Le matin pénétra dans la chambre non pas comme une caresse, mais comme une lame de lumière crue, révélant le chaos de la nuit sur les draps de lin froissés. Alexandra ouvrit les yeux, le corps lourd, chaque muscle criant encore l'intensité des jeux de Claudine. Elle tourna la tête : la place à côté d’elle était vide. Mais surtout, la mallette noire avait disparu.
Un frisson, qui n'avait rien à voir avec le froid de la montagne, remonta le long de sa colonne vertébrale. Elle se leva, enveloppée dans un peignoir de laine trop grand, et descendit l'escalier en titubant.
En bas, l'odeur du café frais se mêlait à celle, plus âcre, des cendres froides de la cheminée. Claudine était là, debout devant la grande baie vitrée, observant la forêt embrumée. Elle tenait deux choses : une tasse fumante dans la main gauche, et le téléphone d'Alexandra dans la main droite.
— « Tu as bien dormi ? » demanda Claudine sans se retourner. Sa voix était calme, trop calme. C’était le ton qu’elle utilisait lors de ses études de cas les plus complexes.
— « Claudine... rends-moi ça, » murmura Alexandra en s'approchant, sa voix s'enrouant.
Claudine fit volte-face. Son visage était un masque de marbre, mais ses yeux brillaient d'une fureur contenue qui fit reculer Alexandra. Elle leva le téléphone, l'écran illuminé.
— « "Je n'arrive pas à dormir sans toi. J'ai pris un billet. J'arrive demain." C'est donc ça, ta définition de "mettre les choses en pause", Alexandra ? »
Le sang d'Alexandra se glaça. Elle réalisa que pendant qu'elle s'abandonnait à Claudine cette nuit, pensant l'avoir apaisée par sa soumission, le piège s'était refermé. Le mensonge était exposé, nu, sous la lumière du matin.
— « Je... j'allais lui dire de ne pas venir, » balbutia Alexandra, les mains tremblantes. « Je voulais juste éviter qu'elle ne fasse une scène avant que je puisse lui expliquer... »
— « Lui expliquer quoi ? » Claudine fit un pas vers elle, imposante malgré sa silhouette fine. « Que tu aimes être enchaînée à ce lit ? Que tu as gémi mon nom toute la nuit pendant que ton "petit ange" réservait son vol ? Tu ne lui expliqueras rien. Parce que tu vas l'appeler. Maintenant. Devant moi. »
Claudine posa le téléphone sur la table en bois massif, entre elles deux. C’était un ultimatum. Un test de loyauté final qui allait déchirer le cœur d'Alexandra.
Pensées d'Alexandra : « Si j'appelle Marie et que je romps vraiment, je perds la seule lumière qui me reste. Mais si je refuse, Claudine est capable de tout. Elle connaît l'adresse de mes parents, elle peut détruire ma réputation en un seul appel. Je suis acculée. »
Claudine s'approcha encore, ses mains se posant sur les épaules d'Alexandra, une étreinte qui ressemblait à un étranglement lent.
— « Fais-le, Alexandra. Prouve-moi que la nuit dernière n'était pas qu'une comédie pour m'endormir. Montre-moi que tu as choisi ton camp. »
Alexandra regarda l'appareil. Le nom de Marie s'afficha à nouveau : un appel entrant. Le téléphone commença à vibrer sur le bois, un bourdonnement insupportable qui semblait faire trembler tout le chalet.
— « Réponds, » souffla Claudine à son oreille, son souffle chaud contrastant avec la froideur de ses paroles. « Et mets le haut-parleur. »