2. Mexique
Angelina
Les écouteurs encore dans les oreilles, le taxi me conduit vers la villa de mon oncle.
- Mademoiselle, mademoiselle !
La voix du taxi me fit sortir de mes pensées.
- On est arrivé.
- Oh, oui d'accord, je lui tends un billet de cinquante dollars, la route a été longue pour ma défense, et depuis quand je dois me défendre pour donner de l'argent a quelqu'un, peu importe, je prends mes affaires et sort de la voiture.
Je me dirige vers le portail de la propriété qui est devant moi. Avant de pouvoir appuyer sur la sonnette, je reçois un énorme coup dans le dos, je tombe par terre par surprise.
- Tu viens faire quoi ici, hein sale pute ?
Mauvaise idée.
Je me lève d'un coup, je lui mets un coup de poing dans la mâchoire, il recule de quelques pas sous l'impacte du coup. Sans lui laisser le temps de se reprendre, je prends son bras et lui tore dans le dos, il gémit de douleur et pose un genou à terre.
C'est même pas drôle, le mec, il se laisse faire comme une victime.
Après, c'est une victime un peu, mais c'est drôle quand ils essayent de se défendre même quand c'est peine perdue.
Je le laisse tombé par terre. Il se relève rapidement, mais douloureusement apparemment vu les bruits qu'il fait. Lorsqu'il se relève je regarde son cou et je vois le tatouage du cartel de mon oncle.
Pathétique.
Je kiffe ce mot, oui.
Il ouvre grand les yeux et il met ses bras devant lui comme pour se protéger et commence à reculer.
- Il faut que je parte.
Et il part en courant. Lâche. Et dire qu'il fait partie d'un des cartels les plus puissants du monde et tu trouves encore des mecs comme lui. Peut-être qu'il est plus dedans. Enfin je l'espère.
Je sonne, on m'ouvre. Je rentre. Deux gardes viennent me voir.
- Vous êtes ?
- Angelina Rose, la nièce de Fernando Rosa.
- Carte d'identité.
Je sors ma carte d'identité, Non sans râler et lui tends.
- Allez-y.
Je ne prends pas la peine de répondre et me dirige directement vers l'allée qui mène a l'entrée de la villa.
À quelques mètres de l'entrée, je reçois un énorme coup sur la tête. Et, trou noir.
Je me réveille avec de fortes douleurs à la tête, j'ai du mal à ouvrir les yeux, et à première vue, je suis dans un hangar avec, je crois, presque pas de lumière.
Une forte détonation me fit sursauter et deux silhouettes entrèrent dans la pièce. Je ne comprends pas tout ce qu'ils se disent, juste quelques mots. Vous... avez trouvé... là-bas. Les mots résonnaient dans ma tête comme un écho et ma tête tournait. Elle m'a profondément blessé. Petit à petit, je commence à mieux distinguer les mots,
- Elle était allongée par terre et Ivan l'a trouvée alors il nous l'a amenée.
J'entends une deuxième voix.
- Il a dit quoi le patron ?
- Il a rien dit, mais il va pas tarder à arriver normalement. Et en même temps, il y a un bruit, un silence froid s'abat dans le hangar, seul le bruit des pas résonnent dans le pièce. Puis tout à coup il n'y plus rien, ça s'est arrêté.
Va-t-il me torturer ? Suis-je au mauvais endroit ? Mais je suis sûr que c'est ici.
- Ouvre les yeux. Il est proche de moi, très proche de moi, à tel point que je peux sentir son souffle contre mon visage. Est-ce qu'il faut que je me répète ? J'ouvre les yeux et là...
Je vois mon oncle devant moi, il parut aussi choqué que moi. Pourquoi il n'a pas reconnu mon visage avant ?
- Angelina ?
- Oncle Fernando ?
- Angelina, que fais-tu là ? J'ai cru que tu viendrais pas vu que je t'ai pas vu arriver ce matin.
- Oui, j'ai raté l'avion, un léger contre-temps. Et est-ce que tu... Enfin tu pourrais enlever ça ? Bafouillais-je en agitant mes mains.
- Oui bien sûr, Luis enlève-lui.
Le fameux Luis enlève les chaînes accrochées à la chaise. Une fois les chaînes enlevée, je masse mes poignets rougis.
- Suis-moi, on va rentrer. Me fit mon oncle.
Je le suis sans un mot.
- Il est où mon chat ? Demandais-je.
- À l'intérieur, on lui a donné à manger. Me répond un des hommes de tout à l'heure.
- D'accord, merci.
Sa seule réponse, un hochement de tête.
Et retourne avec mon oncle.
- Ton léger contre-temps, c'était quoi ? Me demande mon oncle.
- Les flics, ils m'ont retrouvés et j'ai dû appeler Neil pour qu'il m'aide.
