Chapitre 3
Kathleen se retourna avec un sourire presque imperceptible, maîtrisé jusqu’au bout.
Elle déclara calmement qu’elle n’avait aucune intention d’impliquer Quinn Williams dans cette affaire, puis se dirigea vers la sortie sans se retourner.
Derrière elle, Quinn sentit les larmes lui monter aux yeux. La mère de Kathleen avait autrefois été son guide, celle qui l’avait formée et inspirée. Aujourd’hui, elle se retrouvait incapable de protéger la fille de son mentor. Cette impuissance lui nouait la poitrine, et elle ne savait comment affronter ce poids lorsqu’elle repenserait à son passé.
À la sortie du service de gynécologie-obstétrique, Kathleen s’arrêta devant Tyson et lui tendit le dossier médical.
Elle l’ouvrit devant lui d’un geste sec, presque provocant.
Elle lui fit comprendre qu’il pouvait constater par lui-même qu’aucune grossesse n’était en cours, et qu’il n’avait plus aucune raison de rester.
Tyson se sentit soudain mal à l’aise.
Il lui demanda où elle comptait se rendre, proposant de l’y conduire, précisant que cela venait directement de Samuel.
Kathleen répondit froidement qu’elle détestait être surveillée. Elle lui demanda simplement de prévenir Samuel qu’elle se rendrait plus tard auprès de Diana, ajoutant qu’elle avait d’abord quelque chose d’urgent à régler.
Tyson acquiesça sans discuter.
Kathleen s’éloigna alors, le pas ferme.
Après quelques mètres, elle se rendit compte qu’elle avait oublié son téléphone. Elle fit demi-tour pour le récupérer.
À peine avait-elle franchi de nouveau les portes qu’une voix l’interpella.
Son prénom, prononcé avec une douceur feinte.
Kathleen s’immobilisa aussitôt. Elle reconnut immédiatement cette voix et sentit son estomac se contracter.
Elle se retourna lentement et croisa le regard de Nicolette.
Cette dernière portait une tenue d’hôpital, le teint légèrement pâli, mais sa beauté demeurait intacte, presque éclatante.
Bien qu’elles se ressemblassent physiquement, leurs présences étaient radicalement opposées. Kathleen dégageait une séduction discrète, teintée de naïveté. Nicolette, elle, inspirait une froideur rigide, presque austère.
Kathleen fronça légèrement les sourcils et demanda ce qu’elle faisait ici.
Nicolette la fixa avec une hostilité à peine dissimulée, une jalousie acérée brillant dans ses yeux.
Elle annonça alors, sans détour, qu’elle avait été hospitalisée pour une leucémie.
Ce mot frappa Kathleen de plein fouet.
Nicolette poursuivit en précisant que c’était Samuel qui avait organisé son admission, avant d’ajouter, avec un sourire chargé de sous-entendus, qu’elle avait entendu dire que le protocole de traitement utilisé dans cet hôpital avait été élaboré par les parents de Kathleen.
Cette remarque écœura profondément Kathleen. L’idée que Nicolette bénéficie de l’héritage médical laissé par ses parents lui était insupportable.
Elle se contenta de lui souhaiter un bon rétablissement, sans la moindre chaleur, et fit mine de partir.
Nicolette l’arrêta une nouvelle fois.
Elle lui demanda de lui rendre Samuel.
Kathleen s’arrêta, mais ne se retourna pas immédiatement.
Nicolette affirma qu’elle aurait dû être l’épouse de Samuel depuis longtemps, que Kathleen lui avait tout pris, les années, l’homme qu’elle aimait, et qu’à présent elle se retrouvait malade, seule, tandis que Kathleen continuait à occuper une place qui ne lui revenait pas. Elle ajouta que Samuel n’éprouvait aucun amour pour Kathleen.
Kathleen resta d’un calme glacial.
Elle répondit que si Samuel souhaitait divorcer, il saurait le dire lui-même, et se demanda pourquoi Nicolette parlait à sa place, insinuant une lâcheté qu’elle trouvait presque pathétique.
Elle savait parfaitement que ces paroles n’étaient qu’une provocation, un moyen cruel de lui rappeler à quel point Samuel se souciait de Nicolette. Elle en était consciente, mais la douleur n’en était pas moins réelle. Elle l’avait aimé pendant tant d’années.
