Arrivé devant le lycée, je me dirige vers la voiture de mon père.
–Papa : je te dépose à la maison ou tu viens chez moi ?
-moi: non c'est bon je vais rentrer à la maison je vais dormir un peu et peut-être que je passe vous voir plus tard dans la semaine incha Allah
–Papa : d'accord pas de soucis monte je te dépose.
Ça fait deux ans que mes parents sont divorcés et un an que mon père s'est remarié (il perd pas de temps lui). Sa femme, elle a trois enfants, deux filles et un garçon avec qui on s'entend plutôt bien.
C'est une chance que mon père il soit tombé sur une famille comme ça parce que en général les familles recomposées ils ne s'entendent pas trop bien alors que nous on a accroché direct.
Dans la voiture, sur le chemin, je raconte un petit peu à mon père ce qu'il s'est passé, il est grave énervé contre Reda et fait que de l'insulter. Avec mon père, on s'est beaucoup rapproché depuis qu'il est partit de la maison, il est plus présent pour nous alors qu'avant c'était un fantôme. Je le préfère maintenant. Que dieu me le préserve.
J'arrive chez moi, ma mère elle est sûrement au travail. C'est toujours le matin, il est à peine 10 heures donc je vais dormir je suis trop fatigué. Moi je passe ma vie à dormir c'est vraiment mon activité favorite. Je me réveil il est environ 15h, j'ai rien à faire donc je regarde la télé, je mets esprit criminelle c'est le feu cette série.
Y'a mon portable qui sonne, c'est ma mère je décroche :
- Mama: Allo Ayssa, je t'appelle pour te dire que ce soir on dort chez Tata tu seras tout seul avec Alia, j'ai laissé de l'argent dans le plateau à l'entrée si voulez acheter un truc à manger pour ce soir y'a pas de soucis.
-moi : d'accord mais vous rentrez quand alors ?
-Mama: demain soir incha Allah
-moi: OK bah bisou alors à demain
Et j'ai raccroché avec ma mère.
Alia, c'est ma petite sœur, Elle a 14 ans. J'envoie un message à ma sœur pour lui dire qu'on sera seule ce soir à la maison et en même temps j'en profite pour demander à Isam de passer à la maison comme il m'a dit qu'il avait un truc à me dire et je voulais surtout qu'il me ramène un grec.
J'ignorais à ce moment que c'était à partir de cette soirée que tout allait changer pour moi.
Vers 18 heures, ma sœur rentre avec ses deux copines : Sophia et Chiara. Elles vont dans la chambre et moi je reste au salon en attendant Isam. En parallèle je parlais en message avec les filles et il y a Christina qui me dit que c'était nul sans nous en classe. C'est vrai la pauvre elle va rester seule toute la semaine.
Il est 20h déjà et toujours pas d'Isam alors que j'ai faim moi. Au moment où je l'appelle ça sonne à la porte. Enfin! Je vais ouvrir et je me jette sur le sac sans regarder Isam.
-Isam: bah de rien !
-moi: je vais pas dire merci alors que t'as mis trop de temps. J'ai faim moi.
On va se poser sur le canapé au salon, Isam il va dans la chambre pour dire bonjour à ma sœur et moi J'entame mon grec. Quand il revient, il se pose à côté de moi sur le canapé et me fixe.
–Moi : pourquoi tu me regardes comme ça ?
–Isam : faut que je te dise un truc mais j'ai peur de ta réaction
–Moi : si tu commences comme ça c'est sûr que tu sais d'avance que je vais mal réagir.
-Isam: bah non c'est ça le truc c'est que je c'est absolument pas comment tu vas le prendre
-Moi : vas y je t'écoute
–Isam : j'ai rencontré une fille
–Moi : mais t'es sérieux là tout ça pour ça ? tu rencontres des filles tous les jours
-Isam: mais non là c'est pas pareil, c'est une vraie femme avec qui je veux du sérieux, stop les connerie, je veux la présenter à ma mère mais d'abord je veux que tu la vois et que tu me dit ce que t'en pense
-moi: euh je m'attendais pas à ça. Tu la connais depuis quand ?
