- Tu as promis que tu reviendrais dormir avec moi ma belle, je sais bien que tu es fatiguée chérie mais tu veux bien que je te porte dans notre chambre, dis-moi ?
- Oui d’accord, mais Gora ?
- Je t’écoute ma belle,
- Tu sais, je ne t’en veux pas pour notre bébé, ce n’était pas uniquement de ta faute tu sais ? Je n’aurais pas dû me trouver là et…
- Ne dis pas ça, c’est ta maison ici, et tu avais le droit d’y venir, par contre, moi je n’avais pas le droit d’y faire venir une autre femme, et je te promets que cela ne se répètera plus jamais, tu m’entends ?
- Hum hum !
- Je t’aime ma belle, aller viens je t’emmène, demain j’irais te chercher des médocs chez ma sœur et des fruits, je vais m’occuper de toi un peu mieux
A partir de ce jour les choses allèrent un peu mieux entre Gora et moi. Je savais que plus rien ne serait comme avant mais, la paix était revenue à la maison. Nous avions recommencé à discuter, à faire des sorties ensemble et, de temps à autre des balades en ville. Cependant, j’avais encore peur d’être trahi par mon époux, et je continuais à me tenir loin de ses sorties. Je m’explique. Je ne lui demandais pas de me raconter ce qu’il avait fait lorsqu’il rentrait, s’il était sorti seul, ni où il était allé. Lorsqu’il sortait, je ne lui demandais ni où il allait, ni ce qu’il allait y faire. Je ne voulais rien savoir de ce qu’il faisait en dehors de la maison. Et chaque fois qu’il me racontait ses déplacements je l’écoutais d’une oreille, il s’en rendit vite compte.
Un jour qu’il était allé voir son oncle, afin de prendre des nouvelles de sa mère qu’il n’avait pas vu depuis un moment, il était revenu légèrement contrarié. Mais, je ne voulais pas savoir pourquoi, en réalité, j’avais mal de découvrir qu’il puisse s’être remis avec cette femme, alors je me tenais assise près de lui pendant qu’il parlait sans vraiment l’écouter :
- Je t’ennui avec mes histoires de famille ?
- Non je…
- Alors pourquoi tu ne m’écoutes pas, on dirait que tu es ailleurs ? Tu as un souci ma belle ?
- Non pas moi…
- Qui alors ?
- Personne, personne,
- Tu ne… tu ne veux pas entendre ce que j’ai à te raconter c’est ça ? et ce n’est pas la première fois, dit-il en se passant la main sur le visage, je n’ai personne d’autre à qui me confier chérie, tu le sais bien
- Je sais mais je… à chaque fois que…
- Tu crois que je vais me remettre avec cette fille ? Ou que je vais laisser ma mère s’immiscer entre nous… encore ? Après tout ce qu’on a vécu ? S’enquit-il en me fixant avec un regard triste
- Je n’en sais rien, fis-je, je n’en sais rien… j’ai peur tout le temps tu sais, j’ai peur que ça recommence… que tu changes à nouveau
Gora baissa la tête et resta ainsi une minute ou deux, puis il se redressa et me prit dans ses bras. Après m’avoir déposé un b****r sur la tempe, il se mit à me caresser les cheveux. Je me sentais bien. Cela faisait presque deux mois que je travaillais à mi-temps, à cause du traitement que m’avait prescrit la sœur de Gora. J’allais le matin au magasin, jusqu’à 14h et ensuite, je laissais les filles fermer. Je m’organisais pour faire tout ce que j’avais à faire durant ce laps de temps, puis, je rentrais à la maison après être passé acheter quelque chose à manger. En rentrant je prenais ma douche, mangeais et prenais mon traitement et puis, j’allais me reposer en attendant que Gora, qui avait repris le chemin du travail, rentre. Cela du lundi au samedi, mais le samedi Gora ne travaillait pas, il allait passer du temps chez sa mère ou son oncle, c’était selon. Parfois il allait voir ses sœurs.
Cela me laissait le temps de me reposer, et vu que la petite n’était toujours pas revenue vivre avec nous, je n’avais personne dont je devais m’occuper en rentrant. Gora était aussi très prévenant, il m’emmenait manger dehors ou faire de courtes promenades. En rentrant du boulot, il me rapportait souvent des friandises. Depuis qu’il était passé chef du département électrique, il avait une voiture de service, et il pouvait aller faire un détour au centre commercial après le travail. Les choses se passaient bien, un peu trop bien même. De temps en temps il passait la soirée de vendredi avec ses amis du lycée technique, les seuls liens entre la confrérie et lui restaient la cotisation qu’il reversait tous les mois, et Nto’o qui était toujours de ses amis.
