Chapitre 1

2680 Words
-Putain ! Mais c'est quoi ce bordel ? Ma petite amie rougit, avant de s'éloigner prestement de la femme qu'elle embrassait (langoureusement, me dois-je de préciser) Linda ne répond pas tout de suite, et ma colère ne fait que s'accroitre. -Réponds femelle ! Qu'est-ce que tu fous ? Qui c'est ? Elle se balance, se trémousse et je lui en foutrais des claques à la pelle. -Voici Cindy, lâche faiblement ma petite copine de tout juste cinq mois. Je l'ai rencontrée sur le net, et… je sors avec. Et merde... Encore ? Je ferme les yeux, et m'appui contre l'embrasure de la porte. Et oui, quitte à me faire cocufier avec une femme, mieux vaut que ce soit fait de façon théâtrale. -Depuis quand ? Grincé-je tout bas. La réponse met une fois de plus du temps à venir, et je me félicite d'avoir fermé les yeux. Je me refuse à voir ses petits coups d'œil inquiets avec sa trainée. -Deux mois. Deux mois. Bon sang. Ah j'en ai marre, j'en ai marre et j'en ai plus que marre. Pourquoi c'est toujours pour moi ce genre de coups foireux ? Tiens, je veux me plomber. Ou mieux, la plomber elle. Pff. Ce n'est même pas de sa faute si elle est conne. Et puis, ce n'est pas comme ci c'était la première fois que ça m'arrive. Je rouvre les yeux, mais ce faisant je perçois un coup d'œil dégoulinant d'amour de la femme silencieuse. Pour la défense de Linda, cette « amante » n'est pas mal du tout. Blonde, gros seins, gros cul, métis je me la serais bien tapée. Je me retourne vers la brunette au joli minois dont je me croyais l'unique propriétaire. -Je ne te satisfais plus, c'est ça ? Linda s'approche doucement, et a même l'audace de me dédicacer son sourire « spéciale poufiasse des soirs torrides » -Mais non Timothée, tu sais bien que je t'adore (notez le « je t'adore »… c'est d'un chou ! à pleurer) et puis on s'amuse bien tous les deux. (Et ça y est un nouveau regard torride vers sa dulcinée à la peau du soleil… bon ça pourrait en exciter certains. Moi ça a plutôt tendance à me dégoûter… question de goût je suppose) -Mais toi, conclut-elle, c'est pour le cul. Cindy, elle… je l'aime ! Et vas-y qu'elle en remet une couche. Dans le brouillard de ma fureur atterrée, je me demande si elle va me faire le coup du… ah oui elle me le fait… Linda tend la main vers « Cindy », qui s'amène avec un petit sourire timide. -Timothée, je te présente Cindy… je comptais te la présenter plus tôt. -Tu aurais dû, susurre la bonde. Il n'est pas mal du tout, je te comprends dans ton choix. Puis elle s'adresse à moi. -Je suis enchantée. (Sa main vient effleurer mon torse.) Je pense que nous pourrions faire plus ample connaissance. Linda, ça te dérangerait si on faisait un truc à trois ? Approbation enthousiaste de la brune, moi qui me sauve à toutes jambes. Non mais je suis quoi moi dans l'affaire ? Un jouet ? Oh non ! Je refuse, je refuse et je refuse encore. Je sais que vous autres, hommes de ce monde, vous seriez restés… Mais moi j'ai déjà tenté et non merci. Elles s'occupent de vous cinq minutes, puis font joujou à deux dans leur coin. Et moi, je n'aime pas cette déconcentration dans le mouvement. Le cul, ça ne rigole pas merde ! Mes pas me guident sans but et brusquement je songe à ma situation. Il est tard, les fêtards m'entourent de toute part et je me retrouve tristement seul en ce samedi de décadence. Pourquoi ça finit toujours ainsi ? Quelle vie de merde… je dois sans doute être maudit pour avoir une existence de ce type. Inintéressante. Fauchée. Mon téléphone sonne, je réponds. -Allo Timothée ? Qu'est-ce que tu fais de beau de soir ? Mon meilleur ami. Ou presque. Plutôt