Le village fantôme-2

2007 Words
Adèle est enchantée. La maison n’est pas très grande, mais elle est coquette et bien agencée. Une glycine grimpe le long de la façade de pierre. Ils vont être comme dans un cocon. La grande pièce commune et les deux chambres sont décorées avec goût. — On est vraiment chez nous ? — Monsieur Hans a dit que désormais cette maison est la nôtre. Adèle verse une larme de bonheur. Elle prend la main de Jule. — Je n’aurais jamais cru vivre un moment pareil. Gérard et Aline toquent à la porte entrouverte. Le sourire d’Aline se fige en voyant les larmes dans les yeux d’Adèle. — Il y a un problème ? — Non ! C’est de bonheur. Maison des Marty Charles remonte une petite allée bordée de vignes vierges. Nadine le suit, elle s’arrête pour cueillir un iris bleu. Devant la porte de la petite maison, une tonnelle protège une vieille table en fer forgé. Devant la porte, elle découvre une auge en pierre et un escalier qui descend à une cave voûtée dans laquelle s’entassent de vieux tonneaux. Charles rit. — Viens voir Nadine, j’ai compris pourquoi ils nous ont mis là. Nadine passe la tête. — Ah oui ! Évidemment ! Il fait frais à l’intérieur. La maison est coquette. Ils sont enchantés. Maison des Guiraud Pecos est un peu triste. Marie Claire fait la moue. Elle est un peu bizarre depuis qu’elle est tombée dans le terrier. Elle est pas mal pourtant la maison qu’on leur a donnée ? Pourquoi cette jalousie maladive ? Il regarde le papier peint un peu désuet certes, mais propre. Elle reprend : — Tu as vu la Maison des Marty, ou même celle des Olive sont quand même plus récentes. Et puis je pense qu’ils nous ont volontairement donné la plus éloignée du centre du Hameau… — Arrête ! Tu vois bien que tu dis n’importe quoi ! On a choisi d’après les photos… Elle ouvre le robinet de l’évier. — Et puis, nous, nous avons un évier à un seul bac… — Pff, tu m’agaces. On a un petit jardin, trois chambres, et tout est gratuit ! Pecos est tout rouge. Il ne comprend plus. Elle enfonce le clou. — Tu crois que je ne vois pas que Hans a un faible pour Patricia ! Il lui passe tout ! Patricia par-ci, Patricia par-là. — Mais ma parole ! Tu perds la boule. — Ce qui est sûr, c’est que je ne vais pas vivre dans ce bled pourri ! Maintenant, Pecos est blême, il entend démarrer la voiture sur les chapeaux de roue. Il s’assied dans le fauteuil la tête entre les mains. Elle va certainement revenir… c’est le voyage et la fatigue peut-être. Maison des Landrich Jo fait le tour du propriétaire. C’est chouette de se sentir chez soi. Elle n’est pas très grande la maison. Une grande pièce à vivre avec une belle chambre et une petite en soupente. Par contre, elle est lumineuse et mitoyenne avec la Maison des Gorsa. Le jardin est commun avec Calou. Il imagine les grillades dans le jardin. C’est chouette. Maison des Gorsa De la fenêtre, on aperçoit les ruines de l’ancienne Église. Il y a un gros chêne vert dans le jardin qui fera de l’ombre l’été. Calou aperçoit Jo sur le pas de sa porte. — Jo… si tu veux, on pourrait construire un barbecue là et acheter une table de jardin et des sièges. — Si tu veux Calou, on peut même mettre un hamac dans l’arbre. Jo rentre et fait le tour des lieux. — C’est sympa chez toi ! La Maison des Ablet et celle des Delriu au bout du chemin dans le virage à l’entrée du hameau attendent l’arrivée de Loïc et Clément. La surprise serait que ce dernier arrive enfin avec Christelle… Maison de Billagou Esméralda allume le poêle à bois. Devant la porte de la maison Jean Claude a parqué la caravane. De la fenêtre de la chambre, on voit le toit de la Maison des Gorsa. Une grande chambre et une grande pièce à vivre agréablement aménagée et un grenier en soupente c'est tout ce qu’il faut pour être heureux. Un jardinet avec une terrasse et des rosiers magnifiques. Jean Claude rentre : — Il faudra tailler les rosiers… — Oui, j’ai vu ça, tu m’aides à faire le lit ? La bastide des Guiraud C’est une immense maison à la sortie du village. Un ancien corps de ferme avec des dépendances. Il est prévu d’y faire cinq gîtes pour le projet Village-Vacances. Le chantier doit débuter en mai. La journée se termine dans une