Les adieux à Marie furent plus déchirants qu’Alexandra ne l’avait anticipé. Sur le quai, l’étudiante en mode sentait un vide s’installer en elle à mesure que Marie s'éloignait. Elle avait pris goût à cette légèreté, à ce plaisir sans attaches et sans jugements. Marie représentait la liberté ; Claudine représentait le destin. Mais le voyage était inévitable : les parents d'Alexandra, avec leur rigueur habituelle, avaient déjà tout planifié. Reculer aurait été un aveu de faiblesse ou de culpabilité.
Pendant tout le vol, Alexandra lutta contre une montée d'angoisse. Elle connaissait trop bien la perspicacité de son amie. Claudine n'était pas Marie ; on ne pouvait pas l'éblouir avec un simple sourire ou un b****r. Elle savait lire les silences, interpréter les battements de cils. Alexandra se répétait ses mensonges comme un mantra, terrifiée à l'idée de "parler comme du pop-corn déréglé" dès qu'elle croiserait ce regard sombre qui l'avait toujours dominée.
Lorsque l'avion toucha le sol, le cœur d'Alexandra fit un bond douloureux dans sa poitrine. Elle récupéra sa valise, les mains moites, ajustant nerveusement sa tenue — une robe qui, elle l'espérait, criait "étudiante sérieuse" et non "amante insatiable".
Elle franchit les portes coulissantes de l'arrivée. Et là, elle la vit.
Claudine était appuyée contre sa voiture noire, garée juste devant la sortie, une silhouette d'une élégance stricte et autoritaire. Elle portait des lunettes de soleil malgré la lumière tamisée du parking, et ses lèvres étaient pincées en une ligne droite, impénétrable. Elle ne fit aucun grand geste, ne cria pas de joie. Elle se contenta de redresser la tête, son aura de contrôle semblant aspirer tout l'air autour d'elle.
Alexandra s'approcha, chaque pas lui semblant peser une tonne.
— « Salut, Claudine... » balbutia-t-elle en essayant d'afficher un sourire naturel.
Claudine retira lentement ses lunettes, révélant des yeux d'un calme effrayant. Elle ne répondit pas tout de suite. Elle s'approcha d'Alexandra, réduisant l'espace vital entre elles jusqu'à ce qu'Alexandra puisse sentir le parfum boisé et froid de son amie. Claudine ne l'embrassa pas sur les joues. Elle posa une main ferme sur sa nuque, ses doigts s'enfonçant légèrement dans la peau, et la scruta comme une pièce à conviction.
— « Tu as changé de parfum, Alexandra, » dit Claudine d'une voix basse, presque suave, mais tranchante comme une lame. « Ou peut-être est-ce simplement l'odeur de la trahison que je sens sur tes vêtements ?
Le sang d'Alexandra se glaça. Le jeu venait de commencer, et avant même d'avoir posé sa valise dans le coffre, elle sentait déjà ses défenses s'écrouler sous le scalpel psychologique de celle qui l'avait toujours menée par le bout du nez.
— « Monte dans la voiture, » ordonna Claudine sans attendre de réponse. Nous avons beaucoup de choses à explorer, n'est-ce pas ?