Le lendemain matin, Paris semblait réveillée sous un ciel gris et lourd. La pluie de la veille avait laissé ses rues mouillées et brillantes, reflétant les lumières des lampadaires et des vitrines. Élise Moreau, enfilant son manteau beige légèrement trop large pour la fraîcheur du matin, serra son sac contre elle pour éviter que ses carnets et ses croquis ne se mouillent. Ses pensées étaient encore agitées par la rencontre avec Adrien. Elle avait beau se dire que ce n’était qu’un hasard, son cœur refusait de s’apaiser.
La marche jusqu’au bureau était humide, et les pavés glissants la forçaient à avancer prudemment. Chaque pas semblait résonner dans ses oreilles comme un rappel du vertige qu’elle avait ressenti la veille, lorsqu’Adrien l’avait prise sous son parapluie. Une partie d’elle voulait oublier, se concentrer sur son travail et ne plus penser à cet homme mystérieux, mais une autre partie, plus imprévisible, se sentait étrangement excitée à l’idée de le revoir.
En entrant dans le hall du bureau, l’odeur du café fraîchement moulu se mêlait au parfum discret de l’air conditionné. Elle croisa le regard de M. Laurent, son patron, qui tapotait déjà nerveusement sur son bureau.
« Bonjour, Élise. En retard ce matin, » dit-il, sans lever les yeux.
Élise rougit légèrement, déposant son sac avec soin.
« Désolée, Monsieur… la circulation et la pluie… »
Elle se précipita vers son bureau, essayant de chasser la tension qui lui nouait le ventre. Les premiers instants furent consacrés à déballer ses carnets, à vérifier ses croquis et à préparer ses notes pour la réunion du matin. Mais malgré tout, son esprit revenait sans cesse à Adrien, à son regard sombre et à ce sourire mystérieux qui semblait avoir un pouvoir sur elle. Elle secoua la tête et se concentra sur ses dessins, mais le crayon tremblait légèrement dans sa main.
Soudain, son téléphone vibra. Un message inconnu apparut à l’écran :
"Je crois que vous avez oublié votre parapluie hier. – A."
Élise sentit son cœur faire un bond. Adrien. C’était indéniable. Une chaleur se répandit dans sa poitrine, mêlée à un sentiment étrange de curiosité et de nervosité. Après un instant d’hésitation, elle tapota sa réponse :
"Merci… je passerai le récupérer."
La matinée passa lentement. Entre les réunions avec l’équipe de designers, les discussions sur les tissus et les motifs, et les appels pour des commandes, Élise essayait de rester concentrée, mais son esprit revenait inlassablement à ce simple message. Pourquoi ce simple geste de penser à un parapluie la perturbait-il autant ? Pourquoi cette attention, si anodine en apparence, avait-elle le pouvoir de faire battre son cœur plus vite que n’importe quelle autre situation ?
À midi, elle décida de se rendre au café pour récupérer le parapluie. La pluie avait cessé, mais les pavés restaient humides et les reflets des vitrines créaient des petites îles de lumière sur le trottoir. Lorsqu’elle entra, elle aperçut Adrien. Il discutait avec une femme qu’elle n’avait jamais vue, leurs rires résonnant légèrement dans l’espace étroit du café. La proximité entre eux, l’intimité apparente, fit se serrer le cœur d’Élise. Un sentiment qu’elle connaissait trop bien – la jalousie – monta en elle, rapide et brûlante.
« Non… ce n’est rien, ce n’est qu’un malentendu… » murmura-t-elle, essayant de se convaincre.
Elle tourna les talons, prête à partir pour éviter toute confrontation, mais une voix familière l’interpella.
« Élise ! »
Elle se retourna, le cœur battant. Adrien était seul cette fois, le regard mêlant surprise et inquiétude.
« Je… je pensais que vous étiez occupée… » balbutia-t-il, un léger embarras dans sa voix.
Élise croisa les bras, essayant de masquer le mélange de frustration et d’attirance qui lui bouillonnait dans la poitrine.
« Je vois… » répondit-elle, la voix légèrement froide mais tremblante à l’intérieur.
Ils commencèrent à marcher côte à côte dans les rues étroites, humides mais brillantes sous les reflets de Paris. Chaque pas semblait rapprocher et éloigner à la fois leurs émotions. Le silence pesait, mais il n’était pas inconfortable ; il était chargé de quelque chose de puissant, de palpable, comme si l’air lui-même vibrait autour d’eux.
Adrien brisa finalement le silence, sa voix douce et mesurée :
« Je ne voulais pas que vous me voyiez avec elle… »
Élise leva les yeux, méfiante. « Avec qui ? »
« Juste… une amie. Elle voulait parler d’un projet de travail. »
La colère et le soulagement se mélangèrent en elle. « Vous auriez pu me le dire ! » dit-elle, les mains serrées sur son sac.
Adrien baissa les yeux, un sourire triste sur les lèvres. « J’aurais aimé… mais je ne voulais pas vous déranger. »
Leurs regards se croisèrent, et Élise sentit un frisson parcourir sa nuque. Elle savait qu’elle devrait se protéger, mais son cœur refusait d’écouter la prudence. Chaque mot, chaque geste, chaque respiration semblait les rapprocher, mais aussi les maintenir à distance.
Adrien tendit doucement la main. Hésitation. Élise la prit finalement, et la chaleur de ses doigts la traversa comme un courant électrique. Son cœur s’emballa, et elle détourna le regard pour masquer son trouble.
« Ne laissez pas un malentendu gâcher ce que nous commençons à… » murmura-t-il, la voix légèrement brisée par l’émotion.
Élise inspira profondément, essayant de calmer sa respiration qui s’était accélérée. Elle ne savait pas comment répondre, comment expliquer la tempête de sentiments qui la traversait. Elle se sentait vulnérable, mais étrangement vivante.
Ils arrivèrent enfin devant son appartement. Élise prit le parapluie, prête à laisser Adrien partir.
« Merci… pour tout, » murmura-t-elle.
Adrien lui sourit, énigmatique. « À demain… »
Alors qu’il s’éloignait dans les rues humides de Paris, Élise resta immobile sur le seuil de son appartement, le cœur battant, consciente que cette rencontre n’était que le début d’une histoire qui allait bouleverser sa vie.
Elle rentra, tremblante mais excitée. Les croquis et les carnets sur son bureau semblaient l’appeler, mais elle ne pouvait pas se concentrer. Elle s’assit, laissant son esprit vagabonder sur la promenade, sur la tension entre elle et Adrien, sur ce sourire qui semblait imprégné dans sa mémoire. Et pour la première fois depuis longtemps, elle sentit qu’elle avait envie de se laisser emporter, malgré la peur et la prudence.