un con si vous voulez mon avis. J'ai le permis et lui non. Tout de suite l'on comprend mieux pourquoi il m'apprécie tant les weekends, symbole de sorties en tous genres. -Encore ? S'esclaffe-t-il une fois mon aventure sommairement énoncée. Putain mais tu te les coltines ! Une de plus, et l'on pourrait penser que tu le fais exprès. -C'est ça, très drôle. Patrice ne prend pas garde à mon ton amer. Il s'en fout surtout. -Sérieux ça ne t'a jamais traversé l'esprit d'agir à l'unisson ? Je grimace. -C'est-à-dire ? -Et bah, le faire avec un mec ! Non parce que ne se taper que des nanas qui préfèrent changer de tendance après soi, moi ça me foutrait les boules… j'aurais envie de me venger… non ? -Berk ! Dis pas de conneries, les PD c'est pas mon truc… -Eh, ça ne sert à rien de s'énerver, je déconne… Ca nous ramène à la bonne vieille question : tu fais quoi de beau ce soir ? Et ça y est, l'intérêt du profiteur. Je m'excite sans doute tout seul, mais je suis toujours furax. Je n'attendais pas le réconfort maternel de circonstance, mais je suis carrément hors de moi. -Ah tiens, je fais quoi ce soir ? Je vais m'envoyer en l'air ! Aboyai-je avant de raccrocher. Que des cons, des cons et juste des cons. Si j'étais plus calme je relativiserais en songeant à ma propre connerie, mais pas ce soir. Un point lumineux attire mon attention et dans ma furie embrumée je traine mes guêtres jusque là. Une boite de nuit homosexuelle. Le destin peut-il décider de s'acharner sur un seul être ? « S'acharner ? Souffle la voix du démon dans ma tête (Ouh, si j'en suis à entendre cette voix, c'est que le pire reste à venir) pourquoi s'acharner ? Poursuit la voix ensorcelante. Ils te prennent tous pour un moins que rien ! À ton tour. Fais leur voir que toi aussi tu peux y jouer. « Mais… « Il n'y a pas raison que tu sois le seul cocu. Va, et fais-toi le premier mec qui passe ! Je plisse les yeux mais la voix se révèle trop tentante. En moi ne règne que colère, tristesse et frustration. L'espace d'un instant, d'une soirée, je ne désire qu'une chose, ne plus être le perdant de l'histoire. Quitte à faire « Ca ». Les néons illuminent mes yeux fous et je décide d'entrer pour me mêler à cette foule du péché. Et quel péché ! Il ne me faut pas même dix secondes pour comprendre l'ambiance générale de la scène. Du sexe, du sexe et encore du sexe. Ah oui et de l'argent. Pour leur défense (en cet instant de débauche, je suis prêt à me faire l'avocat du diable, jugez de ma bonté), l'ambiance n'est pas si différente d'une boite de nuit hétéro. Ici, seuls changent les couples. Les femmes se cajolent, les hommes se frottent les uns aux autres et je peux deviner les bécotages lascifs dans les coins sombres. Soit. Tu es là Timothée, alors assume. Je carre les épaules, prends mon air froid d'homme à ne pas faire chier, et d'un pas que je veux déterminé, je me dirige vers l'unique lieu sûr qui m'apparaisse : le bar. Ah petit bar, ici ça devrait aller. Je m'installe et jette un coup d'œil plus professionnel sur la salle. Ok, maintenant la mission : Se trouver le petit être chétif que je pourrais dominer. Parce qu'excusez-moi, mais il n'y a pas encore écrit abruti sur mon front. Tenter les mecs, certes, mais inutile de m'imaginer jouer dans le rôle de la fille. Aujourd'hui, je serais l'homme qui dompte l'homme. Je ne serais pas en dessous. Jamais. -Je vous sers un verre ? Je me retourne et retiens une grimace, ainsi qu'une sévère envie de fuir. -Non merci, répondis-je au gorille qui me fait face. Trop grand, trop massif, et je ne serais jamais en dessous. Jamais. -T'es sûr ? Je le fusille