1Ça…
Ça… va…
… pas.
…
Pas… du… tout.
…
Ma… mal…
Je… me sens…
Si… mal !
Elle venait d’éprouver une sensation nauséeuse, totalement écœurante et rapidement accompagnée d’une très vive migraine. Un mal de tête qui lui vrillait le cerveau, comme si un morceau de métal brûlant s’était violemment fiché au travers de ses tempes. S’ensuivit une succession d’épouvantables étourdissements et de vertiges abyssaux.
Ces désagréments disparurent heureusement aussi subitement qu’ils étaient survenus. Abasourdie, elle chercha tant bien que mal à comprendre sa situation.
Que…
???
Qu’est-ce que… j’ai ?
Des images brouillées et des paroles confuses tournoyaient sans cesse dans sa tête. Tout cela paraissait totalement incohérent. Le passé et le présent se bousculaient. De façon folle. Erratique.
Elle s’en trouva complètement désorientée. Pourquoi était-elle dans cet état ?
Que… qu’est-ce qu’il… m’est… arrivé ?
Elle n’eut pas le temps d’en analyser la cause.
Un nouvel étourdissement la saisit de manière brutale.
Fulgurante.
Et elle s’évanouit.
*
…
L’impression était étrange.
Que se passait-il, maintenant ?
Depuis qu’elle avait repris conscience, elle s’était retrouvée comme dans une sorte d’état second où elle ne percevait plus les sons que de manière très déformée. En effet, ceux-ci paraissaient assourdis, comme s’ils lui parvenaient au travers d’un épais liquide. Ces bruits incongrus finirent par s’affaiblir progressivement. Très progressivement. Ils semblèrent lentement s’éloigner jusqu’à ce qu’un lourd silence s’abatte en fin de compte sur elle.
Un silence total.
Un silence absolu.
Un véritable silence de mort.
Et puis, il y avait eu aussi (il y avait eu surtout !) cette affreuse sensation de chaleur qui avait envahi le dessus de sa tête. C’était comme si un casque brûlant avait été posé sur le sommet de son crâne. Par chance pour elle, cela n’avait pas duré. La douleur s’était estompée rapidement, jusqu’à disparaître complètement. Un peu à la manière d’un antimigraineux miracle qui aurait apporté ses puissants effets bénéfiques.
Quelque chose de très inattendu était ensuite survenu.
De vives lumières étaient parvenues à ses pupilles. C’était très étrange. Comme une sorte de kaléidoscope produisant d’éblouissantes illuminations. Un véritable feu d’artifice aux jeux de miroirs reflétant des teintes éclatantes, brillantes, irisées.
Puis, avait surgi un énorme trou noir. Béant.
Elle avait alors été avalée par de vertigineuses ténèbres et avait peu après eu la désagréable impression de chuter à l’aveugle dans un puits sans fond. Sa descente au milieu de ce voile opaque avait paru sans fin.
Puis elle avait éprouvé de bizarres effets qui s’estompaient tous, les uns après les autres. Cela touchait à tous ses sens. Comme son odorat, par exemple, avec cette horrible senteur de brûlé qui avait elle aussi fini par s’évaporer.
Dans le même temps, son esprit se brouillait de plus en plus. Sa mémoire, plus spécifiquement. Elle devenait confuse. Tout son passé semblait rapidement s’enfuir. C’était comme s’il se volatilisait sous l’effet de la vitesse de sa chute. Même ses souvenirs les plus personnels s’échappaient inexorablement, sans qu’elle puisse faire quoi que ce soit pour les retenir.
Et, au bout de son épreuve, il y eut l’oubli.
Total.
*
Où…
Où suis-je ?
Elle avait eu l’impression qu’on l’avait brutalement assommée et qu’elle était encore sonnée par le choc.
Où ? Bon sang ! Où ?
Elle se sentait désorientée. Elle ne savait ni ce qu’il s’était passé, ni où elle se trouvait. Mais ce qui l’intriguait le plus c’était qu’elle ne distinguait aucune lumière auprès d’elle. Pas le moindre éclairage, aussi ténu soit-il.
