Petite culotte dans la cuisine

4786 Words
J'hésite toujours. Caprice hausse un sourcil perplexe. -Qu'y a-t-il ? Tu regrettes déjà ? Je lui lance un rapide coup d'œil avant de serrer les poings en secouant vigoureusement la tête. Abigaël Chatipion ne regrette jamais. Elle assume, serre les dents et retombe toujours sur ses pattes. Du moins en théorie. Je serre les dents. Jamais je ne laisserais quiconque voir à quel point je suis horrifiée par ce que je fais, les efforts que je déploie pour garder le contrôle. Si je le pouvais, je me sauverais en courant, ou simplement pisserais dans ma petite culotte. Mais au lieu de ça, moi Abigaël, je redresse fièrement le menton, raffermit ma résolution et je pénètre dans leur cuisine. Jaune, très spacieuse. Un rien trop lumineuse peut-être, à la manière américaine si pompeuse. Mais… serait-ce un garçon en petite culotte ? -Abigaël ne regarde pas ! Me hurle Caprice. Trop tard. Oh my God ! Comment briser une volonté en deux leçons… ils veulent me faire faire une syncope dès le premier jour ? -Gustave ! Hurle Caprice en se précipitant sur un tablier de cuisine. Qu'est-ce que tu fous en slip ? T'es à la masse ou quoi ? Petit Gustave finit tranquillement sa craquotte (vous savez ces céréales pour les petits creux ?), guère remué de se faire griller aussi peu vêtu. Ce n'est que lorsque caprice le force à porter le tablier, qu'il grimace. -Voyons caprice, j'ai fait un effort déjà. Il me lance un petit sourire en coin. D'habitude, il y a moins que ça. Je crispe les poings et concentre mes pensées vers autre chose que la fuite ! Maman help ! Des garçons en petite culotte se tortillent devant mes yeux ! Que dois-je faire ? Hmm… Toucher ? Frapper ? Oh dilemme cruel ! Gustave semble aimer mon expression faciale terrifiée. -Ah que j'aimerais savoir ce que Georgette pense… tiens… il réfléchit avant que son visage ne s'éclaircisse. -Camille ! Ramène tes fesses. Petit pas qui raclent le sol, une porte qui s'ouvre, et j'entends la grosse voix s'élever. -Quoi encore ? Argh ! Dois-je décrire la vision qui s'offre à moi. Bon, imaginons un ralenti, où un dieu mafieuso pénètre dans la pièce, un simple pantalon moulant sur le cul, le torse de magazine ruisselant sous l'eau que déverse sa longue chevelure dénouée… Oh maman, que dois-je faire face à ces créatures ? Je me sens mal. L'homme s'ébroue, mais dans ma vision déformée autant que choquée, je ne vois que le seigneur en personne qui secoue ses cheveux en projetant de fines gouttelettes qui se déversent sur son corps. Les gouttelettes coulent, coulent en une myriade de lucioles, viennent effleurer le bas ventre pour se perdre dans… Stop. Devrais-je être excitée ? Peut-être, sans doute, mais là c'est surement mon coté vieille fille qui ressort. Je suis seulement écœurée. Choquée devant tant d'indécence. Scandalisée. -Oh petite Georgette, Lache gentiment Caprice. C'est triste à dire, mais je n'ai pas assez de tablier dans ce monde comme dans un autre. Il va te falloir t'habituer à en voir plus. L'elfe se glisse toutefois devant Gustave et je perçois le message. Avec vêtement, sans vêtement, avec slip, et même sans slip, gare à moi si je m'approche de son repas. Camille semble surpris de me voir et je réagis instinctivement. Je ferme fortement les yeux, et m'imagine un mur impénétrable dans mon esprit. Je dois résister un mois durant. Je refuse qu'il voit mes égarements dès le début. Abigaël sait se contrôler. Elle se le doit. J'entrouvre un œil, mais constate avec l'affliction la plus