du regard et le mec n'insiste pas. Le barman choisit ce moment pour approcher et je le hèle. -Une vodka pour moi. L'homme acquiesce, et je le vois s'affairer. Là aussi trop massif. Trop musclé. Intimidant. Dommage, car il est plutôt mignon. Je secoue la tête en m'horrifiant de cette pensée. Pas le barman voyons… il faut être pragmatique que diable ! Ma vodka arrive, un sourire de la part du géant. -Vous auriez dû accepter l'offre de l'autre, ça vous aurait évité de payer. Mais oui c'est ça, quel bon conseil ! Je considère moyennement utile de répondre à cette remarque inepte, aussi je ne le fais pas et paye avant de me remettre en chasse. Allez quoi, un être frêle et désarmé, ça doit bien pouvoir se trouver ici ! Je suis dans un bar gay après tout. Où sont les hommes fragiles que nous décrit si bien la télé ? Tristesse, je ne peux en conclure que deux options ; soit les médias mentent (le choc, moi qui croyais en la pureté de ce monde !) et les hommes ne sont pas forcément des substituts de femmes poilues de partout, où bien cet endroit est réservé à des hommes bien trop virils pour que me les faire fut enthousiasmant. Je ne doute pas en effet que ce serait moi qui passerais à la casserole. Je reprends mon verre posé là, et dépité j'avale le tout d'une traite. Hmm, le goût est différent. Pas dégueulasse, mais plus pâteux, agréable… intéressant. Le point positif dans cette triste soirée, c'est qu'il semblerait que j'ai du succès. Merde, je ne vois pas pourquoi, je suis un mec normal moi aussi. Légèrement éméché, je m'en ouvre à mon cher barman une fois deux autres mecs refoulés. Le barman sourit et je m'attarde sur les fines ridules de gaieté qui magnifient ces traits d'homme couleur crème. Je ne savais pas que j'étais drôle. Débile, je lui renvoie son sourire. -Quoi ? Il secoue la tête. -Non rien. Mais tout le monde ne vous considère pas comme « normal » ici. Je m'examine dans la glace posée derrière le bar, et plisse le front. Mon reflet bronzé agit de même. Bah quoi, oui je ne suis pas mal. Mais ni plus ni moins que d'autres alentour. Juste assez pour plaire aux femmes. Je suis plutôt petit, plutôt fin, et l'on me rajeunit souvent. J'ai vingt-cinq ans, on m'en donne six de moins. Les femmes semblent apprécier mon regard vert, mes cils épais et mon caractère de merde. Non vraiment je ne comprends pas. Je fais part de mes réflexions à mon barman (curieux phénomène mais oui un employé qui ne coure pas en tous sens est un concept possible… la preuve). Celui-ci me dit exactement ce qu'il ne fallait pas. Semblerait-il que je paraisse enfantin et fragile… mignon ? Le comble. Je pense que je dois être bourré, fait étonnant au vu du petit verre que j'ai bu, mais je me mets à lui déballer ma vie. Que je ne suis pas gay moi monsieur. Un hétéro à deux cent pour cent, un homme, un vrai de vrai qui se fait tromper à tout bout de champ par mes « compagnes ». Et non, ce n'est pas à cause de mes attributs, mon Popole est proportionné comme il faut, ce n'est pas ce détail qui les fait fuir ! Toujours ce sourire chez mon interlocuteur et j'ai de bonnes raisons de penser que mon ébriété l'amuse, quoiqu'il fronce légèrement les sourcils ! Bah quoi, il n'a jamais vu quelqu'un bourré ? Dans ce lieu infâme, en tant que barman, on eut pu penser qu'il aurait davantage l'habitude… Je vois enfin passer un être efféminé au fond de la salle, mais d'une je crois bien que je ne suis plus en état de faire quoi que ce soit, et de deux l'être semble déjà occupé avec pas moins de cinq hommes. Mince ! Et puis, je n'ai pas envie d'un être chétif à ce point. Une main