1673

491 Words
1673Il y a une grande réception au château. Beaucoup de monde, de la famille, des amis. Beaucoup de bruit aussi, on discute, on parle fort, on rit, on mange, on boit, des enfants courent dans les couloirs du château, certains essayent de m’entraîner dans leurs cris, dans leurs rondes, dans leurs chants. Mais tout cela n’ennuie. J’aimerais tant participer à leurs jeux, mais je me demande si je sais encore m’amuser. Alors, je les laisse à leurs cris, à leurs rondes, à leurs chants. Je sors du château et tous les cris s’estompent derrière moi. Encore quelques pas, le silence comme dictame qui calme mon âme. Ma solitude me rassure peut être aussi. Je passe près du ruisseau, je contemple mon chêne, je traverse ma forêt. Je m’arrête de temps en temps pour écouter les bruits de la nature et du vent qui siffle dans mes oreilles. Je me perds en moi … je me perds en toi … je … Et le vent me fait goûter aux odeurs, aux parfums de ce triste printemps qui recrée années après années cette lourde exhalaison si particulière des champs de fleurs et qui n’appartient qu’à mon royaume. Et l’été va surprendre ce même royaume de senteurs fruitées, un temps seulement car les arbres sur mes terres ploieront sous le poids des fruits qu’on ne ramasse pas, qui tomberont à terre et qui pourriront sous ce même soleil qui m’accable et me tourmente. Et l’automne arrachera de ses mains les feuilles moribondes de mes arbres qui à leur tour iront pourrir et nourrir la terre déjà molle. Et enfin l’hiver, l’hiver qui fera taire les odeurs que son vent glacé expulse de mon royaume jusqu’au prochain printemps, un triste printemps. Je traverse un champ de blé, mes mains caressent les épis alors que je marche le dos face à un timide soleil d’été. Des insectes chantent et louent l’astre terrible qui m’éreinte et pourtant synonyme de vie. Je marche droit devant, le château s’éloigne derrière moi, toujours ; le champ semble s’étendre à perte de vue. La récolte ne devrait tarder. Du soleil pour le blé, du blé pour le pain, du pain pour que les hommes vivent. Je suis en son centre maintenant, le soleil n’est plus aussi timide et s’acharne sur moi. Je marche plus vite, plus vite en direction de mon arbre qui m’offrira, c’est certain, un abri contre ce soleil. Sous sa frondaison, un peu d’ombre rafraîchit mon être. Je m’allonge sous les branches imposantes et belles de mon chêne, les yeux fermés, et j’entends les murmures agréables et magiques de ses rameaux agités par le vent, je m’assoupis, les murmures ne s’arrêtent pas et pénètrent mes rêves. Ces murmures sont l’histoire d’une rencontre. C’est comme si quelqu’un marchait dans mes rêves. Quelqu’un, une silhouette rêvée qui s’estompe et se liquéfie en moi, pour faire partie de moi, de ce que je suis, pour que je sois une partie d’elle, une alliance absolue, inconcevable, et pourtant… Un vent inquiet agite les feuilles de papier, je continue mon histoire, je la regarde, elle est si belle, toujours bien plus belle que la nuée hadale d’étoiles qui alors nimbe mon royaume de peine.
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