« Sors d’ici ! Je ne veux plus te voir ! » cria Anastasia en désignant la porte d’un geste tranchant.
Hayley, un sourire narquois au coin des lèvres, répliqua d’une voix acide :
« Toujours aussi irritable, on dirait. Ton petit ami n’était pas assez viril pour toi, c’est ça ? Tu devrais apprendre à être plus aimable… sinon je risque de parler de ce que tu caches si bien. Quand tout le monde saura, on verra jusqu’où tu grimperas dans cette boîte. »
Sans un mot, Anastasia décrocha le combiné et appela Grace.
« Monte tout de suite, s’il te plaît. »
Lorsque son assistante entra, elle désigna froidement Hayley, installée sur le canapé.
« Elle n’a rien à faire ici. Raccompagne-la. »
Hayley croisa les bras, provocante.
« Détrompe-toi. Je suis venue pour commander un bijou. Tu travailles bien ici, non ? »
Mais Anastasia ne l’écoutait déjà plus. Ses yeux s’étaient posés sur le collier scintillant autour du cou de la visiteuse. Une crispation passa sur son visage.
Ce bijou… c’était le sien. Son chef-d’œuvre. Comment cette femme pouvait-elle le porter ? Était-ce une imitation ? Ou pire, le véritable collier volé ?
La colère lui monta au visage.
« Tu as deux secondes pour déguerpir avant que je ne perde patience », lança-t-elle, la voix vibrante d’émotion.
Hayley se redressa, les mâchoires serrées.
« Je vais signaler ton insolence à ton supérieur. Crois-moi, tu vas le regretter. »
Grace, abasourdie, resta figée. Elle avait d’abord cru que cette femme était une cliente, avant de comprendre la tension qui empoisonnait l’air. Dès qu’Hayley quitta la pièce, elle supplia Anastasia :
« Ne la laissez pas faire, Mademoiselle Tillman. Si elle dépose une plainte, cela pourrait vous nuire. »
Mais Anastasia, bouillonnante, ouvrit la porte avant que son assistante ne puisse la retenir. Hayley, déjà dans l’espace commun, hurlait à qui voulait l’entendre :
« Faites venir votre patronne ! Je veux déposer une plainte contre votre designer ! Elle refuse de me servir et m’insulte ouvertement ! »
Les employés s’immobilisèrent, stupéfaits. Personne n’osa intervenir.
Anastasia s’avança lentement.
« Qu’est-ce que tu veux, exactement ? » demanda-t-elle d’une voix glaciale.
Hayley la fusilla du regard.
« Je veux que tu sois virée. »
Cette phrase fit éclater la colère qu’Anastasia retenait depuis trop longtemps. Les humiliations du passé, la rancune accumulée depuis cinq ans… tout jaillit d’un coup.
Avant même d’en prendre conscience, sa main claqua sur la joue de Hayley.
Un silence tomba. Hayley, sous le choc, porta la main à son visage.
« Tu viens de frapper une cliente… » souffla-t-elle, la voix tremblante, avant de s’effondrer sur le sol.
Les spectateurs échangèrent des regards effarés. Personne n’aurait imaginé Anastasia capable d’un tel geste.
Elle, pourtant, restait figée, les yeux rivés sur le collier. Cette parure prétentieuse, grotesque même, lui paraissait fausse à présent. Dans un élan incontrôlable, elle se pencha et arracha brutalement le bijou du cou de Hayley.
« Non ! » hurla celle-ci en tentant de la repousser.
« C’est une pièce unique ! Elle vaut une fortune ! Tu n’as pas le droit ! »
Elles se débattirent, les doigts crispés sur la chaîne, jusqu’à ce qu’une voix grave tonne derrière elles :
« Anastasia, arrête ! »
Elle se figea. Hayley, qui avait reconnu cette voix, leva lentement les yeux.
Elliot se tenait là, la mine sombre, sorti de l’ascenseur.
La stupeur la coupa net. Que faisait-il ici ? Comment connaissait-il Anastasia ?
Elliot s’approcha et saisit le poignet d’Anastasia, son regard dur comme la pierre.
« Tu comptes continuer longtemps tes folies ? » murmura-t-il entre ses dents serrées.
Puis il se tourna vers Hayley, qui, soudain, perdit toute arrogance. Elle recula d’un pas, glacée par la peur.
