Belrive n’avait jamais été une ville normale.
Les touristes comprenaient généralement ce détail dans les cinq premières minutes. Certains le réalisaient lorsqu’un distributeur automatique refusait de leur donner une boisson “par manque de confiance”. D’autres quand les lampadaires semblaient s’éteindre uniquement devant les gens mal habillés. Une fois, toute une rue avait senti la barbe à papa pendant trois semaines sans qu’aucun scientifique ne trouve une explication logique.
Mais les habitants, eux, vivaient avec tout ça depuis si longtemps qu’ils ne remarquaient presque plus rien.
Yanis faisait partie de ces habitants.
À seize ans, il connaissait déjà les règles invisibles de Belrive :
* ne jamais regarder trop longtemps les statues du centre-ville,
* éviter les ascenseurs après minuit,
* et surtout ne jamais demander pourquoi quelque chose d’impossible venait d’arriver.
Il vivait avec sa grande sœur Lina dans un petit appartement rempli d’objets électroniques étranges. Lina travaillait comme réparatrice spécialisée dans les appareils “instables”, ce qui signifiait qu’elle passait ses journées à calmer des micro-ondes agressifs ou des grille-pains émotionnellement compliqués.
Leur aspirateur, par exemple, détestait les invités.
Un mardi matin, Yanis quitta l’appartement avec son sac sur l’épaule et ses écouteurs autour du cou. En passant devant un feu rouge, il remarqua que celui-ci clignotait en morse.
Il soupira.
À Belrive, ce genre de chose n’était même plus surprenant.
Ce qu’il ignorait encore, c’est que sa journée allait bientôt devenir beaucoup plus étrange que d’habitude.
Et tout commencerait avec un pigeon.