Les Barbares s’entre-regardèrent silencieusement. Ce n’était pas la mort qui les faisait pâlir, mais l’horrible contrainte où ils se trouvaient réduits. La communauté de leur existence avait établi entre ces hommes des amitiés profondes. Le camp, pour la plupart, remplaçait la patrie ; vivant sans famille, ils reportaient sur un compagnon leurs besoins de tendresse, et l’on s’endormait, côte à côte, sous le même manteau, à la clarté des étoiles. Puis, dans ce vagabondage perpétuel, à travers toutes sortes de pays, de meurtres et d’aventures, il s’était formé d’étranges amours, – unions obscènes aussi sérieuses que des mariages, où le plus fort défendait le plus jeune au milieu des batailles, l’aidait à franchir les précipices, épongeait, sur son front, la sueur des fièvres, volait pour lu