Il hoche la tête et continue sa route jusqu'à la villa. Nous entrons à l'intérieur de la villa de mon oncle. Il demande à une des domestiques de me conduire jusqu'à ma chambre. Je la suis.
- Voici votre chambre Mademoiselle Rosa.
- Vous pouvez m'appeler Angelina.
- Je n'ai pas le droit Mademoiselle.
- Je sais, mais je vous le dis vous pouvez m'appeler par mon prénom, même si mon oncle ne veut pas. Il cède souvent à mes caprices. Avec un sourire sincère.
C'est complètement faux, mon oncle n'a JAMAIS cédé à un seul de mes caprices.
Je sais ce que c'est d'être traité comme une moins que rien, et je pense que mon oncle n'est pas si dur que ça, comparé à toutes les personnes que j'ai pu rencontrer comme patron ou patronne dans ma vie.
Perdu dans mes pensées, je ne l'ai même pas vu me déposer des habits propres sur le lit. J'entends l'eau couler dans la salle de bain. Je me dirige vers la salle de bain et je vois la domestique me couler un bain, d'ailleurs je ne sais même pas comment elle s'appelle.
- Vous vous appelez comment ? Ose lui demander.
Elle se retourne vers moi avec un grand sourire coller au visage.
- Je m'appelle Nalia.
Je me tends instantanément. Mais je me force à sourire, je crois qu'elle n'a pas remarqué mon changement radical, car elle retournait faire couler le bain sans me poser de question.
- C'est un joli prénom.
- Merci Mademoiselle.
- Par pitié, appelez-moi par mon prénom. La suppliais-je.
Elle lâche un petit rire silencieux.
- Je vais essayer, mais je ne vous promets rien Made- Angelina.
Je lui souris puis retourne dans la chambre. Pourquoi il l'a fallu qu'elle s'appelle comme ça.
Peut-être que c'est elle ?
Non elle est partie, il faut que je l'oublie.
Pourtant, on dirait qu'elle a son âge.
En entrant dans ma chambre, je vois mon chaton allongé sur le lit en train de dormir, je m'approche doucement pour ne pas le réveiller.
- Mon petit Sucre, j'ai failli t'oublier là-bas, quelle mère oublie son bébé ? Moi, apparemment. Quelle mauvaise mère je suis. Je souris tristement en le caressant tout tendrement pour ne pas le réveiller.
Cette petite boule de poils a toujours été là pour moi, enfin elle est surtout arrivée au bon moment.
Je m'allonge sur le lit et fixe le plafond perdu dans mes pensées. Je repense à ce qu'il s'est passé chez moi, les images n'ont pas quitté mon esprit, elles tournent en boucle comme un film. Quand on me regarde, quand on voit comment j'agis, on pourrait croire que ça ne m'a rien fait, mais c'est tout le contraire.
En même temps, mes parents viennent d'être tués.
Oui je sais, merci de me le rappeler. Mais j'ai été éduquer à ne JAMAIS montrer mes émotions, car selon mon père, les émotions sont là plus grosses des faiblesses dans le monde dans lequel je vis, enfin qu'on vivait. Une partie de moi est morte là-bas quand j'ai découvert la chambre, le sang, leurs corps. Je suis morte en même temps que mes parents.
Une personne me tire de mes pensées bien trop sombres.
- Venez prendre votre bain, mademoi- Angelina. Excusez-moi. Elle baisse les yeux. Je me lève, prend son menton et relève sa tête pour qu'elle me regarde.
- Ne vous excusez pas, vous vous y ferait, ne vous inquiétez pas.
Elle me sourit et me conduit jusqu'à la salle de bain. Je me déshabille. Et elle me lave, je ne suis pas gênée. Après ce que j'ai vécu plus rien ne me gêne.
•
- Je vais m'occuper des flics, avec un peu de fric, ils te laisseront tranquille.
Cela fait 1 heure environ que je discute avec mon oncle. On n'aborde pas le sujet de mes parents. Sujet tabou. Je suppose.
J'en parle ou non ? Oui ? Non ?
- Et sinon, pour maman et papa, on fait comment ?
Je regrette aussitôt d'avoir ouvert ma bouche, quand je vois le corps de mon oncle se tendre à l'évoque de ma question.
- On ne peut rien faire. Puis c'est pas comme si tu voulais les enterrer.
Puis il part me laissant seule comme une débile, avec mes idées plus noires les unes que les autres.
Pourquoi il a dit ça ? J'ai fait quelque chose de mal ? Pourquoi je ne voudrais pas enterrer mes parents ? C'est complètement stupide, mes parents je les aime, non ?
Puttana (putain), il arrive à me faire douter des sentiments que j'ai envers mes parents avec une simple phrase, juste quelques mots. Il porte bien son nom, l'homme sans cœur. Quand j'y repense, c'est nul comme surnom, enfoiré, passe mieux je trouve. Je sors de la cuisine énervée part ce que mon oncle vient de me dire.