Nicolette répondit que Samuel agissait uniquement par culpabilité. Selon elle, Kathleen se croyait légitime parce qu’elle avait perdu ses parents et parce que Diana l’appréciait, mais elle oubliait l’essentiel : Samuel ne l’aimait pas.
Kathleen lui demanda alors comment elle pouvait en être aussi certaine.
Nicolette resta interdite.
Kathleen ajouta, avec une pointe de provocation, que s’il ne l’aimait vraiment pas, il ne l’aurait jamais touchée.
Le visage de Nicolette se crispa. Elle trembla légèrement, puis fixa quelque chose derrière Kathleen.
Elle murmura le prénom de Samuel.
Kathleen sentit son cœur se figer une seconde, avant de sourire intérieurement. Elle comprit qu’elle était tombée dans le piège.
En se retournant, elle aperçut Samuel, droit, froid, impeccable comme toujours.
Elle déclara calmement qu’elle venait de terminer son examen et qu’elle s’apprêtait à partir.
Samuel lui demanda quels étaient les résultats, d’un ton distant.
Kathleen sortit le rapport et le glissa dans la poche de son costume avec un sourire maîtrisé, affirmant qu’il n’y avait rien à craindre.
Samuel sentit une pointe d’inconfort lui traverser la poitrine. Il avait, contre toute attente, espéré un autre résultat. Cette sensation s’évanouit presque aussitôt.
Il proposa alors de discuter de leur avenir, comme s’il s’agissait d’un simple dossier à régler.
Kathleen lui demanda s’il trouvait cet endroit approprié pour ce genre de conversation, ajoutant qu’elle n’avait encore rien mangé depuis le matin à cause de l’examen.
Samuel lui répondit sèchement d’aller manger.
Elle lui demanda de l’accompagner, suggérant qu’ils pourraient parler en même temps.
Il la prévint de ne pas tenter quoi que ce soit.
Kathleen éclata d’un rire clair, presque musical, et répliqua que si elle avait eu de mauvaises intentions, il serait déjà agenouillé devant Diana. Elle ne demandait rien de plus qu’un simple repas.
Samuel fronça les sourcils.
Nicolette intervint alors, jouant la compréhension, disant qu’il pouvait accompagner Kathleen et qu’elle l’attendrait à l’hôpital.
Kathleen sourit largement, attrapa le bras de Samuel et accepta avec empressement. Elle proposa un restaurant voisin qu’elle souhaitait essayer depuis longtemps.
Nicolette les regarda s’éloigner, les yeux chargés de rancœur.
Samuel lui demanda de retourner se reposer et lui promit de revenir rapidement. Elle acquiesça, lui demandant de revenir vite pour déjeuner ensemble.
Ils quittèrent l’hôpital et se rendirent dans le restaurant mentionné.
Kathleen consulta le menu avec une aisance feinte et lui demanda ce qu’il comptait manger.
Il répondit qu’il n’avait pas faim.
Elle supposa alors, avec ironie, qu’il économisait son appétit pour Nicolette. Elle appela le serveur et commanda une salade de quinoa ainsi qu’une assiette de pilons de poulet.
Samuel la regarda, surpris, et lui demanda pourquoi elle mangeait autant.
Il savait qu’elle mangeait habituellement très peu.
Kathleen se moqua de lui, insinuant qu’un tel repas n’avait rien d’excessif et lui demanda s’il était soudainement à court d’argent.
Il se contenta de lui dire de manger.
Parfois, son impertinence lui paraissait charmante. D’autres fois, elle lui tapait sur les nerfs. Malgré tout, il devait reconnaître que ces trois années passées à l’attendre, avec Kathleen à ses côtés, n’avaient pas été entièrement désagréables.
Lorsque les plats arrivèrent, Kathleen mangea avec appétit. Elle avait réellement faim, tout comme l’enfant qu’elle portait.
En mastiquant sa salade, ses joues se gonflèrent légèrement, lui donnant un air attendrissant, presque enfantin.
Elle leva alors les yeux vers lui et lui demanda doucement ce qu’il souhaitait lui dire.
Samuel lui demanda ce que Nicolette lui avait raconté plus tôt.
Kathleen fronça les sourcils et répondit qu’elle lui avait annoncé sa leucémie.
Samuel confirma, expliquant qu’il avait cherché un donneur compatible et qu’un test avait révélé une correspondance parfaite au sein même de l’hôpital.
La paupière de Kathleen tressaillit.
Elle murmura, presque malgré elle, qu’il parlait d’elle.