19. Dossier disparu

1425 Words
Sofia ouvre les yeux, lentement, comme si ses paupières sont lourdes de plomb. La lumière blanche de l’hôpital l’aveugle et elle cligne des yeux, essayant de s’habituer à la clarté. Elle sent son corps lourd, comme si elle avait été écrasée par un poids immense. Elle essaye de bouger mais une douleur lancinante lui bousille le crâne, la faisant gémir. Elle tourne la tête, les yeux encore flous et voit une silhouette penchée sur elle. Elle cligne des yeux, essayant de la mettre au point et voit un homme, un appareil photo à la main qui la photographie sans même la regarder. Elle sent une vague de surprise et de gêne l’envahir mais aussi une sensation de soulagement et de reconnaissance. Marco est là, il la regarde et la photographie comme s’il voulait capturer chaque détail de son visage. Elle essaie de parler mais sa voix est faible et rauque. Marco ne semble pas la remarquer, continuant à prendre des photos, son œil fixé sur l’écran de son appareil. Sofia sent une pointe d’amusement et de tendresse, malgré la douleur et la fatigue qui l’envahissent. Marco et ses manies de photographe ! Mais alors, sur l’une des photos, Marco s’arrête, les yeux fixés sur son écran. Il regarde Sofia et ses yeux s’écarquillent comme s’il venait de voir quelque chose d’inattendu. Il baisse l’appareil photo et un sourire se dessine sur ses lèvres. Sofia voit son sourire et son cœur fait un bond dans sa poitrine. Marco la regarde, vraiment pour la première fois depuis qu’elle a ouvert les yeux. La sensation de soulagement et de reconnaissance se transforme en une vague d’émotion et Sofia sent les larmes lui monter aux yeux. Marco est là, il la regarde et il la comprend. Elle ne sait pas ce qui s’était passé, elle ne sait pas pourquoi elle est là mais avec Marco à ses côtés, elle se sent en sécurité. Marco s’approche d’elle, les yeux ancrés dans les siens et Sofia sent son cœur s’accélérer. Il va la prendre dans ses bras, il va la serrer contre lui et tout ira bien. Elle ferme les yeux, attendant le contact de se bras mais au lieu de cela, elle sent sa main sur la sienne, chaude et rassurante. « Je suis là, Sofia. » dit-il sa voix douce et rassurante. « Je suis là et je ne te laisserai pas. » Elle regarde autour d’elle, essayant de se rappeler pourquoi elle se trouve dans un lit d’hôpital. « Marco, qu’est-ce que je… qu’est-ce que je fais là ? » Demande-t-elle sa voix faible et hésitante. Marco prend sa main, son visage tendu. « Tu as été agressée hier soir, Sofia. Je venais te chercher et je t’ai vu te faire agresser. » Elle sent les larmes lui monter aux yeux et elle se couvre la bouche de sa main. Les souvenirs commencent à lui revenir, flous et décousus. Elle se souvient de la peur, de la douleur et puis… et puis Marco est arrivé. « Je… je me souviens, » dit-elle sa voix à peine audible. « Tu m’as sauvée. » Marco hoche la tête, son visage soulagé. « Je suis là, Sofia. Tu es en sécurité maintenant. » Sofia regarde Marco, alors que ce dernier se lève pour rejoindre la fenêtre de la chambre. Il est nerveux et cela l’inquiète un peu. « Marco, tout va bien ? » Elle peut le voir contracter ses muscles et ce n’est pas la première fois qu’il fait ça quand une situation lui échappe. Elle essaie de se redresser mais c’est difficile avec la douleur qu’elle ressent. « Pourquoi tu ne me parles pas ? » Il se retourne enfin et le regard qu’il pose sur elle est inhabituel. Elle a même l’impression de n’avoir jamais vu Marco la regarder ainsi. « Tes collègues étaient ici ce matin. » Elle ouvre légèrement la bouche surprise et la referme sans rien dire. Elle attend la suite mais il semble avoir terminé. Elle hausse les épaules nonchalamment, ne voyant pourquoi il se mettrait dans un tel état pour si peu. « Ils vont certainement te harceler de question afin de savoir qui je suis. » « Pourquoi auront-ils besoin de savoir qui tu es ? » A pas lents, Marco