Je ne comprends pas pourquoi il dit ça ? Je les aime mes parents, je les aime plus que tout. Alors pourquoi je ne suis pas en train de pleurer dans mon lit ? Pourquoi je ne suis pas triste ? Pourquoi ? Pourquoi ? Que des pourquoi. Que des questions. Mais des questions sans réponses.
Je m'enferme dans ma chambre, non sans avoir claqué la porte. Un réflexe que j'ai pris chez mes parents.
Pourquoi aucune larme ne coule sur mon visage ? Pourquoi je ne pleure pas ? J'ai besoin de réponses à mes questions.
Je fais les cent pas dans ma chambre depuis au moins 1 heure en essayant de trouver les réponses à mes questions, surtout une question.
Pourquoi je ne pleure pas la mort de mes parents ?
Je ne trouve pas, je n'arrive pas à savoir pourquoi je ne suis pas triste.
Mon chaton vient de frotter à mes jambes, je m'assois par terre et il monte sur moi. Je souris tristement, mais tristement au moins, ça veut dire que je suis un peu triste quand même. Je le caresse, essayant toujours de trouver une réponse à ces foutues questions. Sucre s'allonge sur moi.
Sucre, je lui ai donné ce prénom, car son pelage est spécial, mais magnifique. Quand tu ne sais pas que c'est un chat, de loin on pourrait croire que c'est petit tas de sucre.
C'est ce que j'ai pensé la première fois que je l'ai vu.
Je rigole en me rappelant la première rencontre que j'ai eue avec cette minuscule créature.
Des coups à la porte me ramènent à la réalité.
- Oui ?
- Le dîner est prêt.
- J'arrive.
Je me lève en portant mon chaton, et la dépose sur mon lit, je lui fais un dernier bisou sur le haut de son crâne tout doux, et sors de ma chambre. Je n'ai pas vraiment faim, mais je vais me forcer quand même.
En arrivant dans la salle à manger, je vois mon oncle, il ne me regarde pas.
Ça commence bien.
Je n'y prête pas attention, et m'assois à une place, pas besoin de vous préciser que je me place le plus loin possible de lui.
Nalia, nous dépose nos assiettes avec un mole poblano. Un plat typique du Mexique, de ce que m'avait dit mon oncle quand j'étais plus jeune. Nous mangeons dans le silence, aucun de nous parle.
Putain, on se croirait à la morgue.
Je manque de m'étouffer suite à mes pensées. Mon oncle me lance un regard noir. Il me regarde au moins. Je lui rends son regard, on se dévisage pendant environ 5 minutes, puis il détourne le regard, j'ai gagné, cette pensé m'arrache un petit sourire.
Je suis dans ma chambre allongée avec Sucre endormi sur mon ventre. La musique à fond dans mes oreilles, un livre à la main, je suis en train de lire un livre.
Cela fait 4 heures que je suis sorti de table, après avoir parlé avec mon oncle pendant qu'on mangeait.
- Nalia va bien ?
Je stoppe tous mouvements à l'évoque de ce prénom. Je le regarde haineuse.
- Et toi, comment va Veronica ?
Son sourire disparaît d'un seul coup. Un petit sourire victorieux apparaît au coin de mes lèvres.
- NE PARLE PLUS JAMAIS D'ELLE, C'EST COMPRIS ? Il hurle tellement fort que je suis sonnée quelques secondes.
- Tu l'as oublié, hein ? Laisse-moi rire. Puis je quitte la table avec un grand sourire scotché au visage.
Depuis je suis enfermée dans la chambre à lire ce livre. Je rêve de vivre une histoire d'amour moi aussi. Mais, je ne vis pas dans un livre où tout est beau, tout est rose. Même si j'espère secrètement que ça arrive.
J'entends mon oncle parlait, je suppose qu'il est au téléphone, j'écoute ce qu'il dit, par curiosité.
- C'est la mafia italienne qui nous a attaqué ?
...
D'accord, j'arrive, je suis là dans 10 min.
La mafia italienne aurait attaqué la mafia mexicaine, mais c'est du suicide, la mafia mexicaine est dix fois plus puissante que la mafia italienne. Ah ces Italiens, ils me font bien rire des fois, enfin surtout ceux qui sont dans la mafia, ils font les gros durs, mais au fond, c'est des Bisounours. Je regarde l'heure, 0:16.
Je ferme mon livre, je le dépose sur ma table de chevet, éteint la lumière et me couche.
Je commence à tomber dans les bras de Morphée, des coups de feux me réveillent en sursaut.
- ANGELINA, JE SAIS QUE T'ES LÀ, ALLER SORS DE TA CACHETTE, FAUT QUE JE FINISSE LE TRAVAIL, TU COMPRENDS.
Milo.