sincère que le pseudo mafieux n'est pas passé à autre chose. Il me scrute, et soudain il s'approche de moi pour lever ma mâchoire. D'une bonne quinzaine de centimètres mon ainé, il approche ses yeux noirs terrifiants de mon regard, et est-ce mon imagination, ou il laisse errer son souffle brulant sur mes lèvres tremblotantes ? Hmm imagination ou pas la réaction est la même. Je laisse échapper un hoquet d'agonie et m'écroule presque sur moi pour lui échapper, tandis que mon mur spirituel en fait de même. Je vois Camille satisfait et en frémis de rage. Se jouer d'une frêle jeune fille innocente. Goujat. Si je n'étais pas terrorisée par ce regard qui me jauge méchamment je crois que je pourrais être réellement furax. Camille me relâche. -Inutile de s'inquiéter Caprice. Cette fille est trop prude pour les pensées impures. Impures ? Mon cul, sale con. Camille se retourne vivement vers moi et je déglutis. Quelle nulle ! Il voit tout ce que je pense. Merde ! Je frissonne. -C'est bien, crains-moi… Je serre les poings et tente de retenir mes pensées injurieuses. Depuis toute petite, ce droit de penser à mal est ma seule consolation face à ce monde d'hypocrisie et de silence. Et maintenant j'ai ce psychopathe sur le dos… et moi qui suis censée les convaincre de mon contrôle sur moi-même… hé ! Mais… Le contrôle de soi, ça n'implique pas forcément d'être sympa. Si je pense à mal, cela ne signifie en rien que je sois dangereuse. Camille semble avoir suivi le cours de mes pensées et fronce un sourcil. Gustave lui semble amusé. -Ah… ça me rappelle tant de souvenirs… Caprice, s'enquit-il comme si je n'étais plus là, tu lui as fait le coup du marché ? Caprice approuve, et ne semble avoir aucun complexe à avouer qu'il y a eu manipulation. -Comme tout le monde, elle a le droit à sa chance. Je grince des dents mais tente de rester impassible malgré la colère. Bande d'abrutis. Ce marché, je vais le tenir et Abigaël partira loin, très loin de vos têtes constipées. Camille ouvre un journal et prend la tasse que lui tend Caprice. -Tout le monde a commencé par ce contrat… il lève brièvement un œil de son tissu de bêtise (Vous ne le saviez pas, tous les journalistes sont à la solde de l'état… manipulation au pouvoir!). Tu peux toujours essayer, mais personne jusqu'ici n'a réussi. Sans doute devrais-je me sentir déboussolée, découragée, ou même irritée, mais nada. Je suis Abigaël, et je suis une femme, une vraie. Alors qu'importe que je ne sois pas féminine, que j'ai le maillot mal fait (ça fait vraiment trop mal et vu le peu de fois que ça sert, ce n'est pas rentable) mais je possède le plus grand atout de la gent féminine... Une détermination sans faille ! -Pff, je dirais plutôt une stupidité incurable… Camille peut dire, je m'en moque ! Les grosses touffes en force ! Je ne vois pas l'expression de Camille mais Gustave lui éclate d'un rire joyeux. Caprice semble passablement agacé. -Mais qu'est-ce qu'elle dit ? Allez dites-moi, je n'aime pas être hors jeu. -Oh non rien, commente Gustave. Georgette nous fait juste sa crise féministe. Et elle a des arguments de taille. -Pourquoi Georgette ? Je fais la moue. Ca fait plusieurs fois déjà, et je ne comprends pas… Gustave semble surpris. -Mais c'est ton nouveau surnom bien sûr. Noah a soulevé que tu n'aimais pas Aby, alors c'est notre alternative… -Mais… -Chut. En un éclair Gustave se trouve près de moi, et j'assimile qu'ils peuvent se déplacer bien plus vite que la normal. Moi aussi ? Je n'ai guère le luxe d'y réfléchir, car la