I-1

2107 Words
I Vendredi 16 Juillet 2010 La chaleur humide ne rend la journée idéale pour voler, mais aucune ne l’est ; j’ai toujours peur quand ce n’est pas moi qui conduis, même s’il s’agit d’une luge sur une couverture douce de neige. Dans la célèbre liste de Dustin Hoffmann/Rain man, Turkish Airlines n'était pas justement dans les compagnies qui tombent ? Pendant que, dans l’avion j’attends que deux personnes âgées règlent leurs valises, un steward arrive. Il s’adresse à la dame qui vient de s’asseoir : « Désolé madame, vous ne pouvez pas vous assoir là ». « C’est le siège de mon mari, mais… » « J’ai laissé le cote fenêtre à ma femme » intervint son mari, d’environ soixante-dix ans. « Vous savez, elle aime regarder dehors. » « Je comprends, monsieur, ma c’est là que vous devez vous assoir » insiste le garçon. « Et pourquoi ? » demande la dame, qui ne veut pas se lever. « Parce que », explique gentiment le steward, « cette fenêtre est aussi une sortie d'émergence et vous ne pourriez pas l’ouvrir en cas de… » « Cette possibilité… existe ? » j’interviens. Le steward répond, envers l’âgé touriste : « Au cas où… vous pourriez forcer l’ouverture, mais je pense que ce n’est pas le cas pour votre femme ». « Ah, au cas où » je répète, en m'éloignant des trois, visiblement préoccupé. Je m'assois. Les écouteurs de mon mp3 sont cachés par mes boucles devant les oreilles (je suis convaincu qu’il ne vaut pas la peine d'éteindre les instruments électroniques). Une vieille chanson de Vecchioni couvre les bruits de la partie la plus critique : le décollage. L’atterrissement à Ankara se passe bien ; de toute façon quand je descends je voudrais b****r le sol, comme le pape. L’air est irrespirable, le tarmac de la piste incandescent. Tous les aéroports sont pareils : mêmes panneaux, même disposition des comptoirs. Est-ce que je retrouverais ma valise ou ils l’ont envoyée à St. Pétersbourg ? Incroyablement elle est là et, au deuxième essai, je prends la bonne (les valises aussi se rassemblent toutes : il faut que je me décide à mettre une étiquette avec mon nom). La file à la douane marche lente ; quand c’est mon tour, le fait d’avoir passé mon doctorat de recherche en Allemagne pour une fois se rend utile : à l'étranger personne ne parle italien. « Sprechen Sie Deutsch ? » je demande. « Ja » répond sec l’officier de la douane. Je prends mon passeport de ma bandoulière et je le lui passe. Il regarde attentivement ma photo, lève son regard jusqu'à rencontrer le mien et regarde l’image encore une fois, pour me demander enfin si je suis Francesco Speri. J’hoche la tête. En effet je ne rassemble pas trop à cette photo prise il y 5 ans et 12 kilos. Le regard de l’officier se fait soudainement sérieux. « Können Sie mir folgen? » il s'écrie d’un ton martial. Étonnée par la sollicitation de le suivre, je demande, peut-être un peu mal poli, pourquoi. Le douanier insiste incessant et je suis forcé de le suivre. Nous passons à travers d’un long couloir sombre, plusieurs portes sur les côtes, toutes fermes : on dirait un sinistre hôpital d’autrefois, de ceux qu’on trouve seulement dans les petits villages. Avec un geste de la main il m’invite à rentrer dans la dernière pièce sur la droite : ici un petit homme début sur des bottes militaires dicte quelque chose à un autre, en train d'écrire sur une ancienne machine à écrire. Malgré sa taille, il doit être un commandant, un colonel, quelqu’un d’important dans tous les cas. Avec un mi sourire sous des noirs moustaches, il fait signe de m’assoir, en serrant avec de mains boudinées le dossier d’une inconfortable chaise en bois. Ensuite ce “petit chef” monte au créneau avec l’officier qui m’a ramené ici ; l’autre cesse d'écrire et intervint dans la discussion, immédiatement réduit au silence par les deux. Pour la première fois depuis mon départ je pense au professeur Barbarino, qui est aussi la raison de mon voyage : il insistait