On ne devient pas l’homme qu’on ne défie pas par hasard.
On le devient parce que les autres ont essayé et n’ont pas survécu assez longtemps pour recommencer.
Je m’appelle Lucerio De Santis.
Dans cette ville, mon nom ne se prononce pas à voix haute.
Pas par respect.
Par instinct de survie.
La salle était silencieuse. Trop silencieuse.
Autour de la table, mes hommes attendaient. Aucun bruit inutile. Aucun regard déplacé. Ils savaient que je détestais la perte de contrôle.
Moi : Répète
Le type en face de moi a avalé sa salive. Sa peur empestait la pièce.
...: L… l’entrepôt du port a été touché cette nuit. Une fuite. Un témoin possible.
Témoin.
Un mot. Un seul.
Et pourtant, la température de la pièce a changé.
Moi : Possible ?
...: Elle… elle n’était pas censée être là.
Je me suis levé lentement. Pas de geste brusque. Pas de colère apparente.
La peur, la vraie, naît du calme.
Moi : Dans mon monde, ai-je dit en contournant la table, il n’y a pas de “possible”.
Il y a soit un problème… soit un cadavre.
Personne n’a osé répondre.
Je n’avais pas besoin d’élever la voix. Mon autorité ne venait pas du bruit.
Elle venait de ce que j’étais prêt à faire.
Moi : Qui a vu quoi ?
Un homme a pris la parole, hésitant.
...: Une femme. Elle a fui. On l’a perdue dans les ruelles.
Je me suis arrêté.
Une femme.
Ce détail m’a intrigué plus qu’il n’aurait dû.
Les civils ne fuient pas comme ça. Pas sans hurler. Pas sans paniquer. Ceux qui s’en sortent ont autre chose que de la chance.
Moi : Nom
Un silence. Puis le cliquetis d’un clavier.
Mon bras droit a relevé la tête.
..: Nahla Kareem. Serveuse. Sans antécédents. Vie banale.
J’ai senti quelque chose se figer en moi.
Je n’avais jamais vu son visage.
Mais je me souvenais de ses yeux.
Moi : Elle a vu quoi, exactement ?
Mon bras droit : Assez pour mourir… ou assez pour appartenir à notre monde.
Un léger sourire a étiré mes lèvres. Pas de joie. Pas de cruauté.
De l’intérêt.
Moi : Amenez-moi son dossier.
Ils ont obéi immédiatement.
Je me suis rassit, croisant les doigts devant moi.
Une inconnue venait d’entrer dans mon univers sans y être invitée.
Et une chose était sûre :
quand quelqu’un croise mon chemin… il ne repart jamais intact.
Je n’ai pas ouvert le dossier tout de suite.
Je n’en avais pas besoin pour savoir que cette femme n’était pas un hasard. Les hasards n’existent pas dans mon empire. Il n’y a que des erreurs… et des conséquences.
Moi : Sortez, ai-je ordonné.
Les chaises ont raclé le sol. Un à un, ils ont quitté la pièce. Mon bras droit est resté.
Il savait quand parler. Et surtout, quand se taire.
Moi : Tu penses qu’elle est dangereuse ?
Me demande t-il prudemment.
J’ai levé les yeux vers lui.
Moi : Non.
Il a froncé les sourcils.
Lui : Alors pourquoi tant de précautions ?
Je me suis levé et me suis approché de la baie vitrée. La ville s’étendait sous mes pieds, lumineuse, vivante, ignorante du fait qu’un seul mot de moi pouvait la faire basculer.
Moi : Parce qu’elle n’est pas dangereuse, je réponds , Elle est imprévisible.
Et c’est ce qui m’inquiétait.
Les gens dangereux suivent des règles. La peur, l’avidité, la loyauté.
Les imprévisibles, eux, ne savent même pas qu’ils peuvent tout faire s’effondrer.
Moi : Personne ne lui a parlé ?
Lui : Non. On a préféré te prévenir avant.
Bien.
Je suis retourné à la table et j’ai enfin ouvert le dossier.
Photo banale. Regard sérieux. Rien d’extraordinaire en apparence.
Et pourtant…
Moi : Elle a couru
Lui : Pardon ?
Moi : Quand elle a fui, elle n’a pas crié. Elle n’a pas appelé à l’aide. Elle a observé. Calculé. Elle a survécu.
Mon bras droit a hoché la tête, comprenant où je voulais en venir.
Lui : Que fait-on d’elle ?
J’ai refermé le dossier.
Moi : Pour l’instant ? Rien.
Il a paru surpris.
Lui : Rien ?
Moi : Non. On observe.
Lui : Et si elle parle ?
Je me suis approché de lui, assez près pour qu’il sente le poids de ma présence.
Moi : Alors elle découvrira pourquoi on ne me défie pas.
Il a baissé les yeux.
Je suis resté seul après son départ. Le silence est retombé, lourd, familier.
Mais pour la première fois depuis longtemps, quelque chose troublait mon calme.
Une inconnue venait d’entrer dans mon champ de vision.
Et dans mon monde, être vu par moi, c’est déjà ne plus être libre.
quelques minutes après.
La nuit était tombée quand je suis descendu au sous-sol.
Les murs épais, la lumière froide, l’odeur du métal et du sang séché. Cet endroit rappelait à chacun ce que je représentais vraiment.
Un avertissement permanent.
L’homme était attaché à la chaise. Celui qui avait laissé filer la fille.
Il tremblait déjà avant que je n’ouvre la bouche.
Moi : Dis-moi, je commence calmement, pourquoi tu es encore en vie.
Il a balbutié quelque chose d’incompréhensible.
Je me suis accroupi devant lui, à sa hauteur.
Moi : Tu sais ce que je déteste le plus ?
Lui : L… l’échec… ?
J’ai souri.
Moi : L’improvisation.
Un simple geste de la main.
Le bruit sec. Le cri étouffé. Puis le silence.
Je me suis relevé sans émotion.
Moi : Trouvez-la, ai-je ordonné à mes hommes.Sans bruit. Sans erreur.
Ils ont hoché la tête.
Je suis remonté à mon bureau, l’esprit déjà ailleurs.
Pas sur l’homme qui venait de mourir. Pas sur la faute commise.
Sur elle.
Cette Nahla Kareem.
Cette fille ordinaire qui avait eu le malheur de croiser mon regard au mauvais moment.
Je me suis servi un verre et me suis installé dans l’ombre, observant la ville.
Moi : Qui es-tu vraiment… ? je murmure.
Une chose était sûre :
son existence venait d’entrer officiellement dans mon monde.
L’homme qu’on ne défie pas.
Lucerio❤️🩹