Elliot s’accroupit doucement près d’elle, et sa voix, adoucie tout à coup, rompit la tension :
« Est-ce que tu vas bien, Hayley ? »
— « Elliot… j’ai mal… » souffla Hayley d’une voix tremblante. Ses paupières battirent, et soudain, des larmes abondantes ruisselèrent sur ses joues. D’un geste théâtral, elle s’effondra dans les bras d’Elliot, toussant faiblement tout en dissimulant son cou sous sa main, comme si la douleur l’étouffait.
Anastasia, figée, contempla la scène, incrédule. Jamais elle n’aurait imaginé qu’Hayley et Elliot se connaissent, encore moins qu’il la traite avec une telle tendresse. Une foule de questions se bousculait dans son esprit : quel lien les unissait ? Était-ce une comédie ? Autour d’elle, les témoins se taisaient, craignant pour son avenir professionnel ; frapper l’homme de la présidente équivalait à signer sa propre disgrâce.
Derrière ses pleurs feints, Hayley observait Anastasia à la dérobée. Un sourire invisible se dessina dans son regard embué : manifestement, la jeune femme n’avait pas le moindre soupçon de ce qui s’était passé la nuit précédente. Elle sentit une bouffée de soulagement l’envahir ; le secret demeurait sauf.
— « Elliot… porte-moi, s’il te plaît… » murmura-t-elle en levant une main implorante.
Son bras se lova autour des épaules de l’homme, qui, ému par son air souffrant et sa joue tuméfiée, la souleva sans hésitation avant de s’engager vers l’ascenseur.
Lorsque les portes se refermèrent sur eux, Anastasia demeura immobile, abasourdie. Cinq ans à peine s’étaient écoulés, et voilà qu’Hayley devenait la compagne d’Elliot ? L’idée lui paraissait insensée.
— « Qu’est-ce que tu attends, Anastasia ? Range tes affaires et disparais ! » lança Alice avec un sourire moqueur. « Tu t’es mise à dos la maîtresse du président Presgrave. Déjà que tu avais insulté un client… tu ne pouvais pas faire pire. »
Anastasia inspira profondément. Le tumulte intérieur l’empêchait de penser clairement. Que Hayley soit devenue la femme d’Elliot relevait de l’invraisemblable. Comment un homme comme lui pouvait-il tomber sous le charme d’une personne aussi fausse ? Seule l’aveuglement pouvait l’expliquer. Secouant la tête, elle retourna à son bureau, ferma la porte derrière elle et s’efforça d’ignorer les murmures venimeux qui enflaient à l’extérieur.
Pendant ce temps, Elliot, assis dans le vaste fauteuil de son bureau, écoutait Hayley se lamenter, un mouchoir à la main.
— « Anastasia et moi étions camarades autrefois, » dit-elle d’un ton brisé. « Nous avons un passé douloureux. Je ne pensais pas qu’elle me repousserait aussi brutalement… quand je me suis approchée d’elle, elle m’a humiliée devant tout le monde. Et quand j’ai menacé d’en parler, elle m’a frappée, Elliot ! Elle a même tiré sur mon collier jusqu’à m’étrangler. Regarde… »
Elle dégagea légèrement son cou ; une marque rougeâtre s’étendait sur sa peau pâle. Les sourcils d’Elliot se froncèrent. L’image d’Anastasia, jadis empreinte de compassion et de fragilité, vacilla dans son esprit.
— « J’ai toujours eu de la peine pour elle, tu sais, » poursuivit Hayley entre deux sanglots. « Perdre sa mère si jeune, être délaissée par son père… J’aurais voulu la comprendre. Mais je ne pensais pas qu’elle en viendrait à la violence. »
— « Laisse-moi gérer cela, » répondit Elliot calmement. « Je vais demander à quelqu’un de te raccompagner. »
Hayley leva vers lui des yeux pleins de larmes.
— « Tu ne vas quand même pas la laisser impunie, n’est-ce pas ? » supplia-t-elle d’une voix tremblante.
Elliot saisit le combiné et donna ses instructions à l’interphone. Lorsqu’Hayley se redressa, elle agrippa la manche de son costume, son ton soudain plus insistant :
— « Ne sois pas indulgent avec elle, Elliot. Une femme capable d’un tel affront n’a pas sa place dans ton entreprise. »