’attendre. Je lui prends doucement des mains. — Ce soir, c’est une autre histoire que je vais te raconter. — Oh ? Il est où le livre ? — Là dedans, je lui dis en désignant ma tête. Et les images ici, continuais-je en tapotant sa tête. Ferme les yeux, les images vont apparaître toutes seules. Elle me regarde étonnée, mais fait ce que je lui dis. — Prête ? C’est parti. C’est l’histoire d’un roi et une reine qui vivent dans un grand château avec leur petite princesse. Le roi aime les deux femmes qui partagent sa vie plus que tout au monde et elles lui rendent bien. Ils sont heureux et adorent s’amuser tout le temps. Mais un jour, la reine a un accident. Le roi très inquiet confie la petite princesse à sa nounou pour rester près de sa femme. Il reste toujours près d’elle, mais les sages n’ont pas de bonnes nouvelles à lui annoncer. La reine est très blessée et ne pourra pas se réveiller… — Même pas avec un b****r du roi comme dans Blanche-Neige ? — Même avec un b****r du roi ma chérie. La reine est trop fatiguée et le roi doit se résoudre à ne plus la voir ouvrir les yeux. Quand il va rejoindre sa petite princesse, il doit lui annoncer cette terrible nouvelle. Mais il n’oublie pas de lui expliquer à quel point sa mère l’aime de tout son cœur, que jamais elle ne l’abandonnera. Et tu sais comment ? Parce que les gens que nous aimons restent ici pour toujours, finissais-je en désignant son cœur. — Mais la petite princesse, elle va faire comment sans sa maman la reine ? Elle va être triste. — Elle sera triste oui, mais c’est la vie qui est comme ça mon ange. Elle gardera dans sa tête et dans son cœur les merveilleux moments passés ensemble. — Plus jamais elle ne pourra lui faire de calins ? Lui parler ? — Oh si… Sa maman viendra la retrouver dans ses rêves, et toutes les étoiles qui brillent haut dans le ciel, ce sont toutes les personnes qui nous ont quittés, mais qui veillent encore sur nous. — Elle est triste ton histoire papa… — Je sais ma chérie…Mais ce qu’il faut que tu retiennes de cette histoire, c’est que les gens ne partent jamais vraiment. Pour toutes réponses, elle vient se coller à moi. Je respire ses cheveux, elle a la même odeur que sa mère, la même façon de serrer ses poings, de mettre sa tête dans la base de mon cou. Je refoule les larmes qui me montent aux yeux, ce n’est pas le moment de craquer. — Je peux faire dodo avec toi papa ? Je la porte pour la déposer dans mon lit, elle se glisse sous les couvertures et me murmure un « je t’aime » avant que je n’éteigne la lumière en la serrant contre moi. — Papa !!!!! Allez, papa, lève-toi ! On va voir maman ! Papaaa ! Bordel c’est quoi ce délire, j’ai l’impression d’être dans un bateau sous la tempête là ! J’ouvre doucement un œil pour voir une petite boule de nerfs sauter comme si elle était sur un trampoline dans mon lit. — Opale… recouche-toi… — Non ! On va manger des céréales et on va voir maman ! Allez papa, debout !!! Voilà qu’elle me secoue comme un prunier maintenant, cette petite est intenable ! je me tourne pour regarder le réveil sur la table de nuit…8 heures ! C’est pas vrai ! C’est la première fois que je dors si bien depuis… non ! On ne pense pas à ça maintenant, on se concentre sur la petite boule d’énergie qui saute encore en se dandinant. La voir sourire me réchauffe le cœur. Je l’attrape quand elle ne s’y attend pas pour la chatouiller, ses éclats de rire provoquent mon hilarité aussi, que c’est bon de revivre ça. — Papa arrête…halète-t-elle. Je vais faire pipi ! Papa !! Je relève les mains pour la libérer. Elle se relève d’un bond pour sortir du lit et sort en courant de la chambre en criant. — C’était pas vrai, mais j’ai gagné ! La chipie ! Je me rallonge et mes yeux se portent sur le mur à la tête de mon lit. La photo de nous trois le jour de Noël…ce fameux jour où Ambre m’a déclaré son amour, où elle m’a fait le plus beau des cadeaux en plus de son cœur, ma fille. — Comment on va faire chérie ? Comment je vais pouvoir entendre la petite rire ? Comment je vais y arriver sans toi ? Une petite voix en bas