pour que j'apprends le turque, pour pouvoir creuser ici avec lui. Je lui répondais toujours que je ne suis pas un archéologue, sinon un historien, et que de toute façon il ne faut pas parler pour effectuer des fouilles archéologiques ; pour tout le reste il fallait juste qu’il soit en gré de traiter avec les autorités. Je suis pris par l’angoisse, les minutes passent lents. Les douaniers crient en turque et je pense qu’ils sont en train de parler de moi : parfois ils m’indiquent avec des souples mouvements de la tête. Je lève le regard : un papier peint marron clair a été collée n’importe comment sur des carreaux blancs. Derrière le général (dans ce temps je l’ai promu : on dirait que c’est lui qui décide) on voit une énorme peinture d’un mec en uniforme d’haute officiel. «Haben Sie verstanden?» [Comment puis-je avoir compris si vous parlez dans un dialecte des montagnes de l’Anatolie orientale !] Ils m’expliquent qu’ils vont appeler quelqu’un de l’ambassade italienne ; je demande pourquoi : personne ne me réponds. Ce “générale” parle peu et sourit peu : je ne lui fais pas instinctivement confiance ! Le douanier qui m’a ramené ici me demande, ou mieux il m’ordonne de le suivre. En disant au revoir à la peinture sur le mur, je suppose qu’il s’agit du même générale quand il été jeune ; dans tout cas je trouve que tous les hommes qui portent des moustaches se rassemblent. Nous repassons dans le couloir jusqu'à un local encore plus sombre : il n’y a pas de barres mais on dirait une cellule, peut être car il n’y a pas de fenêtres ou parce que l’officier se met devant la sortie, comme pour la bloquer avec son imposante figure. Je reste enfermé pour une interminable heure dans cette pièce : je ne sais pas ce qui va m’arriver. Soudainement un bruit de talons de loin, le brui s'arrête, on entend des voix, et le talons s’approchent à nouveau… « Bonjour, je suis Francesco Speri» je me lève. Une fille d’environ 35 ans rentre, petite de taille, les cheveux longs : « Bonjour, je m’appelle Chiara Rigoni, je suis l'interprète de l’ambassade ». Je serre sa main pour un long moment, comme si je voulais m’attacher à elle, lien vital : « Je ne comprends pas ce qui se passe ! Ils ont parlé beaucoup de temps entre eux, je ne sais pas de quoi, après ils m’ont renfermé et… » Le douanier m’interrompe, il s’est appuyé au montant de la porte avec une désinvolture dissimule, en parlant turque avec elle. « Ils précisent que vous n’avez pas été renferme ; vous êtes dans l’attente que j’arrive. Je vais voir le lieutenant Karim » affirme-t-elle en sortant. Elle est italienne ou turque ? Sa peau claire et les cheveux blondes, même si teints, ne laissent pas penser qu’elle soit turque, mais sa façon de faire, trop formelle, n’est pas typiquement italienne. Dans tous les cas Mr la moustache noire n’est qu’un lieutenant ! En attendant le douanier s’est à nouveau place devant l'entrée : il est vrai qu’on ne m’a pas liée, mais je me sens quand même étouffer. Ensuite un doute : « Mais, excusez-moi, vous comprenez l’italien ? » Il nie dans un ton monotone, en confirmant mon soupçon. Je m'étais levé pour lui poser cette question, et lui d’un geste autoritaire de la main “suggère” de revenir à mon siège ; pas de question de politiser, je me remets à ma place. La longue attente, dans la peur de ce qui pourrait m’arriver si je me lève, me fait venir aux yeux l’image d’une des plusieurs dimanches passées sur le banc à voir les matchs de l'équipe de foot ou je jouais quand j'étais un gamin, avec l’envie et la terreur d'être appelée d’un coup sur le terrain. Je n’ai jamais été un bon footballeur, et dans un pays comme l’Italie, ou admettre cela est presque une hérésie : un homme qui se considéré tel, doit savoir jouer au foot. J’ai essayé comme attaquant dans l'équipe du quartier, car n’importe qui joue au foot à un seul objectif: faire but. Je me suis rendu compte vite que j'atteignais cet