On ne… On ne… voit… rien, ici !
Elle s’était également aperçue qu’elle avait totalement perdu, non seulement le sens de l’orientation, mais aussi la notion du temps.
Où suis-je et… depuis quand ?
Un puissant endormissement commençait de nouveau à la gagner.
Suis fatiguée.
Fatiguée…
Malgré ses efforts pour rester éveillée, elle était incapable de résister à la forte somnolence qui la submergeait. Elle se sentait épuisée.
Sommeil… Vraiment sommeil.
Elle combattait son irrésistible besoin de repos.
Énormément… besoin de… dormir.
Elle luttait vainement.
Énormément…
Elle sombra à nouveau.
*
– NOOOOON !!!
Sa reprise de conscience avait été brutale. Un hurlement déchirant l’avait sortie d’un coup de son sommeil. Un cri inattendu, viscéral, terrifiant, qui avait résonné dans les ténèbres.
Qui a crié ?…
D’où cela venait-il ? De devant ? De derrière ? D’au-dessus ou d’en dessous ? Elle était bien incapable d’en localiser l’origine. Elle ne savait d’ailleurs même pas où elle était, ni dans quelle position elle se trouvait.
Assise ? Debout ? Couchée ?
Elle interrompit sa réflexion. Une supplique affolée avait retenti.
– NON ! TOUT, MAIS PAS ÇA !
Pendant un bref instant, il lui sembla qu’il s’agissait d’une voix d’une de femme, mais elle n’en était finalement pas très sûre, tant ces paroles étaient chargées d’émotion et de désespoir.
Elle avait tenté de héler la personne à l’aveugle.
Qu’y a-t-il ? Pourquoi criez-vous ?
Seul le silence lui avait répondu.
Elle insista.
Qu’est-il arrivé ? Où êtes-vous ?
…
Parlez, je ne vous vois pas !
Elle ne pouvait toujours rien distinguer. Il faisait beaucoup trop sombre pour cela.
D’où venait cette supplique ?
La situation devenait particulièrement inquiétante. La surprise initialement ressentie à l’écoute de ces cris angoissés se transforma progressivement en appréhension.
Répondez, je vous en prie. Vous me faites peur !
Mais elle eut beau appeler à nouveau, il n’y eut pas la moindre réponse.
Un doute curieux s’insinua peu après dans son esprit. Avait-elle réellement prononcé ces paroles ? Ou bien les avait-elle simplement pensées ?
Surprenant comme question.
Et pourtant…
Elle tenta donc, une fois de plus, d’interpeller la personne qui semblait en danger.
Vous êtes toujours là ? Parlez ! Dites quelque chose !
Elle resta interloquée.
Totalement.
Cette fois, elle était sûre d’elle.
Elle n’avait pas parlé.
Pas du tout !
C’était comme si elle avait juste pensé la question, sans que ses lèvres et sa langue s’animent. Sans que le moindre son sorte de sa bouche.
Comment ça se fait ? Pourquoi je n’ai plus de voix ?
Et ces cris ? Les avait-elle imaginés ?
Ils semblaient pourtant si réels !
Mais, dans les faits, avaient-ils vraiment résonné ou étaient-ils simplement une illusion dans sa tête ?
Cette question restait malheureusement sans réponse. La situation lui paressait totalement absurde. Se retrouver dans le noir, au beau milieu de cris, ce n’était sans doute qu’un cauchemar et elle allait se réveiller. Bientôt. Ça n’allait pas durer, ces bizarreries.
Ça paraît évident !
D’ailleurs, elle sentait qu’elle avait à nouveau sommeil. Très sommeil… Cela prouvait bien qu’elle était en train de somnoler quelque part. Dans son lit, sans doute. Sans aucun doute, même.
Elle se laissa submerger par une torpeur croissante, irrésistible, qui agissait sur elle comme un puissant somnifère.
Ensuite ?
Ensuite, plus rien.
Elle retourna une nouvelle fois au néant.