Les Racines De L’Obsession

468 Words
L’air du lycée semblait toujours plus lourd, plus électrique, là où Alexandra et Claudine se trouvaient. Elles ne marchaient pas dans les couloirs ; elles les possédaient. À dix-sept ans, leur duo était une énigme pour certains, une menace pour d'autres. C'était une alliance de fer forgée dans une exclusivité absolue, une bulle où personne d'autre n'avait le droit de respirer. Alexandra était une tempête à ciel ouvert. Belle, impulsive et colérique, elle réagissait au quart de tour. Un regard de travers d'une autre fille vers Claudine, et Alexandra voyait rouge. Sa jalousie était son moteur, une flamme dévorante qui ne s'éteignait que lorsqu'elle était seule avec Claudine. Elle pouvait s'emporter pour un détail, briser un silence d'un éclat de voix, mais dès que Claudine s'éloignait, cette colère se muait en une angoisse viscérale. Sans Claudine, Alexandra se sentait amputée, incapable de naviguer dans un monde qu’elle trouvait trop fade. À l'opposé, Claudine était le calme après le désastre, ou peut-être le centre de l'ouragan. Elle était la discipline incarnée. Dure, exigeante envers elle-même comme envers les autres, elle ne tolérait aucun relâchement. Si Alexandra était le feu qui brûle, Claudine était l'architecte qui dirigeait l'incendie. Elle possédait cette faculté rare et terrifiante de lire à travers les gens, de déceler leurs failles en une seule observation. Claudine aimait le pouvoir. Elle aimait sentir l'emprise qu'elle avait sur Alexandra, cette capacité à la faire taire d'un simple froncement de sourcil ou à la rassurer d'une main posée sur sa nuque. Elle ne montrait jamais ses faiblesses. Même lorsque le manque d'Alexandra lui tordait les entrailles, son visage restait un masque de marbre. Elle était celle qui imposait les règles, celle qui manipulait les fils de leur amitié avec une précision chirurgicale. Leur séparation, au moment des études supérieures, fut un déchirement silencieux. Le jour du départ d'Alexandra pour un autre pays, Claudine était restée sur le quai, droite, le regard sec, tandis qu'à l'intérieur du train, Alexandra étouffait ses sanglots contre la vitre. — « Ne sois pas indisciplinée, Alexandra. Le monde n'attend pas tes larmes, » lui avait dit Claudine avant qu'elle ne monte. Pourtant, cette dureté était le ciment de leur lien. Pendant des années, à travers les frontières, elles s'étaient écrit, appelées, s'étaient mutuellement empêchées de construire quoi que ce soit de sérieux avec d'autres. Elles étaient restées coincées dans ce pacte d'adolescence : être l'unique obsession de l'autre. Claudine observait la vie d'Alexandra à distance, analysant chaque photo, chaque mot, attendant patiemment le moment où le fruit serait mûr pour être cueilli. Leur amitié n'était pas une simple camaraderie ; c'était un entraînement. Un entraînement pour ce qui allait suivre, lorsque la distance ne serait plus qu'un souvenir et que leurs corps, devenus adultes, exigeraient enfin ce que leurs esprits se promettaient depuis toujours.
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