main du lutin vient caresser ma joue de la tempe à la mâchoire et je frémis. -George il est doux… murmure t-il d'un ton hypnotique. Insensible à mon air terrifié, il s'approche pour coller sa joue trop chaude contre ma mâchoire. -George il est frais… Garde le contrôle Abigaël. Ne leur laisse pas voir que tu veux fuir… ne lui fous pas un poing ! Caprice donne une taloche à Gustave. -Mais George n'est vraiment pas pratique ! Achève Caprice dans un grognement menaçant. Mes neurones surchauffent, mon esprit trifouille une signification, et soudain je saisis. -La pub Tic tac ? (*) (lien de la vidéo en bas…) Caprice hoche la tête, tout en surveillant un Gustave penaud. -En effet, mais comme tu es une fille nous avons pensé à Georgette. -Hmm… Est-ce que j'aime ? Plus qu'Aby ? Moins qu'Aby ? N'est-ce pas péjoratif de se faire comparer à un gros patapouf à poil ? -C'est toi qui parlais de grosses touffes, me fait subtilement remarquer petit Gustave… Caprice affiche un air outré, mais je ne peux retenir un rire conquis. En effet j'en ai moi-même parlé. Mon rire s'accentue encore lorsque Caprice fait mine de frapper son esclave. -Qui t'a donné la permission de parler de grosses touffes devant moi ? S'exclame Caprice. Je ne te suffis plus, c'est ça ? Les larmes me montent aux yeux, et je me surprends moi-même. Depuis combien de temps n'ai-je pas ri comme ça ? Un an ? Deux ? Non ça fait une éternité et je m'aperçois que le processus fait un bien fou… Toutefois je m'arrête brusquement lorsque trois paires d'yeux me regardent fixement. -Quoi ? Je m'assois sur ma chaise et me recroqueville sous leurs regards. Scrutateurs. Médusés. Intéressés. A leur taper dessus. Me serais-je bavée dessus ? Hé, je ne ris pas souvent, je ne maitrise pas le phénomène. Un peu d'indulgence. Caprice déglutit et fais les gros yeux à Gustave pour qu'il cesse de me dévisager. -Non, ce n'est rien. Ton rire est simplement… surprenant. -Dis plutôt qu'elle est magnifique, parvient à caser Gustave avant de se sauver par la porte. Je ne peux lui en vouloir de fuir, parce que Caprice décida de le pourchasser à grand moyen de badine en bois. Ouille. Camille me regarde encore un instant, mais ce regard noir qu'il me renvoie me fait plus l'effet du dégoût prononcé que de l'admiration béate. Je porte une main à mes lèvres, et songe à ceci. Noah m'a dit que je dégageais une aura. D'ailleurs en y réfléchissant bien, chacun des nuisibles dégage manifestement une forte dose de ces saloperies qui vous font tourner la tête. Mais moi je résisterais. En outre, je ressens plus de la hargne face à ces techniques de séduction déloyale que de l'excitation. -L'on ne choisit pas ce que l'on dégage, grommelle Camille. L'on ne t'a pas sonné toi ! -C'est mes pensées. Cesse de fouiner. Il hausse les épaules d'un air lassé. -Tu peux parler. A ma place tu serais bien pire. Sauf que je n'y suis pas, sociopathe. Et c'est mon droit le plus légitime de critiquer les autres. Camille ne répond pas, je l'ai peut-être vexé la petite créature. Caprice entre et constate le silence pesant. -Bien, Georgette ça te va ? J'hausse les épaules. -M'en moque. Mais tant que t'y es garde plutôt George. Ne déformons pas les classiques. Caprice m'adresse un sourire réjoui, mais je n'y prends pas garde. J'ai bien plus intéressant à regarder. Noah. Hmm. Restons simple. Je lui en veux toujours. Je ne le supporte pas. Il m'énerve. Mais… pourquoi ai-je envie de sourire en le voyant entrer dans la pièce ? Pourquoi cette impression de soulagement me