La Comédie Du Désespoir

866 Words
Alexandra fixait l’écran de son téléphone, ses doigts tremblant si fort que l’appareil faillit lui échapper. La photo envoyée par Marie était un arrêt de mort : la berline noire de son père, garée juste devant la sortie des arrivées. Marie ne savait pas qu'elle jouait avec le feu, elle pensait sans doute que rejoindre le père d'Alexandra était son dernier espoir de secours. Pensées d’Alexandra : « Si Marie s'approche de lui, si elle prononce mon nom avec cette détresse dans la voix, mon père comprendra tout. Il n'est pas aveugle. Il verra l'amour, il verra la honte. Claudine va me détruire si elle apprend que Marie est à quelques mètres de ma famille. Je dois sortir d'ici. Maintenant. » Dans la pièce d'à côté, le bruit des cintres que Claudine manipulait brutalement s'arrêta. Alexandra entendit ses pas approcher. Elle n'avait que quelques secondes. Elle verrouilla son téléphone et le glissa sous un coussin du canapé, puis elle se laissa glisser au sol. Elle commença à respirer par saccades, forçant ses poumons à expulser l'air trop vite. Elle serra ses mains contre sa poitrine, fermant les yeux pour laisser monter une détresse réelle, nourrie par la peur de tout perdre. — « Alexandra ? » Claudine était sur le seuil, une pile de vêtements à la main. En voyant Alexandra au sol, recroquevillée, son visage changea instantanément. La prédatrice fit place à la clinicienne. Elle lâcha tout et se précipita vers elle. — « Alexandra ! Respire. Regarde-moi ! » Alexandra feignit de ne pas l'entendre. Elle laissa échapper un cri étouffé, un sanglot sec qui semblait lui déchirer la gorge. Elle griffait le tapis de laine, ses yeux révulsés. — « Je ne... je n'y arrive plus... » balbutia Alexandra entre deux inspirations sifflantes. « Marie... ce que j'ai fait... je sens mon cœur... Claudine, j'ai mal ! » Pensées d’Alexandra : « Regarde-moi, Claudine. Analyse-moi. Crois-moi. J'ai besoin que tu paniques assez pour perdre ta vigilance. C'est la seule façon de te faire quitter cet isolement. » Claudine la prit dans ses bras, la serrant avec une force presque douloureuse. Elle lui prit le visage, l'obligeant à croiser son regard. — « C’est une attaque de panique, Alex. Concentre-toi sur ma voix. Tu es en sécurité ici. Je suis là. » — « Non ! » hurla Alexandra en se débattant. « Je suffoque... ce bois... ces murs... j'ai besoin d'air, Claudine ! Emmène-moi d'ici, s'il te plaît... je veux voir ma mère... je veux rentrer... je vais mourir ici ! » Claudine l’observait intensément. Pendant un instant, Alexandra craignit d’avoir trop joué le jeu, que Claudine ne démasque la supercherie. Mais la vision d'Alexandra, livide et tremblante, toucha une corde sensible chez Claudine : son besoin d'être la seule bouée de sauvetage d'Alexandra. — « D'accord, d'accord... calme-toi, » murmura Claudine, sa voix trahissant une rare inquiétude. « On s'en va. On ne reste pas une minute de plus. On rentre en ville. » Pensées d’Alexandra : « Ça marche. Elle mord à l'hameçon. » — « Maintenant ! » insista Alexandra en s'agrippant au col de Claudine. « S'il te plaît, Claudine... avant que je ne perde connaissance... » Claudine se leva d'un bond, l'adrénaline remplaçant sa froideur habituelle. Elle récupéra les clés de la voiture et jeta les valises pêle-mêle dans le coffre, sans même prendre le temps de ranger les matériaux sexuels qu'elle avait si soigneusement disposés la veille. — « Monte dans la voiture. Ne prends rien, on reviendra plus tard pour le reste, » ordonna Claudine. Alexandra s'installa sur le siège passager, feignant d'être encore en état de choc, sa tête appuyée contre la vitre froide. Alors que Claudine faisait vrombir le moteur et que les pneus crissaient sur le gravier du chalet, Alexandra glissa discrètement sa main vers sa poche où elle avait réussi à récupérer son téléphone au dernier moment. Le trajet fut une course contre la montre. Claudine conduisait comme une possédée, doublant les rares véhicules sur la route de montagne, convaincue qu'elle sauvait Alexandra d'une crise nerveuse majeure. Pensées d’Alexandra : « On arrive, Marie. Ne bouge pas. Ne lui parle pas encore. Si j'arrive à temps, je peux encore sauver les apparences. Mais à quel prix ? Je suis en train de manipuler la plus grande manipulatrice que je connaisse. Si elle s'en aperçoit, elle ne me pardonnera jamais cette trahison. » Soudain, le téléphone d'Alexandra vibra dans sa poche. Un nouveau message. Elle le lut en biais, cachant l'écran de la vue de Claudine. Marie : "Ton père vient de sortir de la voiture. Il m'a vue. Il s'approche. Alex, je vais tout lui dire." Alexandra sentit le monde basculer. Ils étaient encore à quinze minutes de l'aéroport. — « Plus vite, Claudine... plus vite, » murmura Alexandra, cette fois sans avoir besoin de jouer la comédie. Claudine jeta un regard de côté, ses sourcils se fronçant. — « Pourquoi es-tu si pressée de rentrer maintenant ? Quelque chose me dit que ton attaque de panique a une destination bien précise, Alexandra... » Le doute. Le doute revenait dans la voix de Claudine. Le piège était en train de se retourner.
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