Après que je lui ai avoué ma peur de me trouver à nouveau dans la situation qui avait failli nous séparé, il se dit qu’il fallait qu’il me redonne confiance en lui. Il faisait toujours la même chose, empruntait les mêmes trajets. Il appelait pour prévenir s’il devait rentrer tard, ou tout simplement pour me dire où il était, prendre des nouvelles de moi, et souvent juste pour me dire qu’il m’aimait. On en était là, un couple qui tentait de se remettre de blessures profonde sans savoir comment se faire de nouveau confiance. Comment guérir.
J’aurais voulu que ce soit plus facile. J’aurais voulu que cela se passe mieux. J’aurais voulue tellement de choses, mais tout ça ne dépendait pas de ma raison non, et mes sentiments étaient flous, trop flou. Je me surprenais souvent à penser que je n’avais peut-être plus de sentiment pour lui. Ou encore que j’avais besoin de partir loin, toute seule, histoire de faire le vide. Il me fallait sans doute me séparer de Gora, c’est du moins ce que je me disais, je n’arrivais plus à lui faire confiance alors… mais d’un autre côté, je ne voulais pas en rajouter une couche.
Gora avait beaucoup souffert lui aussi de tout ça. Et le quitter revenait à le rendre seul responsable de notre échec, et aussi, à le punir encore. Je me demandais si je devais penser à moi d’abord, ou s’il me fallait continuer à nous voir comme un couple et dans ce cas, ne prendre que les décisions qui nous arrangeraient tous les deux. J’avais le sentiment d’étouffer dans cette maison devenue, non plus notre foyer, mais l’endroit où j’avais tant souffert. Gora avait un boulot plus intéressant, plus de responsabilités, plus d’argent, mais à mon avis, nous avions payés tout cela bien trop cher. Une amitié trahie, un enfant perdu, mon état de santé qui se dégradait à mesure que je restais bloquée dans cette spirale infernale.
Plusieurs semaines après notre réconciliation, je me décidais à aller voir Aboghé, la grande sœur de Gora. Elle se faisait beaucoup de souci pour moi alors, je voulais la rassurer un peu. Elle habitait du côté de Gabon Telecom en ville, un quartier que l’on nommait la cité des médecins, parce que la plupart des fonctionnaires qui y était logés, étaient des médecins. Avant d’arriver à sa villa on devait emprunter une petite ruelle entre deux autres villas et son entrée était au bout du chemin. J’aimais lui rendre visite, son jardin avait l’air d’être un havre de paix. Il y avait tellement de fleur d’origines diverses et tous ces parfums vous donnaient la sensation de ne plus être au Gabon. J’avais plantée des fleurs chez nous mais, j’étais restée très conventionnelle. Et en arrivant ce jour-là, je me dis que j’allais me créer un espace derrière notre maison avec des fleurs aux parfums aussi puissants que celles qui étaient dans le jardin de ma belle-sœur.
Nous étions samedi et elle m’attendait assise à sa terrasse. Elle s’était installée dans un des canapés, un livre à la main. J’entrais en silence et si son portail avait fait preuve d’autant de discrétion que moi. Elle n’aurait pas levé le nez de son roman. Elle sourit en me voyant entrer :
_ Pendant un moment je me suis dit que tu ne viendrais plus, dit-elle en s’avançant vers moi les bras tendus pour me saluer
_ Pourquoi ?
_ A cause de l’heure, en fait je me disais que tu serais là vers 10h, mais j’ai dû oublier que tu bossais aussi le samedi
_ Et pourtant je te l’ai dit, fis-je en lui souriant
Elle m’entraina vers la terrasse en riant. Une fois assise, elle appela sa jeune domestique et la pria de nous servir du jus d’orange :
_ Alors racontes-moi tout, comment ça va avec mon frère maintenant ? Elle me regardait en posant la question comme si elle ne se faisait pas trop d’illusion sur ce que j’allais lui répondre
_ Oh ça va, enfin disons que le pire est passé,
_ Tu n’es pas heureuse… conclut-elle
Je baissais les yeux mal à l’aise :
_ Tu peux me parler tu sais, je suis là pour toi, qu’est-ce qui ne va pas ?
