Le dîner n'avait été qu'un prélude, une parade nuptiale où les mots de Claudine avaient agi comme un venin lent, paralysant la volonté d'Alexandra. Maintenant, le silence du chalet n'était plus rompu que par le crépitement furieux des bûches dans l'âtre. La chaleur du foyer frappait le visage d'Alexandra, mais son dos, tourné vers les vitres sombres où la forêt montait la garde, restait glacé.
Claudine posa son verre de vin sur la table basse avec un bruit sec qui fit sursauter Alexandra. Elle se leva, sa silhouette se découpant comme une ombre impériale contre les flammes. Ses yeux, d'un noir d'encre, fixèrent la soie rouge qui moulait le corps d'Alexandra.
— « Tu as passé toute la soirée à essayer de me rassurer avec tes regards soumis, » murmura Claudine en s'approchant. Sa voix n'était plus qu'un souffle rauque. « Mais je sens ton pouls d'ici, Alexandra. Il bat pour elle. Chaque fois que tu fermes les yeux, c'est son visage que tu essaies de retrouver. »
Alexandra voulut protester, mais Claudine fut sur elle en un éclair. Elle saisit les poignets d'Alexandra et les plaqua contre le dossier du canapé en cuir. Le choc fut brutal, réveillant une décharge d'adrénaline pure.
— « Regarde-moi ! » ordonna Claudine. « Je veux que tu voies celle qui te possède vraiment. »
L'étreinte devint immédiatement sauvage. Il n'y avait plus de place pour la politesse des masques sociaux. Claudine l'embrassa avec une fureur qui n'avait rien de romantique ; c'était un b****r de conquête, une manière d'étouffer le nom de Marie dans la gorge d'Alexandra. Leurs dents s'entrechoquèrent, le goût du vin se mélangeant à celui du fer alors qu'une lèvre se fendait.
Alexandra, pourtant épuisée par son double jeu, répondit avec une violence égale. C'était sa seule façon de ne pas s'effondrer : se perdre dans cette tempête sensorielle. Ses mains griffèrent les épaules de Claudine, cherchant un point d'ancrage dans ce chaos. La soie rouge de la nuisette, si fine, semblait brûler sa peau sous la pression du corps de Claudine.
Claudine la fit basculer sur le tapis épais devant la cheminée. La chaleur du feu devint presque insupportable, mais elle n'était rien comparée à l'incendie qui ravageait les deux femmes. Claudine utilisait ses mains avec une connaissance terrifiante de l'anatomie d'Alexandra. Elle ne touchait pas seulement la peau ; elle semblait vouloir atteindre les nerfs, les os, la mémoire même.
Pensées d'Alexandra : « C'est trop... c'est trop fort. Marie était une caresse, mais Claudine est une lacération. Elle veut m'effacer, me reconstruire à son image. Et le pire... c'est que je la laisse faire. Je veux qu'elle me brise pour que je n'aie plus à choisir. »
Chaque détail était amplifié : le glissement de la soie sur le parquet, le souffle court qui se transformait en gémissements étouffés, l'odeur de la sueur mêlée à celle du bois brûlé. Claudine s'arrêta un instant, surplombant Alexandra, ses cheveux sombres tombant comme un rideau autour de leurs visages. Elle passa une main sur le flanc d'Alexandra, ses ongles traçant une ligne rouge qui imitait la couleur de la nuisette.
— « Dis-le, » exigea Claudine, ses yeux brillant d'une lueur démoniaque. « Dis-moi que Marie n'existe plus. Dis-moi que ton corps appartient à cette chambre, à ce chalet, à moi seule. »
Alexandra arqua son corps, cherchant à combler le vide entre elles. Le plaisir qu'elle ressentait était teinté d'une douleur exquise, une punition qu'elle acceptait avec une dévotion quasi religieuse.
— « Il n'y a que toi... Claudine... » balbutia-t-elle, alors que la réalité de Marie s'évaporait, emportée par la puissance de l'étreinte.
Mais Claudine ne se contenta pas de mots. Elle reprit possession d'Alexandra avec une intensité redoublée. C'était une exploration exotique et interdite, une plongée dans des zones de désirs que Marie n'aurait jamais osé effleurer. Claudine utilisait son autorité comme un instrument, guidant Alexandra vers des sommets de sensations si violents que la jeune femme crut perdre connaissance.
Leurs corps s'entremêlaient dans une danse désordonnée, une lutte où personne ne voulait gagner, mais où tout le monde voulait se perdre. La peau d'Alexandra était devenue un champ de bataille de rouge et de blanc, marquée par les mains de celle qui refusait de la partager.
Finalement, alors que l'o*****e les submergeait toutes les deux dans un cri commun étouffé par le bois du chalet, Alexandra se sentit vide. Vidée de sa volonté, vidée de ses secrets. Elle était une page blanche sur laquelle Claudine venait de signer son nom avec une encre de feu.
Elles restèrent là, haletantes, leurs corps encore soudés l'un à l'autre devant les braises mourantes. Claudine caressait doucement les cheveux d'Alexandra, un geste d'une tendresse post-traumatique qui était presque plus effrayante que sa violence.
— « Tu vois, » murmura Claudine à son oreille. « Le silence est enfin revenu dans ton esprit. »
Alexandra ne répondit pas. Elle ferma les yeux, sentant le poids de Claudine sur elle comme une armure. Elle croyait avoir gagné la paix, mais elle ignorait que dans la poche du manteau de Claudine, posé près de la porte, le téléphone confisqué venait de vibrer silencieusement pour la dixième fois. Marie n'avait pas encore dit son dernier mot, et le calme de Claudine n'était que l'œil du cyclone.