1680Je cours jusqu’au gros chêne non loin du château, mais invisible depuis celui-ci. Je caresse l’écorce encore mouillée. Il a plu. J’aime ce vieil arbre qui s’élève vers le ciel comme un défi au temps, aux majestés divines de ce ciel et de la terre. Je ne comprends pas, à chaque fois que je m’approche de ce chêne, je ne peux m’empêcher de penser le croire plus fort que toutes les magies de ce monde, des prochains mondes aussi. Car la vraie joie n’est peut-être pas de celui-là. Je m’assoie à son pied, la terre est légèrement humide, les racines ont tissé leur toile autour du tronc et ont planté leurs crocs au plus profond de la terre. Les racines, la terre, un peu d’eau. Je colle mon oreille sur l’écorce, j’entends battre le cœur de l’arbre, j’entends la vie qui coule dans ses veines et son corps, de la magie est liée à lui. Je me suis endormi. J’ai rêvé. J’aime ce vieil arbre. C’est comme un refuge, un sanctuaire. Un lieu où il m’arrive même d’espérer. J’aime sa magie, sa compagnie. Je viendrai encore souvent marcher vers lui, m’endormir sous ses branches, écouter les bruits du vent quand il effleurera sa ramure gigantesque. Car ce chêne m’apaise, berce ma solitude et le mal, peut-être d’un autre siècle, qui assiège ma prison de chair et de sang. Il m’attire à lui, me charme, il semble m’avoir jeté un sort. Mais un son de cloche soudain m’enlève à ma rêverie et je suis à nouveau jeté dans mon mortel et inquiétant ennui. Je me relève, nettoie mon habit, doucement je m’éloigne de mon beau et majestueux chêne, je rejoins le château et le jour se fait noir.