submerge-t-elle, moi qui ne connais que lui dans ce monde de dingue ? Je lutte contre cette sensation agréable et maitrise les commissures de mes lèvres tandis qu'il s'approche. Après tout Camille lit toujours dans mon esprit, et je refuse de montrer un quelconque intérêt à mon bourreau. Je suis même prête à détourner la tête quand… oh non ! Je rêve ! Inutile de tourner la tête la première, puisque monsieur je-te-laisse-tomber l'a déjà fait. Je fronce les sourcils, penche même la tête vers lui (ah quelle cruche je fais, après il pourrait croire que ça me blesse) mais il garde la tête obstinément tournée vers Caprice. -Je m'en vais, lâche t-il durement. Mais… Je déglutis. Ou est donc passé ma mauviette à la douce voix ? Celui qui me collait comme pas deux et se faisait insupportablement protecteur ? Caprice acquiesce, visiblement peu surpris. -Que vas-tu faire dehors ? -Léonard m'a confié la prochaine tâche. Je vois Camille lui accorder un bref regard compatissant, avant de retourner à son journal. Caprice fait la moue. -Ca va aller ? -Pas le choix. -Et les moyens ? Noah baisse un instant la tête, et quoique ne pouvant tout voir, je reste muette (bon je le suis déjà mais ne jouez pas sur les mots, je suis sur le cul quoi ? bah oui, je voulais me montrer distinguée…) donc je reste muette devant son expression féroce. J'entrevois la même expression de la salle de bain, où il m'avait déjà fait taire. -J'aviserai. Caprice hoche encore la tête, guère impressionné, et j'en déduis que cette attitude est banale chez lui. Oh. Wow. Suis-je déçue, surprise, béate, ou excitée ? Bon, rayons le dernier adjectif. Abigaël n'est jamais excitée. Abigaël sait se contenir. Je suis une fille raisonnable, qui agit selon les règles d'une fille prude… j'ose un nouveau regard sur son expression bestiale, et suis obligée de me mordre la joue. Pas excitée j'ai dit. Les seuls moments où Abigaël se le permet, c'est dans son lit, avec ses jouets. Un hoquet s'élève, et je comprends que Camille a intercepté l'une des scènes de mon esprit. Argh ! Dégage de ma tête, pervers. Je le foudroie du regard et celui-ci préfère, à mon grand soulagement, s'abstenir de tous commentaires. Si l'on continu à ce rythme, je serais bientôt connue ici comme la dépravée de service. Snif. Noah salue d'un bref signe de tête les deux hommes et va pour s'en aller. Ah oui ? Il s'en va, comme ça ? Sans même un au revoir digne de ce nom à mon encontre. -Noah ? Je grimace en constatant que je n'ai pu m'empêcher de l'appeler. Ouh vilaine fille, je me châtierais plus tard… sans mes jouets… Il se retourne vers moi, mais la douceur patiente n'ait plus là. Son regard est froid comme le marbre et je me sens de nouveau cet insecte nuisible que l'on rêve d'écraser. Face à une telle attitude je ne peux que le défier. Adieu la question niaise du « quand reviens-tu ? » et voila le fameux : - Ramène-moi mes livres de Thermodynamique. Dans ma chambre, commode de droite, troisième placard. Pas de hochement de tête approbateur, juste l'agacement dans ce visage parfait. Ca, ça veut dire « rêve toujours, j'ai autre chose à faire, femme ». Oh petit con. C'est à moi de faire ce genre de regard. -Pas de bêtise, grince-t-il juste. Et puis il s'en va. Comme ça. Juste ça. Aurait-il oublié toutes ces fois où il voulait me serrer dans ses bras contre mon gré ? Soit, ce ne furent que deux jours, mais j'aurais cru qu'il se montrerait un peu plus courtois une fois la marchandise livrée. Je grimace à cette pensée, et quoique ridicule, mon