Isai
- Mais roules plus vite, abrutis.
J'accélère encore, je suis avec Nino en voiture, on se fait encore poursuivre par les hommes de Fernando, ça fait trois semaines qu'Angelina est dans le coma, donc trois semaines qu'on se fait suivre par ces cons, sa chambre est surveillée, mais ça n'empêche pas que Fernando a essayé de rentrer pas mal de fois. Je vais la voir tous les jours, enfin je vais la voir les jours où les hommes et Fernando ne vient pas nous poursuivre.
Neil va la voir tous les jours, lui aussi, il s'occupe parfois de son chat, quand je ne peux pas, par exemple.
Les voitures des hommes nous encerclent, je braque le volant sur la droite, ce qui fait dériver la voiture en dehors de la route, après je braque le volant sur la gauche et la voiture dérive hors de la route, aussi.
Une voiture identique à la nôtre démarre derrière nous. Je tourne dans la première rue que je peux, Nino se tourne pour regarder.
- Ils sont sacrément cons ces Mexicains quand même, rigole-t-il.
Je ne rigole pas, je suis trop concentré, Angelina a fait un arrêt cardiaque cette nuit, je n'ai pas pu aller la voir aujourd'hui à cause de ces abrutis de mexicains. Si sa vie n'était pas en danger, je les aurais tués depuis un bon bout de temps.
- Mec, avoue, tu l'aimes bien ?
Je tourne la tête vers lui quelques secondes, puis je regarde la route, je fronce les sourcils, je l'aime bien ? Je ne sais pas, non, je ne crois pas, non, j'e suis sûr, pourquoi j'aimerais quelqu'un comme elle ?
- Non, je l'aime pas.
- Alors, pourquoi tu la protèges autant ?
Je ne réponds pas, je fixe la route, pourquoi je la protège autant ? Je ne sais pas. Non je ne l'aime pas, je ne l'aimerais jamais, je la protège parce que je vais gagner une grosse somme, je le fais seulement pour l'argent, rien d'autre.
- Pour l'argent. Rien d'autre.
Nino rigole doucement. Et ça m'énerve, je ne l'aime pas, pourquoi s'obstine-t-il à dire ça ?
- Bien sûr, pour l'argent, c'est pour ça que tu as tué un de mes hommes pour elle. Marmonne-t-il dans sa barbe.
Je serre le volant, au point où mes phalanges deviennent blanches. Je ne l'aime pas bordel ! Je ne veux pas l'aimer et même si je le voulais, je ne pourrais pas l'aimer.
Une voiture identique à la mienne apparaît derrière moi, je sais donc que c'est la voiture que j'ai demandée à Neil.
Je roule quelques minutes encore avec la voiture derrière moi, puis je tourne dans une rue, et je vois dans le rétroviseur qu'ils suivent maintenant la mauvaise voiture.
Nino se laisse tomber contre le siège, j'éteins le contacte, je mets le frein à main, et je me laisse tomber, moi aussi, contre le siège.
Nino, quand nous nous faisons courser par ces cons, j'ai l'impression que c'est comme une première fois, je trouve ça très bizarre, c'est un chef de mafia, je ne lui demande pas pourquoi il réagit comme ça, sûrement l'adrénaline.
- On fait quoi, maintenant ?
Je tourne la tête vers lui, il regarde toujours devant lui.
- Bah, on rentre, tu veux qu'on fasse quoi ?
Il sourit, puis il se tourne vers moi.
- Aller aux putes, ça nous fera pas de mal, mec ça fait trois semaines, trois putains de semaines qu'on fait rien à part aller voir la meuf à moitié morte sur son lit d'hôpital ou on se fait courser par les autres cons de mexicains.
J'allume le moteur, je tourne la tête vers lui.
- On ira quand son état sera stable.
- Quand elle sera morte quoi, c'est-à-dire dans... environ deux jours, dit-il avec un sourire narquois aux lèvres.
Je regarde la route, j'inspire bruyamment, je baisse le frein à main, puis je démarre. Je ne prête pas attention à ce qu'il dit, m'envoyer en l'air me tente bien, je veux bien y aller, mais je ne peux pas, Angelina est bien plus en danger que Nino le pense, il ne le sait pas, car je ne lui ai pas dit, et je ne lui dirais pas, enfin, pas pour l'instant, il est trop instable ce mec, il réagit au quart de tour. S'il sait que je lui ai caché ça, il va péter un câble, il s'en fout pas mal d'elle, ce que je comprends, j'étais pareil que lui avant que je ne la voie ce jour-là.