objectif rarement, encore plus vite le remarqua l’entraineur, qui me fit reculer au milieu. Avec le nouveau coach (les bancs ne sont pas seulement pour la Ligue 1) je passais à la défense, ou j'appris une seule action : le dérapage à terre quand un attaquant s'approchait ; normalement je manquais le ballon et les jambes de l’adversaire aussi. C'était la seule chose que je savais faire, tant qu’on me passa encore à l'arrière : en porte. Plus à l'arrière que ça je ne pouvais pas aller, au moins de devenir ramasseur de balles : je fuis cette humiliation en quittant l'équipe d’avantage. Pour un an environ j’ai été gardien, ou mieux deuxième gardien. Aujourd’hui comme gardiens de buts de Ligue 1 on trouve de vigoureux garçons entoures par de top-modèles, mais à l'époque personne ne voulait y rester (de la tu ne faisais pas de buts) et c'était toujours au plus “empotée” du groupe. Bref, suprême satisfaction, j'étais le deuxième ! Je me lève du “banc” de la douane turque seulement quand j’entends le bruit des talons… « Tout va bien ; je vous accompagne à demander un document provisoire pour vous jours de permanence ici. On vous rendra votre passeport Lundi » me dit l'interprète. « Mais qu’est-ce qui se passe ? » « Juste un control » elle chercher de me tranquilliser, en me rendant plus angoisse. « Le lieutenant Karim doit attendre l’ok par le bureau du ministère, qui ne rouvre que lundi. Cependant nous devons faire vite pour l’ambassade : ils ferment dans une heure. » Je suis ce tailleur gris rayée hors de cet horrible endroit. Les taxis en Turquie sont normalement jaunes, comme presque partout dans le monde, celui-ci est d’une rose pastel incompréhensible. La fille est gentille mais très détachée ; pendant qu’elle regard hors de la fenêtre, j’arrive à la convaincre de se tutoyer pour le reste du voyage. Entre mots elle me raconte d'être fille d’italiens, née et vécue en Turquie : elle a appris l’italien de ses parents, qui ne se sont jamais adaptés au turque et qui ont ouvert un bar à glaces dans un village proche de Ankara. « J’aimerais voir l’Italie : Venise, Padoue, Jesolo, Oderzo… » Nous avons aussi d’autres belles villes, en Toscane et dans le reste de la péninsule, mais je comprends que se parents sont de la Vénétie et je ne réponds rien. Même en Allemagne les bar-glaciers sont tous italiens et géré par de vénitiens : cette région est à la glace, comme la Campanie est à la pizza. A l’ambassade on me donne un petit papier. Cela devrait me garantir de pouvoir circuler librement, mais vu le début du voyage… « Je crains que avec ce document je n’irai pas trop loin. Je ne suis pas là en vacances, mais pour ramener en Italie le corps de mon professeur universitaire et ex-chef… » « A-t-il été enterré à Ankara ? » demande-t-elle, n’ayant pas bien compris le problème. « Luigi Barbarino, c’est son nom, est mort il y a une semaine, pendant qu’il excavait dans un site archéologique à Tarse. Il faut que j’aille jusqu'à là-bas pour récupérer son corps… » « J’ai un copain qui vit à Tarse… “Ex” copain en réalité : il peut t’aider. Il est ingénieur dans une industrie pétrochimique. Je note son adresse » affirme-t-elle en déchirant une page de son agenda et y écrivant dessus. Par contre, je ne veux pas m’en profiter : « Merci, mais comment ferai-je avec la langue ? » « Il parle bien l’italien » répond-elle presque irritée. « Je lui l’ai appris » « Serait-il possible d’avoir son numéro de portable, pour l’appeler d’ici ? » « En réalité, je l’ai éliminé, mais si tu te rends à cet adresse tu le trouveras surement. Dis-lui que c’est Chiara qui t’envoie. » Elle me traite comme un enfant : elle me ramené à la gare des bus, demande un billet à mon nom et me faire monter sur l’autobus. Son parfum est un mixte entre le mystère et l’Orient. Je m'éloigne d’elle, mais pas avant de lui avoir laissé mon numéro écrit sur un papier.
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