m'agrippe brusquement la taille et je constate d'un air vitreux qu'il s'agit de l'un des types un peu plus tôt. -Ca va ma belle ? L'homme me décerne un clin d'œil, et son sourire s'accentue davantage en me contemplant. Berk berk et berk, je rêve où il me fait du rentre-dedans massif là ? Je me dégage faiblement, totalement à la ramasse. (Je commence d'ailleurs à me demander si un seul verre peut réellement provoquer un effet pareil.) -Va te faire foutre. La grimace du colosse ne faiblit pas et me voila de nouveau dans ses bras tandis que son haleine d'alcool infecte me donne la nausée. -Voyons mon ange, ce ne sont pas des manières de parler. Viens, je vais t'apprendre les bonnes manières. Je tente le poing, mais sa tête bouge trop vite, ou moi trop lentement, tandis qu'il se saisit de ma main pour l'embrasser. -Viens mon ange, je vais t'emmener dans un endroit tranquille. Je tente de gueuler, de rugir, de hurler mon indignation, l'ensevelir sous des montagnes d'injures de ma composition, mais je ne peux. Un sursaut de lucidité m'apprend que je suis déjà près de l'entrée, et que je ne peux strictement pas lutter. On m'a drogué, compris-je, moi l'habitué des soirées alcoolisés. Le dégoût m'envahit. Je ne pensais pas tomber plus bas ce soir, et voila que je subis dommage destiné aux femmes. Je suis un mec, merde ! Depuis quand suis-je devenu la proie ? Je veux être le chasseur ! Je peux lutter intérieurement autant que je le souhaite, le pervers m'emmène toujours et je sais qu'une fois sorti, il sera trop tard, plus personne ne pourra m'aider. Je mobilise donc mes dernières forces, et tente le coup de pied. Il ne cille pas même sous l'impact d'une faiblesse à en mourir de honte, et pour parer à tout cris, je me retrouve bâillonné. Et ce devant tout le monde. Mais las, c'est la fin de soirée, et plus personne n'est en état de voir qu'il y a kidnapping d'un jeune hétéro vigoureux. Encore que… La poigne me lâche brusquement, et je m'écroule au sol tandis que les ombres dansent autour de moi. Les ombres se bousculent et l'une saisit l'autre pour la soulever. Hmm, beau… froid… dodo… (Qu'est-ce que la drogue nous rend intelligent parfois !) Puis je me retrouve à nouveau sur mes pieds, et l'ombre prend fugitivement la forme du barman de ma soirée. Celui-ci me maintient debout et en me concentrant je comprends qu'il engueule l'autre enculé. -Je te l'ai déjà dit Vincent, lâche t-il calmement. Ce n'est pas par la force que tu trouveras le petit ami de tes rêves. Le petit ami ? Berk. Tiens, ça me donne envie de gerber… pourquoi pas… Un haut le cœur m'ébranle, et expert, un seau vient devant moi. Que c'est gentil… délicate attention, mais ça ne change pas grand-chose de d'habitude. Je comprends toutefois que l'individu ne veuille pas nettoyer mon dernier repas plus tard. Je me vide donc en cadence, puis va pour m'écrouler à nouveau. Je crois que cette soirée était une mauvaise idée finalement. Je voulais couilloner tous ces homo, et c'est une fois de plus l'hétéro qui finit à terre. Les bras du barman me rattrapent, et je me retrouve ridiculement soulevé du sol pour venir dans ses bras. Telle la princesse. Non ! Pas ça ! Pose-moi sale con ! Enfoiré, je suis un mec ! Je vais t'éclater la face si tu me pelotes. Ma bouche n'est plus que guimauve et je déglutis ces quelques mots. -Pas touche. -Oui oui c'est ça, marmonne gentiment le colosse à la peau d'ivoire dorée. Dors, ça vaudra mieux pour tout le monde ! Bêtise humaine quand tu nous tiens ! Mais son conseil m'inspire, et je cède en bonne femmelette.
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