me fait revenir au présent et repousser toutes mes interrogations loin pour le moment. Le petit déjeuner de ma terreur engloutie et le passage dans la salle de bain fait, nous avons pris la route de l’hôpital. J’aimerais réussir à voir un médecin pour lui demander si c’est possible d’enlever ou au moins cacher les machines qui entourent Ambre. Je souris faiblement à la dame de l’administration pour prendre la direction des ascenseurs. Une fois notre étage atteint, j’emmène ma fille s’asseoir sur une chaise afin qu’elle m’attende pendant que je voie le médecin. — Monsieur Diat, bonjour. — Bonjour docteur. Vous tombez bien, je vous cherchais. Je suis venu avec ma fille, elle tenait à voir sa maman. Mais avant, je voulais savoir si c’est possible de cacher les machines qui entourent ma femme ? — Malheureusement, nous ne pouvons pas, me répond-il peiné. Toutes les machines qui entourent votre femme sont vitales pour elle… vous n’avez pas dit à votre petite pour sa maman ? — Disons que je lui ai dit, mais pas directement. C’est dur de lui annoncer ça, je lui ai raconté une histoire hier soir en faisant passer le truc avec un roi, une reine, une princesse… — Vous souhaitez qu’une infirmière vienne avec vous ? Peut-être qu’en étant avec une femme… Je comprends où il veut en venir, je me suis fait les mêmes réflexions hier. Je lui réponds que oui, une infirmière pourra nous rejoindre plus tard, que pour l’instant, je veux rester seul avec elles. Je retourne chercher ma fille qui patiente sagement pour aller dans la chambre que je connais par cœur depuis une semaine. Comme à chaque fois que j’ouvre cette porte, mon cœur se brise de voir Ambre dans cet état. Je regarde Opale qui a un mouvement de recul. — Ne t’en fait pas ma chérie… Elle me serre un peu plus fort la main avant de me demander si sa maman n’a pas mal d’avoir autant de machines. — Non, elle ne les sent pas. Va lui dire bonjour. Elle avance doucement, grimpe sur le lit à côté de sa mère et lui embrasse la joue encore et encore. — Papa ? Pourquoi mes bisous réveillent pas maman ? D’habitude ça marche à chaque fois ! Voilà arrivé le moment que je redoutais tant… Saurais-je trouver les bons mots pour qu’elle comprenne ? Je viens m’installer près d’elles et pose ma main sur celle d’Ambre après avoir mis Opale sur mes genoux. — Tu te rappelles de l’histoire que je t’ai racontée hier soir ? — Oui, le roi qui reste avec sa femme qui va devenir une étoile ? — Oui ma chérie… Merde, je pensais qu’en lui disant ça elle aurait fait le rapprochement ! — Si je te dis que la reine et maman, le roi c’est moi et la princesse c’est toi ? — J’aime pas cette histoire papa, elle était triste et je veux pas que ce soit nous. Ses petits yeux marron se remplissent de larmes au même rythme que les miennes. — S’il te plait papa, je veux pas que ce soit nous. Elle descend précipitamment de mes genoux pour se coller à Ambre. Elle la secoue en lui disant de se réveiller. — Maman, réveille-toi maman ! Tu vas pas devenir une étoile ! Maman, allez debout ! Elle hurle, pleure…une infirmière entre dans la chambre complètement affolée. Elle comprend rapidement ce qui se passe quand ses yeux se remplissent de larmes à elle aussi. — Opale, ma chérie arrête…viens J’essaie de la prendre dans mes bras, mais elle me repousse pour se coller encore plus à sa mère. — J’aimais pas ton histoire papa ! C’est ma maman, pas une reine ! Maman, réveille-toi ! L’infirmière quitte en vitesse la chambre en étouffant un hoquet, je suis complètement démuni face à petit bout de femme qui vient de comprendre, bien trop tôt, ce qu’est la mort. Elle s’accroche à sa mère, comme si sa vie en dépendait, pleurant à chaudes larmes. Je ne peux que les regarder et comprendre sa douleur, je la partage autant…Mais moi je suis adulte, je saurais me relever, je n’ai pas le choix, elle ça la marquera à jamais. Une main se pose sur mon épaule, Rubis est derrière moi et ne cherche pas à cacher ses larmes. Depuis combien de temps est-elle présente ?
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