cœur se serre à cette idée. Abigaël, tu t'es fait bernée ! Tu n'étais qu'une vulgaire marchandise à livrer. Et tous les moyens étaient bons pour la mission. Me faire croire qu'il était sympa. M'habituer à me faire croire qu'un mec peut être fréquentable. Ah, que ça fait mal. Je suis tentée de lever une main sur mon cœur pour en apaiser la brulure, mais sais que c'est ridicule. Voila ce qui arrive à faire s'essayer à la confiance avec les hommes (certes les femmes sont pires, mais ce n'est pas une raison…). Je m'en veux, et suis sûre que la fatigue y est pour quelque chose. Quoi d'autre ? Je me rassois sur mon siège, et je remarque que je suis épiée. Je rougis. Que j'aimerais pouvoir me cacher en ce moment de faiblesse illogique. Mais je dois leur prouver que je sais me maitriser. Je croise le regard de Camille, prête à le défier, mais le mépris n'est plus là. Il me fixe simplement, et je me demande à quoi il pense. Que je suis une faible femme ? Une chose trop fragile et crédule ? Facile à abandonner ? Il aurait raison de penser ainsi, mais promis il n'aura plus l'occasion de me regarder de la sorte. L'ogre ouvre la bouche mais je préfère le stopper. -Pas envie de savoir ce que tu penses. Je le jauge du mieux que la petite créature que je suis peut faire, et remets une mèche rebelle derrière mon oreille de femme à ne pas emmerder. -Tu veux tout savoir de ce que je pense ? Soit. Je ne peux rien y faire. Toi non plus. Mais ne viens pas te plaindre de ce que tu apprendras. Et je t'interdis de répondre à mes pensées. L'ogre hausse un sourcil peu avenant. -Tu m'« interdis » ? Je serre les poings pour cacher la vague frayeur qu'il m'inspire. -Oui je te l'interdis. Tu assumes en silence ce que tu apprends, sinon c'est mon poing dans ta face. Je lui adresse un grand sourire. -Compris ? Camille me regarde un instant et je lis la fureur qui nait comme une fleur qui s'épanouit. M'en fous. Pense ce que tu veux. Tu ne peux pas frapper une femme. Ca ne se fait pas. -Ah oui ? Je me lève et quoique je sache que je suis dans la mouise, j'ai promis un châtiment pour ce genre de cas. Et tant mieux, j'ai besoin de penser à autre chose que mon dernier abandon en date. -Je t'ai dit de ne pas répondre à mes pensées. Camille se lève aussi et je me sens minuscule. Snif. Maman, pourquoi ne m'as-tu pas donnée plus de soupe étant petite ? J'aurais peut-être eut une chance de ne pas lui arriver à la poitrine. M'en moque. S'il me cherche, je serais d'autant plus proche des parties sensibles. Camille me fusille du regard et j'en fais de même. Je sais. Ce n'est pas logique me direz-vous. Après tout, je ne suis qu'Abigaël. Je suis une timide, et ne fais ma tête de cochon que lorsque je suis en position de force, ce qui effectivement, n'est pas le cas. Physiquement du moins. Je prépare mes poings. Et si je vous disais que la situation de force n'est pas la seule raison, voir peut-être même pas la vraie ? Et si je parlais du principe de réputation, du phénomène d'estime de soi que développent les gens normaux, et dont je faisais partie intégrante avant. A cela près que je protégeais mon image d'un peu trop près. Je ne voulais pas d'ennuis. Je voulais qu'on m'apprécie et de ce fait n'osait rien faire. L'on ne m'aimait pas, parce que je voulais que l'on m'aime bien. Compris ? Non ? Par exemple, interdit la blague vaseuse afin d'éviter de passer pour une tarée. L'on tente de me marcher dessus, et je laisse faire par peur de me montrer trop dure et de ne pas le satisfaire. Pff, affligeant. