Trois semaines plus tard.
L'enfer n'est pas fait de flammes et de soufre. Il est fait de tulle blanc, de plans de table et de dégustations de gâteaux à la vanille. Victoria avait pris le contrôle du mariage de sa fille comme s'il s'agissait d'une fusion-acquisition hostile. Elle voulait le "Mariage du Siècle". Et comme William était souvent à Londres pour régler ses affaires avant le déménagement, et que Charles s'occupait de ses "dossiers" (comprendre : Magalie), la tâche de chaperonner la fiancée incombait souvent au "Directeur de confiance". Moi.
C'était d'une ironie cruelle. Je devais aider la femme que je désirais à épouser un autre homme.
19h30. Bureau d'Optimum Corp. Je validais les factures du traiteur – une somme indécente pour du homard – quand la porte de mon bureau s'ouvrit. Je ne levai même pas la tête. — Laisse le dossier sur la table, Magalie.
— Magalie est partie. Et elle a oublié de verrouiller la porte. C'est très négligent.
Je levai les yeux. Sabrina. Elle portait une robe d'été légère, jaune pâle, qui contrastait avec l'orage qui grondait dehors. Elle avait l'air innocente. Angélique. Sauf ses yeux. Ses yeux étaient ceux d'un démon qui s'ennuie.
Elle verrouilla la porte derrière elle. Le clic résonna dans le silence de l'étage désert.
— William est en retard ? Demandai-je en reposant mon stylo. Il devait venir te chercher pour l'opéra.
Sabrina : William est un imbécile, dit-elle en s'avançant vers mon bureau. Il a raté son vol depuis Toronto. Il est coincé là-bas pour la nuit.
Elle contourna le bureau. Elle ne s'arrêta pas à une distance respectueuse. Elle vint se planter entre mes jambes, écartant mes genoux avec les siens, exactement comme sa mère l'avait fait, mais avec une énergie totalement différente. Là où Victoria était lourde et impérative, Sabrina était électrique et tentatrice.
Sabrina : Donc je suis seule ce soir, murmura-t-elle en jouant avec ma cravate. Pas de fiancé. Pas de maman. Juste toi, moi, et ce bureau immense.
Je devrais la repousser. Je devrais penser à ma carrière. Je devrais penser aux caméras (que j'avais pris soin de désactiver dans mon bureau il y a deux semaines, "pour confidentialité").
— C'est une mauvaise idée, Sabrina.
Sabrina : La pire, confirma-t-elle.
Elle s'assit sur mes cuisses, face à moi. Sa robe remonta, dévoilant ses cuisses nues. Elle ne portait pas de bas. — Tu as choisi le gâteau aujourd'hui ? demanda-t-elle innocemment en passant ses bras autour de mon cou.
— Vanille-Framboise. Victoria a insisté.
Sabrina : Je déteste la framboise.
Elle m'embrassa. Ce n'était pas un b****r de cinéma. C'était un choc. Une collision. Il y avait de la colère là-dedans. De la frustration accumulée. Je répondis avec la même violence. Mes mains trouvèrent ses hanches, ses fesses, la serrant à me faire mal aux doigts. C'était devenu notre rituel secret. Notre d****e. Depuis deux semaines, on jouait à ce jeu mortel. Dans les toilettes d'un restaurant pendant que William payait l'addition. Dans sa voiture, garée à l'arrière du manoir St-James. Et maintenant, ici.
— Tu vas l'épouser... grognai-je contre son cou, en mordant sa peau tendre.
Sabrina : Oui... haleta-t-elle en renversant la tête en arrière.
— Tu vas porter son nom...
Je glissai ma main sous sa robe. Elle était chaude, humide, prête.
Sabrina : Oui... continue...
— Alors pourquoi tu es là ? Pourquoi tu me laisses te toucher ?
Elle attrapa mon visage entre ses mains, m'obligeant à la regarder. Ses pupilles étaient dilatées. — Parce que lui, il m'aime proprement, Noah. Toi... toi, tu m'aimes salement. Et je crois que je suis cassée. Je préfère la boue.