avance jusqu’au lit et prend place sur le rebord, sous le regard curieux de Sofia. « Je t’ai ramené à l’hôpital hier, je me suis permis de remplir ton dossier pour que ta prise en charge soit rapide. J’ai menacé un médecin pour qu’il me parle de ton état de santé. Lorsque la police est arrivée ce matin, il a mentionné mon nom, Sofia. Si j’ai pu remplir ton dossier, ça voudrait dire que je te connais et forcément tu dois me connaitre aussi alors comment comptes-tu te tirer de cette situation ? » Elle ne voit toujours pas pourquoi Marco panique pour si peu. Elle a connu des coupable qui ont refusé de coopérer avec la police alors, elle n’est pas obligée de leur expliquer qui il est. « Si tu as l’intention de leur parler de notre rencontre, je pense que je devrais partir avant… » Elle fronce les sourcils, dû à l’incompréhension lorsque le pouce de Marco se pose sur sa pommette et la caresse délicatement. « Pas par peur mais pour te protéger parce que tu es plus en sécurité quand tu ignores tout de moi, » poursuit-il. Elle ferme les yeux pour profiter de sa caresse mais ce n’est que de courte durée à cause du téléphone de Marco qui se met à sonner. Il le sort, regarde l’appelant et la regarde. Il se lève et va jusqu’à la fenêtre sans la lâcher du regard. « Oui, Giacomo. Des nouvelles ? » « Malheureusement non. Celui qui a agressé ton ange de la police s’est assuré de déjouer toutes les caméras de la ruelle. Rien n’est exploitable pour savoir qui l’a agressé. » Marco sent un goût métallique envahir sa bouche à force de serrer les dents. Il respire bruyamment et malgré la distance, il peut lire une envie de tout savoir dans les yeux de Sofia car, elle ne peut pas écouter sa conversation. « N’abandonne pas, » lâche-t-il avant de raccrocher. Il rejoint Sofia sur le lit. Il lui embrasse la tempe en guise de promesse. Il l’attire dans ses bras et enfin, Sofia se sent bien. Leur câlin est interrompu par un raclement de gorge. Marco se retourne et voit le médecin. Il semble ne pas vouloir parler devant Sofia alors, il se lève et le suit dans le couloir. « Ce que je vais vous dire est très délicat et je peux vous assurer que c’est la première fois que cela arrive. » Il transpire déjà et ce n’est pas bon signe. Sofia est en vie et se sent mieux alors, qu’a-t-il fait d’impardonnable ? « Tout était en sécurité. Les échantillons avant ceux de la patiente et même ceux après les siens mais… mais… » « Je commence à perdre patience, docteur. Exprimez-vous clairement ou je vous ferai parler moi-même. » « Je vous avais dit que le sang que nous avons retrouvé sur la patiente n’était pas seulement le sien et que nous avons trouvé des mèches de cheveux dans ses ongles pouvant appartenir à son agresseur. Ces échantillons étaient prévus pour être analysés au laboratoire et… » Il s’arrête un moment par manque d’air alors que le poing de Marco démange déjà. « Ils ont disparu. » termine-t-il d’une traite. Marco le regarde et hoche la tête, attendant la bonne version de l’histoire mais le médecin semble avoir fini. « Disparus ? » répète Marco. « Seulement pour cette femme qui est derrière ce mur, docteur, je voudrais prendre un plaisir fou à vous torturer jusqu’à ce la mort vous délivre, ensuite, je lui donnerai votre tête en guise de consolation parce que pour elle, je serai prêt à tout. Mais sachant qu’elle n’acceptera jamais parce que c’est un ange, passez la remercier quand vous aurez un peu temps car c’est grâce à elle si vous êtes encore en vie. » Le médecin hoche rapidement la tête alors que des gouttes de sueur froides perlent sur son front. « Je vous promets que nous ferons tout pour mettre la main sur les coupables, M. » Marco esquisse un sourire moqueur à l’endroit du médecin. « Vous êtes tellement ignorant du monde dans lequel vous vivez. Ne perdez pas votre temps parce que vous ne retrouverez pas cette personne. »
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