PrologueQuand la nuit est calme, quand un croissant de lune hivernal vient se fondre dans le courant de la rivière Quaggy, les morts le réclament.
Il penche la tête sur le côté et, dans l’obscurité qui murmure, il perçoit les faibles sanglots de l’enfant.
Les marmonnements de détresse du garçon l’attirent d’un bout à l’autre de la ville et il lutte contre l’envie de partir à l’instant. Même l’usure du temps ne peut étouffer les frissons qui enflent en lui tandis qu’il contemple l’œuvre de toute une vie.
À chaque génération, sa propre collection. Son père, le père de son père, et les hommes qui les ont précédés.
Mais à présent, c’est son heure, son privilège, son devoir.
Il savoure la manière dont la lune se glisse entre les lames des stores de la maison de son père et inonde les os de sa lumière.
Des rubans et des feuilles de matière ossifiée. Des stalagmites, des ponts. Des planches tordues et des nodosités osseuses. Une plaque gravée de la lettre C.
Dans la maison, les ombres s’intensifient. Seul dans le vestibule, il se délecte de la splendeur du squelette dans sa vitrine, subjugué par ses déformations, l’intrusion des os dans la cage thoracique, les ornements calcifiés sur la colonne vertébrale.
Un jeune garçon enfermé dans une prison de pierre.
Pendant des années, il a traqué ce spécimen, le plus rare, parmi les morts et les vivants. Sans jamais cesser de chercher, ni d’espérer.
Et aujourd’hui, après tout ce temps, il en a découvert un autre.
Vendredi