Épisode 12

1375 Words
« Sois gentille, d’accord ? » murmura Elliot en effleurant la chevelure soyeuse de Hayley. La jeune femme se sentit transportée par un sentiment d’exaltation. Recevoir un tel geste d’attention de sa part la remplissait d’une satisfaction qu’elle peinait à dissimuler. Contrairement à Anastasia, qui ne se laissait jamais dompter, Hayley goûtait avec délice à cette marque de faveur. Pourtant, la peur d’en faire trop la freina : elle savait qu’un excès d’ambition pouvait lui coûter cher. Elle décida donc de jouer la carte de la douceur. Elle n’avait pas la beauté éclatante de certaines femmes, alors elle misait sur la tendresse, espérant qu’Elliot finirait par succomber à ce charme discret. Dans son esprit, la victoire était presque acquise : Anastasia ne tarderait pas à être congédiée. Elle se permit un sourire en s’éloignant. Dès qu’elle disparut, Elliot décrocha le combiné et appuya sur un bouton. « Oui ? » La voix d’Anastasia résonna à travers l’interphone. « Montez tout de suite à mon bureau. » Le ton d’Elliot était sec, glacial. Anastasia, restée seule dans son espace de travail, ferma un instant les yeux. Elle comprit que l’heure des comptes avait sonné. Si c’était la fin, elle partirait la tête haute. « Je démissionnerai s’il le faut », pensa-t-elle en entrant dans l’ascenseur menant au huitième étage. Lorsqu’elle pénétra dans le vaste bureau du président, Elliot l’attendait, le regard dur, la mâchoire crispée. L’atmosphère semblait chargée d’électricité. « Explique-toi », lança-t-il sans préambule. Elle soutint son regard, impassible. À quoi bon se justifier ? Il croirait aveuglément Hayley. Elle fronça les sourcils. « Et Hayley, exactement, qui est-elle pour toi ? » demanda-t-elle d’une voix froide. « Tu oublies que tu es sous mes ordres, Anastasia », répliqua-t-il. « Et puisque tu es en tort, c’est à toi de répondre, pas de poser des questions. » Anastasia esquissa un sourire ironique. « Tu veux une explication ? Tu l’as vue, non ? Je lui ai donné une gifle. Voilà tout. » Elliot se redressa, les sourcils froncés. « Pourquoi l’avoir frappée ? Parce qu’elle voulait déposer une plainte contre toi ? » Elle baissa légèrement la tête, puis répondit d’un ton ferme : « C’était une affaire personnelle. Oui, j’ai eu tort d’être violente, mais elle le méritait. » Elliot l’observa longuement. Était-ce la douleur de ses pertes familiales qui avait fait d’elle une femme aussi fière, aussi inflexible ? Il soupira. « Si tu reconnais ton erreur, je peux arranger les choses. » « Reconnaître mon erreur ? Tu veux dire m’humilier devant Hayley ? » Elle eut un rire bref, presque méprisant. « Jamais. » L’agacement monta chez Elliot. « Ici, on travaille. Ce n’est pas un champ de bataille. » Il sentait la lassitude l’envahir. Anastasia était la fille de l’homme qui lui avait autrefois sauvé la vie, mais elle lui rendait la tâche difficile. Et Hayley… Hayley représentait le fantôme d’un passé qu’il avait désespérément cherché à retrouver. Anastasia, le visage fermé, lâcha soudain : « Très bien. Je démissionne. » Elle fit un pas vers la porte, décidée à ne plus jamais croiser son regard. « Anastasia ! » La voix d’Elliot la fit s’immobiliser. Elle resta figée, sans se retourner. L’idée qu’il puisse être l’amant d’Hayley la révulsait. Quel gâchis, pensa-t-elle avec amertume. Un homme comme lui, si séduisant, et pourtant si aveugle. « Je ne te renverrai pas », déclara Elliot d’un ton plus calme. « Mais je veux ta parole que ça ne se reproduira plus. Entendu ? » Elle resta silencieuse. Malgré tout, elle savait qu’abandonner ce poste serait un crève-cœur. Elle aimait son métier, l’univers du design, et Bourgeois était devenu son foyer professionnel depuis trois ans. Finalement, elle se retourna, planta ses yeux dans ceux d’Elliot et dit : « Tu devrais te méfier de Hayley. Elle n’est pas celle que tu crois. Ne sois pas dupe de ses manières. » « Et pourtant, c’est toi qui as levé la main sur elle », répondit-il froidement. S’il avait su ce qu’Anastasia avait réellement ressenti, il en aurait frémi. Une part d’elle aurait voulu effacer Hayley de la surface de la terre. Mais elle garda le silence, consciente