Le trajet jusqu'à l'hôpital a été silencieux, aucun de nous deux n'a parlés, et c'était bien mieux ainsi.
Lorsque nous arrivons sur le parking, je me gare, j'éteins la voiture et au moment où j'allais ouvrir la portière, Nino se tourne vers moi, il ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais il ne dit rien, il reste comme ça la bouche ouverte. Je hausse un sourcil.
- Quoi ? Tu veux me dire quoi ?
Il secoue la tête, puis il ouvre sa porte et sort. Je ne cherche pas plus que ça, et je sors à mon tour aussi.
Je monte jusqu'à la chambre d'Angelina, je l'ouvre et comme toutes les autres fois, je la trouve toujours endormie, toujours allongée sur ce lit, le visage pâle, ses joues sont creuses, son corps est faible et maigre, ses lèvres sont gercées, ses cheveux sont secs, on pourrait croire quelle est morte, mais le bip régulier et incessant des battements de son cœur, nous fait comprendre qu'elle est en vie. Je m'approche d'elle, Nino ne rentre pas, comme à chaque fois, il va encore essayer de baiser une des infirmières. Son chat est là, en train de dormir sur ses jambes, comme à son habitude. Je m'assois sur le fauteuil pas très loin du lit, et je la regarde, j'attends qu'elle se réveille, je reste ici jusqu'à très tard pour la protéger.
Quelques heures sont passées, environ deux heures, je ne me suis pas endormi, je n'y arrive pas, la machine des battements de son cœur bip de plus en plus, je me lève, je m'approche d'elle, je vois un de ses doigts bouger légerement.
- Mmh...
Je regarde son visage, je vois qu'elle essaye d'ouvrir ses yeux et que ses lèvres remuent, elle arrive à ouvrir les yeux, elle ne me voit pas tout de suite, quand elle me voit, elle cligne plusieurs fois des yeux, les battements de son cœur se calme, la porte s'ouvre et un médecin entre dans la pièce.
Rapide le mec.
- Bonjour.
Angelina et moi tournons la tête en même temps vers l'homme. Il s'approche du lit.
- Comment vous sentez-vous ?
Elle ne répond pas immédiatement, elle avale plusieurs fois sa salive.
- J'ai envie de vomir, un peu.
- D'accord, il hoche la tête, comment vous appelez-vous ?
- Angelina.
- Votre nom de famille ?
- Rosa.
- Votre date de naissance ?
- 18 juillet 2000.
- Bien, dites-moi maintenant, si vous savez qui est la personne à côté de vous.
Elle se tourne vers moi, elle me regarde quelques secondes, je lui montre ma main et la sienne discrètement. Elle voit la bague à son doigt, elle ouvre grand les yeux, puis elle regarde le médecin.
- Mon fiancé.
- Son prénom et son nom ?
- Isai... Muñoz.
Je retiens un sourire, je lui ai mis cette bague, pour que le personnels de l'hôpital ne se posent pas de questions, même si j'en ai rien à foutre, mais elle est recherchée par les flics, donc j'ai prétendu que nous étions fiancés pour ne causer aucun problème. Le médecin sourit, puis il se tourne vers moi.
- Tout devrait aller, nous devons faire des examens pour être sur que tout va bien.
- Quand ?
- Je reviendrais vous le dire, mais sûrement demain.
- Elle peut sortir quand ?
- Dans quatre à cinq jours, je pense.
Je hoche la tête, le médecin me sourit, puis il sourit à Angelina, elle lui rend en retour et il srort de la pièce. Une fois que le médecin est sorti, Angelina me regarde longuement. Je hausse un sourcil.
- Fiancés, sérieux Isai, fiancés.
Je souris comme un con, sa voix m'avait manqué, et je crois qu'à Junior aussi, je vais m'assoir, pour éviter tous moments très gênants.
Elle continue de me regarder en attendant une réponse.
- Isai, je peux te dire un truc ?
Je lui fais un signe de tête pour l'inciter à me le dire.
- T'as maigri, beaucoup.
