Chapitre 11: La Rupture

764 Words
Les heures qui suivirent ma conversation avec Marc furent un supplice lent et suffocant. Son refus catégorique concernant Damien résonnait encore dans ma tête comme une gifle. Ce n’était pas l’ordre d’un Maître. C’était l’interdiction d’un beau-père protecteur, une barrière infranchissable qu’il dressait entre nous. Je me sentais infantilisée, prisonnière d’une image que je ne supportais plus. Ce soir-là, je ne pouvais plus me taire. J’avais besoin qu’il me voie enfin. Pas comme la petite fille qu’il avait élevée, mais comme la femme que j’étais devenue. Je l’ai intercepté alors qu’il s’apprêtait à monter dans son bureau. Je me suis plantée devant lui, bloquant le passage. « Marc, on doit reparler de Damien. » Il soupira, un mélange de lassitude et d’agacement visible sur son visage. « Emma, c’est non. C’est pour ton bien. » « Mon bien ? » répétai-je, la voix tremblante de frustration. « Tu décides de ce qui est bien pour moi comme si j’avais encore douze ans ! Tu ne me connais plus, Marc. Tu ne vois plus qui je suis vraiment. » Le silence qui suivit fut électrique. Je sentais mon cœur cogner dans ma poitrine. Les mots montaient, irrépressibles. Je ne pouvais plus les retenir. « Je connais ce monde mieux que tu ne le penses, lançai-je, les yeux plantés dans les siens. Je sais ce qui s’y passe. Je sais ce que les gens y font… Je sais ce que tu y fais. » Son expression changea instantanément. La patience protectrice disparut, remplacée par une tension froide, presque dangereuse. « Qu’est-ce que tu viens de dire ? » murmura-t-il, la voix basse et menaçante. Je ne baissai pas les yeux. « Cette nuit-là, quand tu as puni Claire dans le bureau… je t’ai vu. Je t’ai entendu lui donner des ordres. Je t’ai vu la dominer, la faire trembler, la briser. Et j’ai compris que c’était exactement ce que je voulais. Pas avec Damien. Pas avec un inconnu. **Avec toi.** » Marc recula d’un pas, comme si je venais de le gifler. Son visage se décomposa. « Tu m’as espionné ? » « Je ne t’ai pas espionné, répliquai-je, la voix tremblante mais déterminée. Je t’ai vu. Et j’ai vu qui tu es vraiment. Pas le beau-père protecteur. Le Maître. Celui qui commande, qui contrôle, qui fait plier les femmes à ses pieds. » Il resta silencieux un long moment, les mâchoires serrées. Puis sa voix devint presque un murmure rauque : « Et au club ? … C’était toi ? La femme au masque ? » Je soutins son regard sans fléchir. « Oui. C’était moi. » Un silence lourd, presque insupportable, s’abattit entre nous. Je vis ses mains trembler légèrement. La colère, la confusion, la douleur se succédaient sur son visage. « Tu es folle, Emma… murmura-t-il enfin, la voix brisée. Tu ne réalises pas ce que tu as fait. Ce que tu m’as fait faire. » « Je réalise parfaitement, rétorquai-je, les larmes me montant aux yeux. Et je ne regrette rien. Parce que c’est toi que je veux, Marc. Pas comme un beau-père. Comme mon Maître. » Il me fixa longuement. Son regard oscillait entre la colère, l’horreur et quelque chose de plus sombre, de plus profond. « Tu n’es pas une soumise, Emma, dit-il enfin, la voix rauque. Tu es la fille que j’ai élevée. » « Je ne suis plus une enfant ! hurlai-je, les larmes coulant maintenant librement sur mes joues. Et tu n’es pas mon père ! Oui, tu m’as baisée. Oui, j’ai aimé être ta soumise. Oui, j’ai aimé être prise, dominée, utilisée par toi. Alors dis-moi, qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? Pourquoi tu refuses de me voir comme une femme ? Pourquoi tu t’interdis ce que tu désires vraiment ? » Marc recula comme si je venais de le frapper. Son visage se décomposa complètement. La douleur que je lus dans ses yeux était si brute, si profonde, que j’en eus le souffle coupé. « Parce que c’est contre nature, murmura-t-il d’une voix cassée. Parce que tu es la fille de la femme que j’ai aimée. Parce que je t’ai promis de te protéger… même de moi. » Il resta un long moment immobile, puis tourna les talons et monta l’escalier sans un mot de plus, me laissant seule au milieu du salon, le cœur en miettes et le corps tremblant de frustration. Pour la première fois, je compris que la véritable rupture ne venait pas de lui. Elle venait de moi. Et je ne savais plus si je pourrais la réparer.
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