-Isam : je l'ai rencontré ça fait un mois mais y'a jamais rien de plus entre nous parce que elle a pas voulu en fait, elle m'a fait galérer et finalement je lui ai proposé de faire les choses bien
-moi: comment ça faire les choses bien ?
-Isam: je vais la demander en mariage
À cet instant-là, je sais pas ce qui se passait à l'intérieur de moi, mais j'arrivais plus à respirer, j'étouffait. Une fois, j'ai entendu Isam dire que le véritable amour entre un homme une femme, c'était la complicité, l'amitié. Là, j'ai su ! c'était comme un électrochoc, sa phrase devenait vraie. Il était là devant moi, et en même temps tellement inaccessible. Il en aimait une autre et moi je l'aimais.
Je sais c'est bizarre, je me suis sans cesse répéter qu'entre nous c'était rien de plus que de l'amitié une amitié forte certes, mais de l'amitié et rien de plus. Je n'avais jamais été jalouse de ses copines avant et Dieu seul sait combien il en a eu. J'avais un idéal d'homme et ce n'était pas Isam. Je ne suis jamais sorti avec un garçon, car j'attendais tout simplement mon âme sœur. On dit que Dieu a écrit plusieurs milliers d'années à l'avance qui sera notre âme sœur. Moi, je pense avoir perdu le miens ce soir.
Je ne suis pas quelqu'un qui arrive à faire semblant. Ce soir j'étais triste, j'étais détruite et Isam ne tarda pas à le remarquer.
-Isam: qu'est-ce qui t'arrive ?
Comment lui dire que je viens de me rendre compte que je l'aime ? Je le regarde, il a l'air si heureux, si excité.
-moi: non rien je suis juste surprise
-Isam: je te connais y'a quelque chose qui va pas, dit moi
-moi: je t'en veux sincèrement ! Comment tu peux me faire ça ?
-Isam : Comment je peux te faire quoi ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
-moi : ça fait un mois que t'es amoureux et tu m'a rien dit
Eh bien oui, j'ai pas eu le courage d'être égoïste et lui gâcher son bonheur.
-isam : tu m'as fait peur, je pensais que tu voulais pas que je me mari
-moi : sa me dérange pas si elle prend pas ma place...
-isam : jamais ! Tu seras toujours ma petite princesse.
Devant lui, je sais pas comment j'ai pu me contenir. Il fallait qu'il parte, je supportait pas de le voir là, me sourire, me taquiner, je ne supportait plus de faire semblant.
-moi : bon Isam rentre chez toi
-Isam : pourquoi tu me mets dehors ?
-moi : parce que je vais regarder un film de Bollywood et tu va me faire chier donc casse toi !
-Isam : allez salut avec tes films de pakpak là, je sais même pas comment tu peux aimer sa
-moi : c'est des films indous déjà, et je sais que t'aime pas parce que quand on a regardé Devdas ta pleuré
-isam : mdr je vais te n****r, à quel heure j'ai pleuré moi ?!
-moi : je t'ai vu sale mito
-isam : c'est mieux que je rentre chez moi avant que je la cogne celle la
-moi : c'est mieux que tu te calme avant que je dise à ta futur femme que ue tu pleure devant les films indou, on va voir si elle va pas annuler le mariage
-isam : parle t'es morte !
-moi : allez kiss, rentre bien et passe le bonjour à ta mère
Il est parti. Je suis devant la porte d'entrée, je lâche une larme, quand j'entends ma sœur et ses copines. Faut que je me reprenne pour pas craquer devant elles.
-alia : Ayssa, je peux dormir chez chiara ce soir ?
-moi : ok
Sa tombe bien, faut que je sois seule. 10 min plus tard, les filles sont parties. Je vais dans ma chambre, sur mon lit, sous ma couette. Je pleure, je pleure de douleur, je pleure d'incompréhension. Comment c'est possible ? Comment puis-je l'aimer à ce point ? De cette façon ? Si subitement ? Ce chagrin m'étouffe, il m'étreint la poitrine. Mes espoirs s'envolent même si je ne savais pas que j'aimais Isam à ce point, maintenant, je sais que je ne pourrais plus aimer, j'ai trop mal pour que ce ne soit qu'une illusion. C'est réel, je ne m'y attendais pas. Je suis soudainement lassée de cette vie, lassée de mon âme, lassée des jours à venir, lassée de ma respiration.
Moi Ayssa, qui aurait cru que je haïrais la vie à cause d'un homme, moi Ayssa, cette fille qui ne comprenais pas ceux qui pleurait par amour, ce qui ce sacrifiait par amour, ce qui rêvait de la mort par amour. Moi Ayssa, je suis aujourd'hui cette personne. Toi qui me lit, j'espère que jamais tu n'auras à faire face à une douleur comme celle-là. C'est peut-être exagéré à t'es yeux, mais ne sous-estime pas ce sentiment qu'est l'amour, ne la n'néglige pas, ne la rate pas. C'est l'erreur que j'ai commise.
Je cherche quelque chose qui pourra me soulager, une personne à qui parler qui pourra me réconforter. C'est le néant. Malgré que je sois bien entouré, je me rends compte que je suis vide, il me manque quelque chose, mais quoi ? Soudain, je m'assoie au bord de mon lit un moment, puis me dirige vers la salle de bain. Je m'appuie sur le lavabo. Je suis née m*******e, mais puis-je avoir la prétention de dire que je le suis ? J'ai abandonné la prière, je néglige mon créateur. Tant de fois j'ai entendu dire que Allah éprouve ceux qu'il aime ? Est-ce une épreuve d'Allah ? Me rappelle-t-il sur le droit chemin ? Me dit-il qu'il est là pour moi ? Le seul vers qui je peux me retourner et trouver la paix ? N'est-il pas temps de m'en remettre au tout-puissant ?
J'effectue mes ablutions avec douceur et lenteur. Je vais dans la chambre de ma mère, enfile son habit de prière et prend son tapis. Je retourne dans ma chambre. Je commence à prier. Je prie encore et encore, je demande à Allah de m'enlever cette douleur dans mon cœur, de remplacer cet amour par quelque chose de meilleur. Au fur et à mesure que je priais, je sentais quelque chose changer en moi subhanaAllah. Je commençais à avoir honte, honte de ne pas avoir réussi à me montrer à la hauteur de mon créateur. Et si j'étais morte, comment, aurais-je pu rattraper tout ça ? Allah me laissait une chance, il me tendait la main pour que je m'accroche à lui, il me gratifie de ce malheur pour m'éprouver. Il avait répondu à mes invocations, j'avais toujours les mêmes sentiments pour Isam, mais ces sentiments étaient enveloppés par quelque chose d'encore plus fort, quelque chose qui me ferai avancer : la foi. Ma tristesse s'est dissipée, l'obscurité à disparu, je voyais la lumière. Cette nuit-là je suis réellement devenu m*******e, cette nuit-là j'ai embrassé l'islam. Des sentiments et des émotions que je n'avais jamais connus, aussi fort que ça, en une nuit, une nuit qui me marquera à jamais.
Maintenant, demande-toi si Allah est satisfait de toi, si tu venais à mourir, aurait tu ne serais-ce que 0,001 % de regrets ? Nous sommes sur terre seulement pour adorer Allah et nous serons rétribuer selon cette mission. Es-tu sur la bonne voie ? Oh toi ma sœur, oh toi mon frère, courrez vers Allah, c'est la seule chose de vraie. Louange à Allah, Seigneur des univers.