Je continue de la regarder, je sais que j'ai perdu du poids, beaucoup comme elle la dit, mais je ne pensais pas que ça se voyait autant. Je hausse les épaules.
- Toi aussi, t'as maigris, beaucoup. Je répète ses mots.
Elle sourit.
- Oui, mais moi j'étais dans le coma.
- Et moi, je te surveillais, je peux pas tout faire, madame.
Elle sourit de plus belle.
Angelina
Je regarde Isai, il a maigri, mais il est toujours aussi beau. Ses cheveux noirs ont poussé, il y a plusieurs mèches qui lui tombent sur le front maintenant, ses sourcils sont légerement fourni, il y a du sang sécher le long de sa tempe, ses joues sont légerement creuses, ses yeux verrons ont des cernes, sa lèvre inférieure a une coupure encore ouverte, il a une barbe de trois jours. Plus je le regarde, plus je le trouve beau, mais je ne comprends pas pourquoi je le trouve si beau, bien sûr qu'avant que je me fasse tirer dessus je le trouvais beau, mais pas comme ça ! Et lui aussi, pourquoi il me regarde comme ça ? Déjà je dois ressembler à un cadavre vivant, ensuite, il ne me supporte pas, je suis là seulement parce qu'il va gagner de l'argent. Cette pensée réveille en moi une sorte de tristesse, je ne sais pas pourquoi.
J'ai la gorge sèche, Isai le voit, il se lève, sort de la chambre, il revient quelques minutes après avec deux verres d'eau. Il referme la porte avec son pied.
Il s'avance jusqu'à moi, je me redresse pour éviter de m'étouffer, il me donne le verre, je le bois d'une traite. Je lui redonne le verre, Isai continue de me fixer, je me demande à quoi il peut bien penser, il me tend le deuxième verre d'eau, je lui fais signe non de la tête. Il va se rassoir sur son fauteuil et il boit le verre d'eau. Je me demande aussi, pourquoi me surveillait-il ? Il n'en a rien à faire de moi, pourquoi est-il encore là à me fixer ?
Quelque chose monte sur mon corps, je tourne la tête pour voir ce que c'est, et je vois mon chaton qui n'en est plus vraiment un. Je le porte jusqu'à ma poitrine pour le prendre dans mes bras, il ronronne, je suis tellement contente qu'il soit là. Il se frotte contre mon visage, je continue de le caresser, je ferme les yeux, il se calme, et il se couche sur ma poitrine et il s'endort en quelques secondes.
Vrai dormeur celui-là.
Je regarde Isai, il regarde son téléphone, il a la mâchoire contractée, ses yeux n'ont jamais été aussi sombre, il serre fort son téléphone, tant qu'il pourrait exploser à tout moment. Je continue de le regarder, quel message pourrait le mettre dans un tel état ?
J'essaye de me redresser pour me lever, mais à peine je m'assois, je retombe directement dans le lit, et mon chat, c'est réveillé, il s'est lever et c'est posé à côté de mon corps. Je tourne la tête, il me regarde, mais sans vraiment me voir.
- Isai, qu'est-ce qu'il y a ? Il ne répond toujours pas, je claque des doigts pour le faire réagir, Isai, ouh ouh ! T'es là ? Je laisse tomber mes bras. Isai, t'es mort, tu veux que j'appelle quelqu'un, on est dans un hôpital, donc il y a tout ce qu'il faut. Je ne le regarde plus, je regarde le plafond.
Je repense à mes parents, s'ils y savaient tout ce qui se passe, si mon père savait que son propre frère avait tiré sur sa fille, en fait, je ne sais pas comment il réagirait, mal je suppose, ou peut-être qu'il ne ferait rien, comme ma mère par exemple, je repense à tout ce que j'ai fait pour essayer de les rendre un tant soit peu fiers de moi, c'est arriver une fois, quand je suis parti en France pour aller chez une amie, ça n'a pas durée longtemps, j'ai appris qu'elle restait avec moi, juste parce que j'avais de l'argent, je suis rentrée chez moi, et je ne suis plus sorti de ma chambre pendant au moins trois jours, ce qui n'a pas dérangé mes parents.
Je sens du mouvement à côté de moi, je tourne la tête et je vois qu'Isai est juste à côté du lit, il se penche vers moi.
- Tu vas mourir Angelina.