Cette phrase me transperça. Nous étions deux âmes brisées qui se coupaient l'une contre l'autre. Je la soulevai et la posai sur le bureau, balayant les factures du traiteur d'un revers de main. Le dossier "Mariage Sabrina & William" finit par terre, éparpillé. Symbolique.
Nous fîmes l'amour avec une urgence désespérée. Sans tendresse. C'était une revendication. À chaque poussée, je voulais effacer William. Je voulais effacer Victoria. Je voulais qu'elle sache, dans sa chair, qu'elle pouvait signer tous les papiers de mariage qu'elle voulait, son corps réagissait à moi.
Elle étouffait ses cris dans mon épaule, ses ongles griffant le dos de ma chemise. — C'est mal... gémissait-elle. C'est tellement mal... Encore.
L'interdit était notre aphrodisiaque. L'idée que Victoria pouvait entrer, ou que William pouvait appeler, rendait chaque sensation dix fois plus intense. C'était de l'adrénaline pure.
Quand nous eûmes fini, l'atmosphère retomba aussi vite qu'elle était montée. Le silence revint, lourd de culpabilité. Sabrina se rhabilla rapidement, lissant sa robe jaune. Elle remit ses cheveux en place dans le reflet de la vitre noire. En une minute, elle redevint la fiancée parfaite.
Je restai assis dans mon fauteuil, ma chemise ouverte, le souffle court. Je regardai le dossier du mariage éparpillé au sol.
Sabrina : Tu devrais ramasser ça, dit-elle froidement en désignant les papiers. Maman déteste le désordre.
— Tu es incroyable, soufflai-je, mi-admiratif, mi-dégoûté.
Sabrina : Je suis une survivante, Noah. Comme toi.
Elle se dirigea vers la porte.
Sabrina : Au fait, dit-elle la main sur la poignée. Le dîner de répétition est vendredi. William veut que tu sois son témoin, par défaut. Il n'a pas d'amis ici.
Je faillis m'étouffer. — Tu plaisantes ?
Sabrina : Non. Il t'adore. Il trouve que tu es un "bon gars". C'est hilarant, non ? Le témoin qui b***e la mariée... et la mère de la mariée. Tu vas entrer dans l'histoire, le Loup.
Elle ouvrit la porte.
— Sabrina ?
Elle se tourna.
— Si je te demandais de tout annuler... De partir avec moi. Maintenant. Tu le ferais ?
Elle hésita. Une fraction de seconde. J'eus un espoir fou. Puis le masque retomba.
Sabrina : Avec quel argent, Noah ? Ta montre appartient à ma mère. Ton appart appartient à ma mère. Ton job, c'est ma mère. Si on part, on part avec rien. Et je ne sais pas vivre avec rien.
Elle sortit.
Je restai seul. Elle avait raison. J'étais un géant aux pieds d'argile. Tout ce que j'avais était prêté. Mon téléphone vibra. Un message de Victoria.
« Charles dort. Rejoins-moi au Penthouse. J'ai besoin de me détendre après cette journée horrible avec le fleuriste. Ne sois pas en retard. »
Je regardai le message. Je sentais encore l'odeur de Sabrina sur mes mains. Et maintenant, je devais aller satisfaire la mère.
Je me levai, un goût de cendre dans la bouche. Je ramassai le dossier du mariage. J'étais le témoin. J'étais l'amant. J'étais le fils prodigue. J'étais le plus gros s****d de Montréal.
Mais alors que je boutonnais ma chemise, une idée commença à germer dans mon esprit. Une idée noire, dangereuse. Sabrina avait dit : "Si on part, on part avec rien." C'était le seul obstacle. L'argent. Le pouvoir.
Si je voulais la récupérer... je ne devais pas fuir Optimum Corp. Je devais le prendre. Je devais voler la couronne à la Reine pour la donner à la Princesse.
Je pris ma veste. J'allais rejoindre Victoria. J'allais jouer mon rôle. Mais pour la première fois, je ne le faisais pas pour survivre. Je le faisais pour préparer le coup d'État.