CHAPITRE 7

1989 Words
-Eléna me demande si on mange avec elle, ce midi. Ça te va ? Me lance Ava alors que je remballe le microscope sur ma paillasse. Eléna est une très bonne amie. Ava et moi l'avons rencontré en deuxième année de licence. Même si on a tout de suite accroché, on a vite vu nos chemins se séparer lorsqu'elle a choisi de s'orienter en agro-alimentaire. De ce fait, nous ne nous voyons pas souvent puisqu'il le master dans lequel elle a postulé l'hiver dernier se trouve à l'autre bout de la France. -Je ne peux pas, je grimace. Le professeur Spanos m’a demandé de venir dans son labo pour discuter de l’exercice où il manque des données. Ava fronce les sourcils et me lance un regard du genre de dire "tu délires complètement". -Ce n’est pas possible, il nous a tous envoyé un mail pour rectifier son erreur, hier soir. C’est à mon tour de froncer les sourcils. Ne m'avait-il pas dit qu'il n'aurait pas le temps de s'en occuper? -Quoi? Je demande, interloquée. Je n’ai rien reçu, moi. Je vérifie rapidement ma boîte mail sur mon portable. A part notre échange de la veille, je n'ai aucun nouveau message de Vincent Spanos. -Tiens. Ava saisit son téléphone et me tend celui-ci pour me montrer le fameux mail dans lequel Vincent avertit de la présence d'un oubli de données et propose le nouvel énoncé corrigé. -Si tu veux mon avis, ajoute Ava, ce n’est pas de l’exercice dont il veut te parler. Non. Il n'a pas le droit de me faire une chose pareille. Pas après m'avoir fait espérer pendant près de 2 semaines. Ça serait trop cruel de sa part et, ayant encore, bien que je ne devrais pas, un peu d'estime pour lui, je suis persuadée que si il veut me rencontrer, c'est qu'il a une idée bien ancrée dans sa tête. -Arrête tes conneries, je suis sûre qu'il va me menacer pour que je ferme ma bouche, après tout, ma place autant que la sienne est en jeu dans cette histoire. Je troque ma blouse de manipulation par ma veste noire. -Si à quatorze heure, je ne t’ai pas rejoint à la bibliothèque universitaire, considère moi comme portée disparue et appelle les flics. Ava lève les yeux au ciel et balaye mes avertissements du revers de la main. -Surtout, dis-moi si vous le faites bestialement dans le labo, histoire que je ne mette plus jamais les pieds à l’intérieur. -Tu peux toujours rêver, lui et moi, ça ne se reproduira plus jamais. *** Je finis par frapper à la porte après cinq minutes à cogiter me dandinant, la tête entre les mains dans le couloir. Peser le pour et le contre d'une situation est un moyen assez efficace pour gagner du temps et repousser le moment fatidique qui m'attend. Et pour tout résumer brièvement, j'ai l'occasion (avec un élan de courage) de balancer à la gueule de Vincent tout ce que j'ai à lui reprocher mais au risque d'un tas de diverses conséquences qui vont à des retrouvailles endiablées à mon expulsion. Autant dire, que l'autre solution qui s'offre à moi, c'est-à-dire faire l'autruche, est tout de suite plus attrayante quand je pense à mon avenir ruiné à cause d'une simple conversation qui a dégénéré. Pour faire clair, j'étais déjà assez angoissée à l'idée de confronter Vincent, seule à seul pour la première fois depuis notre nuit mais depuis les révélations d'Ava, c'est encore pire. Quelles raisons pourraient le pousser à vouloir me rencontrer après m'avoir ignoré pendant deux semaines? Certainement pas celles qui abritent mes pensées les plus avides. -Entrez. J'attrape la poignée de la porte, la gorge nouée et pénètre la pièce. -Mademoiselle Martin, déclare Vincent sans lever la tête de son ordinateur. Vous êtes venue. Je déglutis difficilement et me rapproche de manière à me retrouver à un mètre de son bureau impeccablement rangé. J'hésite à m'asseoir sur la chaise juste en face de lui, je