L’Ombre Du Silence

451 Words
Le trajet en voiture avait été une torture de politesse. Claudine, impériale derrière son volant, avait mené la conversation sur des sujets banals — les études, les professeurs, les souvenirs communs — avec une aisance chirurgicale. Pas un mot sur le voyage, pas un mot sur leurs promesses nocturnes. Ce silence sur l'essentiel agissait comme un poison lent pour Alexandra. Elle se sentait observée, disséquée sous le regard clinique de son amie qui semblait dire : « Je sais, mais je vais te laisser te détruire toute seule. » Après les salutations formelles aux parents d'Alexandra, où Claudine s'était montrée la "jeune femme parfaite et disciplinée" qu'ils appréciaient tant, elle s'était éclipsée. Depuis, c'était le désert. Pas un message, pas un appel. Claudine avait repris ses distances, laissant Alexandra seule avec ses démons dans sa chambre d'enfance. Pendant ce temps, le téléphone d'Alexandra ne cessait de vibrer. Marie, à des milliers de kilomètres, ne lâchait pas prise. — « Tu me manques tellement... je sens encore ton odeur sur mes draps... » Alexandra répondait, envoyant des messages vocaux fiévreux et des photos suggestives pour apaiser Marie, mais son cœur n'y était plus. Elle jouait la comédie de la passion virtuelle pour Marie tout en étant obsédée par la réalité glaciale de Claudine. Elle avait été frappée par la métamorphose de son amie : Claudine n'était plus la lycéenne autoritaire, elle était devenue une femme d'une sensualité magnétique, sûre d'elle, dont l'indépendance criait à travers chaque geste. Claudine vivait désormais seule dans un petit appartement moderne, loin de la domination oppressante de ses propres parents. Elle avait conquis son espace, son sanctuaire de psychologue en devenir, où elle imposait ses propres règles. Alexandra ne pouvait plus tenir. La culpabilité et le désir de confrontation l'étouffaient. Elle savait que Claudine était une femme de principes, une femme qui ne traînait jamais dehors une fois la nuit tombée. Elle connaissait ses habitudes par cœur. Ce soir-là, sans prévenir, Alexandra se prépara. Elle voulait percer cette armure de silence. Elle s'habilla avec soin, choisissant une tenue qui rappelait leur complicité tout en soulignant sa propre maturité. Elle prit la route vers l'appartement de Claudine, le ventre noué. Elle arriva devant la porte sombre. Le silence du couloir était lourd. Elle leva la main et frappa trois coups secs. À l'intérieur, elle entendit le bruit de pas assurés. La porte s'ouvrit sur une Claudine en tenue d'intérieur, un livre à la main, le regard aussi froid que le marbre. — Je me demandais combien de temps tu mettrais à craquer, dit Claudine en s'effaçant pour la laisser entrer. Entre, Alexandra. Il est temps que tu me dises qui a pris ma place pendant que je t'attendais.
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