## CHAPITRE 06
Nous étions assis à table, partageant un dîner réconfortant, enveloppés dans une
ambiance conviviale et chaleureuse. On aurait dit que nous formions tous une même famille, unis par des liens invisibles, lorsque le téléphone général se mit à sonner, interrompant nos conversations et attirant tous les regards vers lui, comme si le temps
s'était figé dans un souffle d'angoisse.
Monsieur Christopher, le subalterne, se leva de son siège, l'air sérieux, et s'approcha de l'appareil, le plaçant contre son oreille droite avec une gravité palpable.
L'atmosphère se chargea d'une tension sourde, chaque battement de cœur résonnant dans la pièce.
Nous n'écoutions pas ce qu'il disait ni avec qui il discutait, car seules des onomatopées parvenaient à nos oreilles, comme des vagues lointaines sur une plage déserte. Puis, après une pause qui sembla durer une éternité, il prononça mon prénom :
— **Darwin !** s'écria-t-il, brisant le silence comme une cloche funèbre. **C'est pour toi.**
Un frisson de surprise me parcourut. Qui pouvait bien s'inquiéter de moi ? Durant les deux semaines passées ici, je n'avais reçu aucun coup de fil. Pourquoi aujourd'hui ? me demandai-je, quand mon camarade King me sortit brusquement de ma rêverie :
— **Darwin, on t'appelle chez le Chief Christopher, mais vas-y, non !** me dit-il, un sourire malicieux aux lèvres, sa voix teintée d'une bonne humeur contagieuse.
Il avait raison. Perdu dans mes pensées, j'avais oublié la réalité, la gravité du moment.
Je me levai comme une automate, mes jambes lourdes de doute, et me dirigeai vers le combiné téléphonique, chaque pas résonnant comme un écho de ma peur grandissante.
Une peur sourde m'envahit, comme une ombre qui s'étendait dans mon esprit. Que voulait ce monsieur Hugor Darwani, mon père ? Je pris l'appareil et le plaçai contre mon oreille, prononçant d'un ton froid, dénué d'émotion, mais au fond, mon cœur battait la chamade :
— **Allô ! Père ! Je vous écoute.**
— **Darwin !** souffla-t-il, agacé, son ton trahissant une impatience palpable,
comme s'il se lassait déjà de notre échange. **Ta mère est rentrée. S'il te plaît, rentre, elle risque de mourir à cause de toi,** ajouta-t-il sur un ton accusateur, chaque mot résonnant comme une lame à mon cœur.
— **Pourquoi dites-vous cela ? Qu'arrive-t-il à ma mère ?** demandai-je d'une voix monotone, mais l'inquiétude grandissait en moi tel un feu dévorant.
— **Attends, je te la passe.** Ce fut le silence pendant quelques secondes, puis
j'entendis une voix douce et tremblante, comme si elle était parvenue d'un lointain océan :
— **Darwin ! Mon bébé, c'est toi !** s'exclama ma tendre mère, en larmes, ce qui me brisa le cœur en mille morceaux. Je détestais la savoir triste à cause de moi, comme si chaque larme qu'elle versait était un poids supplémentaire sur mes épaules.
Comment pouvais-je savoir qu'elle pleurait ? C'était évident. Je ressentais sa douleur, son chagrin face à mon absence, surtout dans un endroit où ma vie était en danger, loin de son amour protecteur.
— **Maman, je veux bien,** dis-je pour la rassurer, mes mots peinant à masquer
l'inquiétude sourde dans ma poitrine. **Et toi ?** questionnai-je, inquiet de découvrir l'ampleur de sa souffrance.
— **Moi, ça ne va pas, mon bébé. Reviens à la maison, s'il te plaît,** dit-elle, ses pleurs redoublant pour m'amadouer, chaque sanglot résonnant comme un appel désespéré.
— **Je ne peux pas, maman, pas pour l'instant. J'ai déjà donné ma parole,**
répondis-je, adoucissant ma voix pour la convaincre, mais chaque mot se battait
contre la douleur de son désespoir.
— **Tu n'as pas pitié de ta pauvre mère qui se meurt à cause de ton absence ? J'ai déjà perdu ta sœur Lolita. Je ne veux pas te perdre encore, mon bébé,** dit-elle d'une voix faible, chaque mot comme une flèche transperçant mon cœur.
— **Seigneur, qu'a-t-elle ?** me questionnai-je, l'inquiétude grandissant en moi comme une tempête. Je devais garder mon calme. **Tu ne me perdras pas, mère.
Quand j'aurai terminé ma formation, je rentrerai sain et sauf.**
— **Promets-moi de prendre soin de toi, mon bébé.** Elle se mouchait, la voix
tremblante, chaque souffle révélant son épuisement émotionnel.
— **C'est promis, ma petite maman,** dis-je avant de raccrocher, un soupir lourd de tristesse s'échappant de mes lèvres, comme si chaque mot prononcé avait été un adieu.
— **Oh ! Le soldat Darwin a été contacté par sa maman !** s'amusèrent mes
camarades en se moquant de moi, prenant des voix de bébé et mimant des pleurs, mais leur taquinerie était comme un baume sur mes blessures.
— **Ne commencez pas, les gars,** dis-je en souriant, un peu gêné, mais le cœur réchauffé par leur camaraderie.
— **Ouais, c'est ça, bébé !** rétorquèrent-ils en riant à gorge déployée, comme de vrais frères, rendant ce moment de vulnérabilité presque joyeux.
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**MANOIR DARWANI, RÉSIDENTIEL PRIVÉ**
— **Maintenant que tu as pu avoir ton fils chéri au téléphone, tu vas pouvoir manger, mon cœur ?** demanda Hugor, inquiet, un espoir fragile dans sa voix.
— **Oui, mon cœur,** répondit Tasha, les larmes aux yeux, une lumière d'espoir
dans son regard. **Il va bien et il m'a promis de prendre soin de lui.**
Au fond de la table, Gaspard observait ses parents avec haine et jalousie, son cœur se serrant à chaque sourire échangé entre eux, se disant intérieurement : **Malgré ma
présence, je suis toujours invisible à leurs yeux, à cause de mon petit frère.** Pris par la rage, il frappa la table de la salle à manger, ce qui fit sursauter ses deux parents, un bruit qui résonna comme un cri dans la nuit.
Puis il se leva, quittant la table comme une automate, la colère bouillonnant en lui, chaque pas creusant davantage le fossé qui le séparait de sa famille.
Dans un coin sombre, une ombre discutait au téléphone, semblant recevoir des instructions précises à exécuter, une présence mystérieuse qui ajoutait une tension palpable à l'air déjà chargé.
— **Très bien, c'est comme si c'était fait. Vous ne serez pas déçu de moi. D'accord, bien !** dit cette voix mystérieuse avant de raccrocher, laissant planer le doute et
l'inquiétude.
De qui s'agissait-il ? Quel genre de consignes cette personne avait-elle reçues ?
L'angoisse grandissait, promettant des tempêtes à venir.
**À SUIVRE**