préférerais, ça me donnerait l'impression d'être sur un pied d'égalité avec lui et pas à un examen oral où chacun de mes mots doivent être choisis précautionneusement sous peine de voir ma note divisée par deux. Mais je reste debout, puisqu'il ne m'y invite pas. -Comme vous pouvez le voir. J'essaie de garder un ton sobre et détaché comme il le fait si bien mais le fait d'avoir un adversaire de taille en la matière rend la chose d'autant plus difficile. -Vous avez amené le polycopié? Demande-t-il, toujours concentré sur la tâche qu'il est en train d'effectuer. Je contracte la mâchoire. Je n'apprécie pas du tout la tournure des évènements et pour être honnête, sur les myriades de possibilités que je me suis imaginée avant d'entrer, celle où il prétend jouer le professeur modèle n'en faisait pas partie. -Etes-vous sûr que c’est de cela dont vous voulez discuter? Je demande d'un ton sarcastique. Il redresse enfin la tête, impassible. Je rencontre son regard vert perçant. A cet instant, je jurerais que la pièce a chuté de quelques degrés et regrette de ne pas avoir opté pour un sweat, ce matin. -Et pouvez-vous donc me dire de quoi d’autre aurai-je envie de discuter avec vous mademoiselle Martin? Son ton cinglant, accompagné de son regard, contribuerait presque à me glacer le sang. L’espace d’un instant, son assurance et son impassibilité me font douter. Et si ce n’était pas le Vincent de cette nuit-là? Cette perspective ne m'avait jamais effleuré l'esprit mais si ça se trouve je fais face à son jumeau maléfique, ou pire encore, il est atteint du trouble dissociatif de l'identité car, il est clair que ce n’était pas la même personne. Le Vincent avec qui j’ai passé la plus incroyable des nuits n’était pas aussi froid. Ou alors, j'étais tellement désœuvrée par les sensations qu'il faisait dégager de chaque pores de ma peau que j'en ai perdu toute objectivité. Fatiguée de tourner en rond, je ne me laisse pas démonter. -A vous de me le dire, car vous ne vous êtes pas privé de prévenir tous les étudiants de votre erreur sans m’en informer. Une dizaine de secondes s'écoulent. Ou peut-être une minute entière. Je ne sais pas mais le temps me paraît terriblement long. J'observe ses lèvres s'étirer en un sourire en coin. -Et bien me voilà démasqué, Ariane. Mon cœur loupe un battement lorsque son nom s'échappe de sa bouche et résonne comme un doux souvenir. Je me remémore ses mains sur mon corps, son souffle contre ma tempe et sa sueur se mélangeant à la mienne. Je déteste l'associer à un moment si agréable. Je secoue la tête pour chasser ses pensées et me confronter à la réalité : Vincent Spanos est le plus gros connard que la terre ait abrité (enfin à part Poutine, ou encore Hitler, mais ça c'est un autre débat). -C’est tout ce que vous trouvez à me dire? Il hausse les sourcils. -Comment ça? Je pose les mains sur le bureau et ancre mon regard dans ses yeux verts. Mon visage est à trente centimètres du sien. Il n'a qu'à se lever pour que ses lèvres atteignent les miennes. Et malgré ma colère et son comportement exécrable, je mentirai en disant que je n'ai pas envie qu'il m'embrasse maintenant sur ce bureau jusqu'à en perdre haleine. -Combien de temps comptes-tu encore me prendre pour une idiote, Vincent? J'insiste lorsque je prononce son nom. Il ne répond pas, se contentant de m’observer sans laisser transparaître la moindre émotion. -Je ne te pensais pas aussi lâche, je reprends, constatant que je ne réussirai pas à lui décocher un mot de plus. M’humilier une première fois ne te suffisait pas, il fallait que tu en rajoutes à la fac ? Toujours pas de réponse. -Tu sais quoi? Je ne sais même pas pourquoi je perds mon temps avec toi, tu m'as prouvé bien trop de fois que je ne devais pas m'accrocher. Alors sache qu'à partir de