ambiance bon-enfant. Seul Pecos est inquiet, Marie Claire n’est pas revenue et son portable est éteint. Ça pourrit un peu l’ambiance. Hans lui tape sur l’épaule. — Ne t’inquiète pas. Quand elle aura fini de faire la gueule, elle reviendra. L’acte 19 des Gilets jaunes a pris fin, laissant derrière lui une traînée sulfureuse d’interpellation, de blessés, de dégradation. Un policier a fait un malaise grave. Épuisement ? Il a été transporté dans un hôpital parisien… Une manifestante a été verbalisée sur le motif qu’elle portait un tee-shirt sur lequel est écrit « Oui au RIC » … On croit rêver ! Démocratie ou Dictature ? Perillos – 24 Mars 2019 Maison des Vidal – 9 h J’ai mal dormi. Je ne sais pas ce qu’elle a Marie Claire à nous faire ce cinéma. Hier soir avec Pierre on en a discuté. Il ne comprend pas non plus. — Je suis déçue. Mais déjà au château de Warren elle nous avait fait une frayeur. — Oui, je me souviens. Quand elle était tombée dans la salle voûtée… — Apparemment, ça ne lui a pas servi de leçon. Je me lève dans demi-heure, j’essaierai d’appeler Pecos. Elle a dû revenir, elle ne connaît ici ni les gens, ni les lieux… Vers onze heures, nous sommes attendus à Opoul pour la fête du Romarin. Ça me redonne le sourire, c’est notre premier dimanche à Perillos. Je m’assieds face à Pierre pour le petit déjeuner, c’est bien quand même l’intimité… Vers 9 h, mon téléphone sonne. C’est Pecos. — Allo ! Patricia, vous êtes debout ? Marie Claire est là. Elle demande si vous voulez venir boire un café. Elle est un peu gênée pour hier soir… — Écoute, honnêtement on vient de le boire. On verra ça demain. On se prépare pour la fête. Venez nous rejoindre à 11 h. On descendra ensemble, je veux qu’on se détende. Pierre allume la radio. Christophe Castaner a pris la parole hier soir. Il justifie son comportement des dernières semaines par une « énorme pression de la part de Macron » sur ses équipes… Je me pomponne tranquillement laissant Pierre écouter le journal. Je repense à l’attitude de Marie Claire. Elle a peut-être subie trop de pression ces dernières semaines. Ce qui est certain c’est que cette attitude m’interpelle. J’en parlerai à Hans et Gérard demain. Maison des Guiraud – 10 h Marie Claire est anxieuse. Elle est revenue vers minuit. Pecos pleurait dans un fauteuil. Il ne lui a pas fait de reproche, mais elle le sent « brisé ». Elle lui donne un café en se rongeant les ongles. Il est silencieux. Elle lui touche la main. — Pardon Pecos, des fois, je pète un plomb, je ne sais pas pourquoi… — Oui, mais là tu exagères. Tu as inquiété tout le monde hier au soir. — On était tous fatigués… prépare-toi pour la fête. — Tu es fâché ? — Même pas, on en reparlera. Pour aujourd’hui, comme dit Patricia, détente, on a tous rendez-vous au Cortal de Lalanne pour 11 h. Elle repart vers la salle de bain en dodelinant de la tête. Cortal de Lalanne – 11 h Nous arrivons les derniers, escortés par Pecos et Marie Claire. Je regarde avec tendresse notre groupe, une véritable « tribu ». — Alors cette installation ? Vous avez terminé ? Juju me prend par les épaules. — C’est génial ! On va pouvoir « s’inviter » à manger… une vraie vie. Soraya approche, les yeux qui brillent. — Une maison, rien que pour nous. Un petit nid douillet. Hans regarde sa montre. — Si tout le monde est là, on démarre. Il toise Marie Claire. — Je vois avec plaisir que cette fois, tu ne t’es pas blessée. Elle rougit. Nous avançons vers les voitures. Il fait chaud. Opoul – 11 h 10 La descente vers Opoul est rapide. Il y a déjà du monde sur le parking et on entend les bruits de fanfare. Les gens du village nous observent d’un air curieux, j’ai l’impression que nous sommes des extraterrestres. Les jeunes se dirigent tout droit vers la buvette. Le Maire vient à notre rencontre avec le sourire. Il nous serre la main et nous accompagne jusqu’à la salle des fêtes où est servi le vin d’honneur. Que la fête commence ! Maison de Lalanne – 25 Mars 2019 Hans regarde Lucie. Elle est lumineuse. — J’ai l’impression qu’on est en vacances ! — Oui, ou bien en lune de miel. Son regard d’azur le transperce. — Ça faisait combien de temps que tu ne m’avais pas fait danser sur « Angie » dans un bal populaire ? — Il est vrai que j’avais bu quelques bières… Il rit, sacrée journée ! Lucie se dirige vers la salle de bain. — Aujourd’hui, je vais aller visiter l’ancienne école. Le Maire m’a donné la clef d’une salle de classe quasiment intacte. Il paraît qu’il y a même des livres de lecture dans des cartons ! Son regard s’anime. — Tu as raison. Moi je ferais un peu le tour des maisons. Je n’ai pas encore eu le temps. Et je t’avoue que la réaction de Marie Claire m’a interpellé, exagère-t-elle ? — Oui, son attitude est bizarre. Si la maison est trop petite ou trop vétuste, il faudra leur proposer autre chose… Hans soupire. — Ma grande crainte est qu’elle ne puisse pas justifier son comportement… on n’a pas besoin d’une « taupe » dans notre nouvelle vie. Je ne souhaite pas que quelqu’un sème la discorde au sein du groupe. — On ferait quoi… si c’était le cas ? — Le cercle du Soleil serait obligé de prendre ses responsabilités… Hans allume France Info. « La femme de soixante-douze ans grièvement blessée pendant une charge de CRS samedi à Paris souffre de multiples fractures du crâne et hématomes cérébraux, le président Macron lui souhaite un prompt rétablissement et précise qu’il ne faut pas manifester quand on est “fragile”. La famille porte plainte. Le malaise cardiaque dont a été victime un policier lors des manifestations Gilets jaunes de samedi dernier pourrait être imputé à la toxicité des gaz lacrymogènes. Le syndicat de police s’insurge. Des étudiants manifestants fichés S… Christophe Castaner se félicite du calme des manifestations de samedi… ». Lucie se sert un jus d’orange. Il fait grand soleil. — Hier, Antonin et Petit Paul se regardaient en « chiens de faïence », quand j’aurai rangé la salle de classe, j’irai les chercher tous les deux pour leur lire une histoire et les faire jouer au ballon dans la cour, Marjorie et Agnès sont ravies de l’aubaine, ça va leur permettre de prendre un peu de temps pour elles… Maison des Marty Charles se ressert une gorgée de vin rouge… il se gargarise un peu. Nadine se fige sur le pas de la porte. — Tu bois du vin à neuf heures du matin ! T’es fada ou quoi ? Charles recrache la gorgée dans l’évier. Il s’essuie la bouche d’un revers de manche… — Mais non couillonne ! J’ai ouvert la bouteille hier soir pour le laisser respirer. Je voulais savoir comment il évolue. Nadine sourit. — Tu t’es fait un copain hier… il a parlé de nous inviter au domaine, je crois… — Oui, il va nous montrer sa cave et le vieux Genévrier. — Tu crois que c’est vrai que cet arbre a mille huit cents ans… — Tu sais, ici plus rien ne m’étonne… Il prend les cartons de vin et les descend à la cave. Nadine regarde l’étiquette de plus près. Elle est sobre et élégante « Domaine du vieux Genévrier » et un arbre finement ébauché, vin bio. Les vignerons sont souriants et accueillants. Ce sont des passionnés… de véritables alchimistes de la vinification. Elle sourit. — Quelle journée. On s’est fait des amis et ils sont intéressés par notre projet, on l’appellera comment notre vin ? Charles se gratte la tête… — « Les Terres de Perillos » ? — Bonne idée ! Et on mettra une esquisse du hameau avec la tour en ruines sur l’étiquette ! — Patricia nous fera une ébauche… si elle veut bien sûr. Maison des Auriol Katia rince sa tasse dans l’évier. Nicolas se lève. — J’ai un peu « mal au casque ». — On s’est envoyé quelques bières ; quelle ambiance ! Et tu as vu ? Pour la fête des caisses à savon, il y a quarante personnes inscrites. On va se marrer. — C’est très dynamique comme village Opoul et la fête d’été c’est le même week-end que la fête de Fayet au mois d’août, pour la Saint Laurent… — Drôle de coïncidence. — Bon, je m’habille et je rejoins les garçons au Cortal pour avancer sur les caisses. Manuel m’a demandé si tu pouvais aller tenir compagnie à Soraya, elle était fatiguée quand on est rentré cette nuit. — Oui, j’irais et si tu veux, on peut les inviter à manger à midi, je mettrai la table dans le jardin, je le dirais à Juju aussi. — Je sais que Marjorie et Benoît déjeunent chez Agnès pour que les enfants fassent connaissance.
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