COUVIN, printemps 1943 Emilie resta prostrée dans sa chambre. Son père venait d’en sortir dans un état de furie qu’elle ne lui avait jamais connu. Elle n’était plus capable de réfléchir, de penser, de sentir, de ressentir quoi que ce soit. L’avenir allait se décider sans elle et, lasse, elle accepterait docilement les répercussions de son inconscience. Elle avait arrêté de saigner tous les mois et son ventre s’était arrondi au fil des semaines. Des bruits avaient couru dans la maisonnée et le patriarche en personne était venu frapper à sa porte un après-midi. Tout s’était déroulé dans un climat plus ou moins serein, jusqu’au moment où il avait fallu révéler le nom de celui qui l’avait mise enceinte. Elle entendit son père descendre l’escalier aussi vite que sa patte folle le lui permettai