Il est 6h, j'ai dormi seulement 3heures, mais je me sens tellement bien. Je prie le fajr (depuis ce jour, je ne rate plus aucune prière). Un peu de ménage, et je révise un peu. À 11h, je me lève pour sortir. J'ai besoins de quelque chose de très important, que je n'ai pas. Le Coran. Ya celui de ma mère, mais j'en veux un à moi. J'ouvre mon armoire, mais je reste bloqué. Rien ne va. Ça c'est trop serré, ça c'est trop court, ça c'est trop voyant... bon allez je prends un jogging et un gilet le plus long et le plus gros possible. Et hop on y va. En bas de l'immeuble, y'a les teneurs de murs. Vous voyez ces jeunes galériens qui sont en bas des bâtiments à vendre des barrettes de s**t et je ne sais quoi d'autres perversités. Ils m'énervent c'est un délire ! Pourtant, j'ai grandi avec eux. Quand on était petits, c'étaient mes potos et puis ils ont pris la relève des grands et je me suis éloigné d'eux. Je traverse le hall :
-... : wesh Ayssa, tu vas où habillé comme sa y'a embrouille?
C'était Drissa, le frère à Aicha un renoi, 24 ans. Je l'aime bien Drissa, il venait souvent chez moi avant avec sa mère et sa sœur. Toutes les daronnes de la cité elles sont copines donc on se connait tous.
- moi : salam aleykoum, mdr non même pas je vais faire des courses. Et vous vous faites quoi la dès le matin.
(Je leurs dit tout le temps salam aleykoum, c'est une façon de de garder une distance et un peu de respect. Avec eux, tu ne mets pas des barrières, c'est mort pour toi, quoi qu'il arrive ils t'auront.
-Drissa : La galère hein tu connais.
-moi : non justement moi je connais pas sa la galère comme tu dit
-samir (un autres mec) : excuse nous toi tu fais des études
-moi : je peux pas t'excuser, l'école elle est gratuite et sans dangers, vos trafics ça ne va rien vous apporter de bon.
-samir : dit pas sa tu sais rien !
-moi : je sais tout justement, parle pas comme si t'avais tout vécu et que t'avais pas d'autres solutions, oublie pas qu'on a tous grandit ensemble, dans le même milieu, les mêmes galères. Si t'es là aujourd'hui, c'est ta faute, ton choix. Pas de manières avec moi samir.
-samir : c'est bon la fille elle passe son bac elle se sent plus vas-y casse toi.
- Drissa : parle lui bien samir, elle dit la vérité. Vas-y Ayssa, C'est comment les cours ? D'ailleurs pourquoi t'es pas à l'école ?
- moi : Je me suis fait viré avec les filles et Isam parce que on a frappé un mec de la classe.
- oumar (encore un autre mec, mdrr ils sont beaucoup dans le hall) : mdrrrrrrrrr jure ? Vous êtes sérieux vous l'avez tous tapé ?
- Drissa : c'est pour sa ma mère elle a frappé Aicha hier je comprenais pas elle était vénère jusqu'à elle a dit elle va l'envoyé au bled
-moi : jure ? Oh la pauvre elle ne me l'a pas dit. Je passe la voir toute à l'heure insha Allah. Enfaite le mec il m'a insulté moi et shirine et isam il m'a défendu et apres on est tous rentrer dedans.
- samir : il a insulté shirine ? C'est qui ce mec ? (samir il a des vues sur shirine mais il peut rêver)
- moi : vasy c'est personne t'inquiète pas
-oumar : je suis sure que c'est toi qui a commencé, t'es trop agressive.
-moi : mais n'importe quoi toi mdrrr
- Drissa : en tous cas ta de la chance d'avoir Isam sinon avec tout les mec avec qui tu t'embrouille c'est sur que y'en a un qui t'aurais tué.
- moi : mdrrrr je suis invincible moi
- Samir : t'es trop insolente oui mdrr
- moi : bon les garçons je vous laisse j'ai des choses à faire.
-eux : vas-y.
À part Drissa, j'ai l'impression que les autres ils m'aiment pas trop. Ils supportent juste pas que je fuit la cité. Pour eux, t'es dans la cité, tu restes dans la cité. Surtout les filles. C'est comme une mafia, et on est censé être leur propriété.
Je marche jusqu'au centre-ville. Y'a une boutique islamique où ils vendent pleins de choses. Des vêtements, des livres...
J'achète un Coran, des livres sur la prière, la vie dans l'islam, la purification des cœurs et je prends un livre sur le voile. À la caisse, je regarde vite fait, et j'aperçois un livre sur le mariage. J'ai le cœur serré.