_ C’est moi ma grande, j’ai parfois le sentiment que je ne l’aime plus, comme si j’étais devenue la prisonnière de ce mariage
_ C’était à prévoir, dit-elle tristement, tu devrais peut-être te changer les idées, aller passer quelques jours ou quelques semaines ailleurs
_ J’y aie pensé, mais où ???
_ Demande à ta patronne de t’emmener avec elle la prochaine fois qu’elle partira, tu serais loin pendant un mois
_ Je vais en parler avec elle, mais tu sais ton frère…
_ Il faudra bien qu’il s’y fasse, tu as besoin de respirer un peu, après tout ça, il ne peut pas t’en vouloir de vouloir t’éloigner de votre maison, c’est mieux qu’un divorce
Elle dit ça en souriant. Elle me fit un clin d’œil. C’est sûr que si la chose lui était présentée comme ça, Gora ne s’y opposerait pas. Il avait fait de son mieux pour que la paix revienne chez nous, mais il n’était pas naïf. Gora savait qu’au plus profond de moi, je n’étais toujours pas guérie. Il savait que l’image de cette jeune femme allongée dans notre maison allait mettre du temps à sortir de ma tête. Et son vœu le plus cher était certainement qu’elle en sorte. Je passais le reste de la journée avec Aboghé à parler de chose et d’autre. Et cela me fit le plus grand bien. Sortir de ma routine, de ma maison, de mes tracas pour quelques heures. J’avais l’impression d’avoir fait une séance de yoga, enfin presque.
Ma belle-sœur était de très bonne humeur ce jour-là. Elle me proposa d’aller faire un tour en ville, histoire de faire du lèche vitrine. Je l’emmenais passer du temps au petit restaurant de Kasim au bord de mer, et elle fit la connaissance du jeune homme. Nous restâmes un bon moment là. Elle me racontait sa vie avec son premier mari, et les raisons de leur séparation :
_ Souvent un acte même anodin déclenche des réactions en chaine inimaginables, et lorsque l’un des conjoints s’obstine à faire celui qui ne voit pas c’est encore pire, dit-elle
_ C’est triste, avec Gora ce qui m’a le plus blessée ce sont ses injures et ses accusations, j’ai eu d’un coup l’impression que durant toute ces années il n’avait toujours pas appris à me connaitre, je me retrouvais devant un homme qui avait vécu à mes côtés sans savoir qui j’étais et ce dont j’étais capable ou non,
_ Tu sais ma belle, les hommes, ils savent bien ce qui nous fait mal, et bien souvent, même s’ils savent que ce qu’ils disent n’est pas fondé. Ils le disent quand-même, juste pour nous blesser, pour frapper où ça fait mal
_ C’est injuste…
_ Oui, mais quand un homme a une autre femme dans la tête, dieu seul sait à quelles extrêmes il peut aller pour elle, et bien souvent ce n’est même pas par amour,
_ Ah non ?
_ Hoo non, parfois c’est juste de la convoitise, il la désir et veut pouvoir assouvir son désir en toute liberté, sans que sa compagne ne s’en mêle, et la seule façon de faire en sorte qu’elle ne s’en mêle pas, c’est de la mettre KO avec une accusation qu’elle aura du mal à digérer, et le temps qu’elle s’en remette, il en aura certainement fini avec son idylle, malheureusement bien trop souvent il ne mesure pas les effets de ses mots chez l’autre et les dégâts que ceux-ci on causés dans son cœur,
_ Tu penses que c’est ce qui s’est passé avec Gora ?
_ Je crois que mon frère ne s’est pas imaginé un seul instant que tu souffrais autant de ces « petites » querelles entre vous
Je baissais la tête tristement. Il y avait des chances pour que tout ceci n’est effectivement été que ça. Gora n’avait pas eu beaucoup d’histoires avant moi, et entre nous c’était devenu très vite sérieux. Il voulait certainement s’amuser, tester son « s*x appeal » sur une autre. Savoir s’il pouvait encore plaire et il savait que je n’étais pas partageuse, alors il lui fallait une excuse. Une excuse qui nous avait couté cher. Gora était certainement rentré à la maison et l’avait trouvée vide. Et au lieu de me chercher partout comme il le faisait souvent, cette fois il choisit d’appeler sur mon portable :
_ Où est-ce que tu es Abeng ? J’ai trouvé la maison vide,
_ Avec mon amant, dis-je
Aboghé éclata de rire et l’effet de ma blague ne dura pas. Gora s’était tût en m’écoutant dire ça, mais en entendant sa sœur éclater de rire près de moi il se ressaisit :
_ Tu veux que je vienne vous retrouver ?
