La soirée en boîte de nuit avait été un tourbillon de lumières néon, de basses lourdes et de corps en sueur. Alexandra s'était abandonnée à la danse, cherchant à noyer ses pensées dans l'alcool et le rythme, mais le regard de Claudine ne l'avait pas lâchée une seconde.
De retour à l'appartement, leur étreinte avait été plus sauvage que d'habitude, une "nuit moussante" et fiévreuse où les corps s'étaient entrechoqués avec une urgence presque désespérée.
Alexandra avait atteint des sommets de plaisir, mais alors qu'elle reprenait son souffle dans les bras de Claudine, une ombre a traversé ses yeux.
Claudine, l'experte des âmes, l'a vu. Ce n'était pas de la fatigue. C'était de la culpabilité.
Elle se redressa brusquement, sa nudité ne lui enlevant rien de son autorité naturelle. Elle fixa Alexandra, son regard froid comme une lame d'acier sous la lueur de la veilleuse.
— Ça suffit, Alexandra, trancha-t-elle, sa voix dépourvue de toute trace de la passion qui les habitait quelques minutes plus tôt. Je sens ton cœur battre contre moi, mais ton esprit est ailleurs. Tu empestes le mensonge.
Alexandra tenta de balbutier une excuse, mais Claudine l'interrompit d'un geste sec.
— Maintenant, deux choix s'offrent à toi. Soit tu craches le morceau ici et maintenant, soit tu prends tes affaires et tu sors de ma vie pour toujours. Donne-moi ton téléphone. Tout de suite.
Le silence qui suivit fut assourdissant. Alexandra regarda la main tendue de Claudine. Elle savait qu'elle ne pourrait pas gagner ce duel. La domination de Claudine était totale.
Tremblante, elle tendit l'appareil. Elle n'avait même pas besoin de le déverrouiller ; la vérité était prête à exploser.
— Je n'ai pas besoin de regarder, murmura Alexandra, les larmes commençant à couler. Je vais tout te dire.
Pendant l'heure qui suivit, tout sortit comme un fleuve en crue. Alexandra confessa Marie, les toilettes de l'université, les bars, les adieux déchirants. Elle avoua l'inavouable : elle n'avait pas seulement cherché le sexe, elle avait développé des sentiments pour Marie. Elle aimait la légèreté de Marie autant qu'elle craignait et vénérait la dureté de Claudine.
Le visage de Claudine resta un masque de pierre pendant tout le récit, bien que ses mâchoires se soient crispées à l'évocation des sentiments d'Alexandra. Une fois le silence revenu, Claudine se leva et s'installa au bord du lit, lui tournant le dos.
— Donc, tu nous as mises en concurrence, dit Claudine d'une voix glaciale. Tu as comparé ma profondeur à sa futilité. Tu as brisé notre pacte pour une fille de passage.
Elle se tourna lentement vers Alexandra, ses yeux brûlants d'une colère noire doublée d'une blessure qu'elle refusait de montrer.
— Je ne partage pas, Alexandra. Jamais. Voici ma condition : tu appelles Marie devant moi. Tu lui dis que c'est fini, que tu n'étais qu'en phase d'expérimentation et que tu as trouvé ta maîtresse. Ou alors, tu repars vers elle et tu oublies jusqu'à mon nom. Fais ton choix. Maintenant.
Alexandra se retrouva face au gouffre. D'un côté, l'amour doux et facile de Marie. De l'autre, l'obsession dévorante et souveraine de Claudine.