Chapitre 1

529 Words
1Il est juste 6h30 lorsque Nicolas Bas rejoint son poste. A cette heure, en cette fin du mois de mars, la température est fraîche sur Argelès ; l’obscurité de la nuit encore bien installée. S’il se rend à son travail aussi tôt, ce n’est ni pour cause d’insomnie, ni par passion de son métier. Simplement parce qu’ici, à l’entretien du cimetière, les horaires sont 6h30 13h30. Et ça lui convient parfaitement. Ça lui laisse ses après-midi et ses soirées libres. Quand, comme lui, on est passionné de pêche, ce n’est pas un mince avantage. C’est sans doute pour ça que, s’il n’adore pas son travail, il ne le déteste pas non plus. Dès le début, il l’avait abordé de manière positive ; faisant abstraction, tant qu’il le pouvait, de cet environnement lugubre. Se poser trop de questions, rentrer à reculons dans cet espace peuplé d’êtres en partance pour l’oubli serait vite devenu insupportable. Progressivement, il s’y est habitué. Trouvant quelque avantage à sa nouvelle occupation. Pas de supérieur sur le dos, pas d’objectif chiffré ! Une entière latitude. Seule exigence : que l’espace soit propre et « accueillant » pour tous ces gens qui viennent… Parfois tous les jours ; surtout, tôt le matin. Des gens sans exigence aucune, aimables et empruntés, à qui il fournit tantôt un arrosoir, tantôt une binette pour gratter l’herbe ou un balai. Des gens qui viennent pour, l’espace d’un instant, apaiser une cicatrice de leur âme. Quoiqu’il en soit, lui, a fini par apprivoiser ce lieu. Peu à peu, il s’est approprié chacune des allées. A force d’évoluer dans cet espace de silence, il connaît par cœur le nom du résident de chaque emplacement. Pour nombre d’entre eux, il peut dire de mémoire leurs dates de naissance et de décès ; il connaît bien des choses de leur vie… leur histoire, leurs secrets. Il connaît si bien cet endroit que, très vite ce matin, il a perçu une anomalie… Il ne saurait dire pourquoi, ou à quel détail… mais « quelque chose » le contrarie. Pourtant, son regard fait attentivement le tour de tout l’espace et rien d’anormal n’apparaît de là où il se trouve. Son pressentiment ne se dissipe pas pour autant. Nicolas ouvre, dans le minuscule local qui lui sert de bureau, de cuisine, d’abri et de rangement pour les outils, la vanne qui alimente les différents points d’eau du cimetière. Les premiers visiteurs, qui ne tarderont plus, pourront ainsi se servir. Il allume une cigarette, prend les cisailles, le balai et se dirige vers l’allée latérale du côté sud du cimetière où il a prévu aujourd’hui de tailler la haie. C’est en tournant à droite, près de l’espace central, qu’il s’arrête brusquement. Il n’a pas réagi de suite, mais il réalise maintenant que le portail en fer forgé de la tombe de la famille Labadie est légèrement entrouvert. Nicolas revient sur ses pas. Quelques mètres en arrière. Le gravier blanc qui conduit à l’entrée du caveau a été récemment piétiné. Pourtant, depuis qu’il travaille ici, personne, jamais, n’est venu fleurir ou prendre soin de cette tombe… Le vieil Assiscle s’arrête parfois… Jamais il ne franchit la porte. Il pose à terre les outils, pousse le portillon de fer et s’avance vers l’entrée du caveau. Au sol, appuyée au mur, la pierre tombale d’Augustin Labadie... Le cercueil, certes, est recouvert mais les vis ont été enlevées. Ni inscription, ni vandalisme ni dégradation ! Ceux qui ont opéré ont agi avec délicatesse. Quoiqu’il en soit… le cercueil d’Augustin Labadie a été ouvert durant la nuit !
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