_ Pourquoi ? Tu passes bien des journées sans moi, et je ne viens pas te retrouver là où tu vas non ?
_ Excuse-moi, tu sais à quelle heure tu seras de retour ?
_ Une fois que j’aurais fini,
_ Abeng… qu’est-ce qu’il y a ? Fit-il dans un murmure, tu veux qu’on se dispute c’est ça ?
_ Non, je veux juste que tu ne me pose pas des questions que je ne te pose pas
_ Bien sûr désolé, écoute je suis rentré, je m’inquiétais juste de ne pas te trouver, à tout à l’heure
_ Oui à tout à l’heure, dis-je en raccrochant
Sa grande sœur me fixa sans plus sourire :
_ C’est à ce point-là ?
_ Non, ne t’en fais pas, c’est juste que parfois il m’exaspère avec ses questions, c’est comme s’il avait lui le droit d’avoir une vie en dehors de la maison et pas moi tu vois,
_ Non dis-moi,
_ Hé bien, il faut que je sois là lorsqu’il est là, je ne peux pas sortir sans lui s’il est disponible et à la maison, tu vois un peu ???
_ Je comprends mieux oui, mais tu sais la plus part des hommes sont comme ça, ils ont besoin que nos vies tournent autour d’eux…
_ C’est dans leur nature, mais s’ils pouvaient en faire autant lorsqu’il s’agit de nous ce serait idéal
_ Comme tu dis… un jour peut-être, dans le meilleur des mondes
La soirée était bien avancée lorsque je rentrais. Gora était assis dans le canapé du salon en face de la télé, et semblait absorbé par autre chose que les images qui passaient à l’écran. Je m’approchais de lui et prit place à ses côtés sans faire de bruit puis, je lui frôlais le bras :
_ Oh chérie ! Désolé je ne t’ai pas entendu entrer
_ A quoi tu penses ?
_ A rien…
_ Gora c’est moi, dis-moi à quoi tu penses, ce n’est pas souvent que tu mets la télé sans la regarder
Il me fixa un instant en silence. Cela lui prit plusieurs minutes pour me parler. Il avait l’air de lutter contre quelques pensées obscures, mais j’attendis patiemment qu’il se décide :
_ Je me disais qu’il y avait des chances pour que tu ne m’aime plus Abeng, je me disais que j’avais trop présumé de ton affection pour moi, comme si tu étais incapable de t’en aller, incapable de vivre sans moi, mais… (il se tût) je sens bien que les choses ont changées entre nous. J’ai peur de t’entendre me dire que tu veux toujours divorcer, je sais que je l’ai bien cherché mais… je suis… je…
_ Arrêtes de te faire du mal, même si je décidais de te quitter ta vie ne serait pas finie pour autant, on a eu la preuve avec cette histoire que tu peux refaire ta vie avec une autre
Gora avait les yeux fixés sur moi et ne disait rien. Je n’étais même pas sûr qu’il avait entendu ce que je venais de dire, tellement il semblait absent :
_ Alors c’est ce que tu veux ? Fit-il en se passant les mains sur la tête, j’ai tout perdu alors…
_ Gora ce n’est pas ce que j’ai dit…
Il ne m’écoutait plus. Je le vit se lever et se diriger vers notre chambre. Il marchait comme s’il portait le poids du monde sur ses épaules. J’aurais dû être moins crue, mais je ne savais pas quoi lui dire. Je n’avais pas dit cela pour le conforter dans l’idée que j’allais partir mais juste pour qu’il ne se fasse pas trop de souci quant à son avenir avec ou sans moi. Et voilà qu’il se faisait maintenant de fausses idées sur ce que je voulais. J’allais le retrouver dans notre chambre. Je le trouvais, assis sur le lit, la tête entre les jambes… en larme. C’était la première fois qu’il avait l’air si… détruit. J’allais prendre place près de lui :
_ Gora ! Fis-je en lui caressant le dos, je suis là, et je n’irais nulle part, je n’ai pas l’intention de te quitter, promis… Gora !
Il leva la tête et fixa mon regard, puis, comme si ce qu’il y vit l’avait rassuré, il me prit dans ses bras pour ne plus me lâcher.