maintenant, j'abandonne. Tu as gagné. Je tourne les talons et m'avance vers la sortie, essayant de retenir mes larmes. Je suis vraiment pathétique jusqu'au bout. Faut dire que ce genre d'histoire ne serait jamais arrivé à Mariana. Elle aurait plutôt été dans le camp opposé, à la place de Vincent, à essayer de se défaire d'un mec un peu lourd qui s'accroche, en vain. L'espace d'un instant, je me demande ce que ça ferait d'être ce genre de personnes, de celles qui attirent en un battement de cils. Une pointe de jalousie vient me comprimer la poitrine. Je ne serai jamais Mariana, il ne faut pas que je l'oubli. -Attends, Ariane. Cela sonne plus à supplice qu'à un ordre alors je m'arrête, dos à Vincent. Je sais que je devrais poursuivre mon chemin sans lui laisser la chance de s'expliquer mais c'est plus fort que moi. Je veux qu'il me retienne. -Je n'avais pas l'intention de te blesser. -Si je peux me permettre, vous avez une drôle de façon de le montrer, monsieur. -S'il te plaît. Ne mets pas cette barrière entre nous. Je me retourne, énervée. -Je vous rappelle que c'est vous qui l'avez érigé en premier, cette barrière! Vous savez que vous suivre n'est pas une chose évidente. Vous passez du chaud au froid en une fraction de seconde. Il se lève et se rapproche de moi. Cette proximité soudaine me coupe la respiration. -Ariane, je n'ai jamais été doué avec ce genre de choses... Ce que je veux dire par là, c'est que je ne regrette pas notre nuit et même si j'ai tenté de te maintenir loin de moi, je n'y arrive pas. Il attrape une mèche de cheveux rebelle et la place derrière mon oreille. Sa main froide au contact de mon lobe provoque un frisson qui traverse le long de mon échine. Sa main glisse sur ma nuque et descend dans le creux de mes reins. Je ne bouge pas, fascinée par ce que son simple toucher me procure. J'en veux plus, j'ai besoin de plus. Je ne peux plus me contenter de mes souvenirs qui s'effacent un peu plus chaque jour et de mon imagination qui me fait défaut dès qu'il s'agit de lui. -Tu es si proche et pourtant inatteignable. Je suis ton professeur, merde. On ne peut… Je ne peux me permettre une relation avec toi. Ça je le savais déjà et j'ai regardé assez de séries pour savoir que m'embarquer dans une relation avec mon prof est un plan foireux. Et si je devais rajouter un autre argument, ma vie est déjà assez en bordel pour que j'en rajoute une couche. Mais Vincent est un tel un fruit interdit avec une saveur exquise que tout le monde revendique mais qui possède un arrière-goût de mort pour celui qui ose croquer à l'intérieur. -Te donner rendez-vous ici, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour partager un moment seul avec toi, même si cela signifiait de parler d'un p****n d'exercice pendant cinq minutes. Son visage se penche vers le mien. Garder une distance convenable entre nous est insoutenable. -Vincent… Mon soupir est une protestation. Ou un supplice. Peut-être un peu des deux finalement car je le veux aussi loin de moi que je prétends avoir une nécessité de son toucher pour éloigner la folie qui envahit mon esprit. -Ne me résiste pas, Ariane. Je ferme les yeux comme pour lui donner mon approbation. C'est vrai, il m'a manqué et je rêve de ce moment depuis une éternité, mais cette situation dans laquelle je me trouve depuis la rentrée me laisse un goût amer dans la bouche qui m'empêcherait de prendre pleinement plaisir à ce b****r. Avant que nos lèvres ne se touchent, je me dégage de l'étreinte de Vincent, qui semble dubitatif quant à mon changement d'avis subit. -Comme vous l'avez dit vous êtes mon professeur, nous ne pouvons pas nous permettre ce genre de comportement. Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine.
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