qu’Elliot n’était pas prêt à entendre la vérité. Lorsqu’elle regagna son bureau, la rumeur de son entretien avec le président se répandit comme une traînée de poudre. Personne ne comprenait comment elle avait pu s’en tirer après avoir frappé la compagne d’Elliot. Grace s’approcha d’elle, une tasse de café à la main. « Mademoiselle Tillman, tout va bien ? » demanda-t-elle avec bienveillance. — Je vais bien. La voix d’Anastasia vibrait d’une tension contenue. Elle posa son stylo avec un claquement sec et se massa les tempes, le regard perdu dans le vide. — Qu’est-ce qu’ils racontent dehors ? demanda-t-elle d’un ton froid. Grace hésita avant de répondre : — Mademoiselle Tillman, vous feriez mieux de ne pas prêter attention à ces commérages. — Dis-le-moi quand même. Grace soupira. — On prétend que tu bénéficies de la protection d’un homme si influent que même le président Presgrave ne pourrait rien contre toi. D’autres vont jusqu’à dire… que tu es sa maîtresse. Selon eux, la femme qui t’a confrontée aurait découvert votre liaison. Un éclat ironique traversa les yeux d’Anastasia. L’idée d’être liée sentimentalement au petit ami de Hayley lui donna presque envie de rire tant c’était absurde. Quelle idiotie. Peu après, Felicia la convoqua dans son bureau. Son ton fut glacial : elle exigea qu’Anastasia revoie entièrement sa manière d’aborder la clientèle, faute de quoi, elle se chargerait elle-même de la renvoyer, peu importe l’avis d’Elliot. Anastasia resta muette. Expliquer les choses aurait été inutile — trop d’histoire, trop de blessures anciennes, surtout celles qu’elle partageait avec Hayley. Et puis, la honte de ce qu’elle avait vécu cinq ans plus tôt l’empêchait d’en parler à quiconque. Pourtant, à son retour au bureau, son humeur s’éclaircit légèrement quand son téléphone vibra. — Allô ? — Tu sembles épuisée, fit une voix masculine au bout du fil. — Je le suis, répondit-elle avec un petit rire. Quand rentres-tu ? — D’ici quelques jours. Mais j’ai une surprise pour toi : un grand salon de la haute joaillerie aura lieu bientôt. Je t’ai inscrite sur ma liste d’invités. Tu pourras t’y promener à ta guise ; je parie que plusieurs de tes bijoux favoris y seront exposés. — Sérieusement ? Quelle merveille ! C’est quand ? L’excitation monta en elle. — Ce samedi, à dix-neuf heures. L’événement durera deux heures, pas plus. Jared pourra être gardé par quelqu’un d’autre ? demanda-t-il avec une légère inquiétude. — Bien sûr. Mon assistante ou mon père pourront s’en charger. Elle ne voulait pas manquer pareille occasion : un lieu où brillaient les créations des plus grands joailliers du monde. — Parfait. Profite bien de ta soirée. À mon retour, je t’invite à dîner. — Marché conclu. J’ai hâte. Elle raccrocha, un sourire au coin des lèvres, l’image d’un visage séduisant lui traversant l’esprit. L’appel venait de Nigel Manson, un ami de longue date. Issu d’une famille aisée, Nigel l’avait connue avant qu’elle ne revienne au pays. Elle le considérait comme un allié précieux, quelqu’un sur qui le destin semblait avoir voulu qu’elle tombe. Samedi soir… plus que deux jours. Une attente douce commença à s’installer. Pendant ce temps, dans une demeure fastueuse, Hayley pressait une poche de glace contre sa joue meurtrie. La douleur l’irritait autant que la colère qu’elle nourrissait envers Anastasia. Mon visage, pensa-t-elle, c’est mon atout le plus précieux, et cette g***e a osé le frapper. Qu’elle brûle ! — Tu vas me le payer, Anastasia, murmura-t-elle entre ses dents. Elle attrapa son iPad et parcourut distraitement les nouvelles. Son regard s’arrêta sur une photo d’une célébrité exhibant une invitation pour le même salon de joaillerie. Un éclair d’envie traversa son esprit. Ce genre d’événement était réservé à l’élite, mais si elle parvenait à s’y introduire, cela pourrait asseoir sa réputation dans les cercles mondains. Elle savait pourtant qu’un tel milieu n’était pas le sien. Pourtant, une idée germa : et si elle profitait du nom des Presgrave pour s’y faire une place ? Un mince sourire se dessina sur ses lèvres. Le jeu, décidément, ne faisait que commencer.
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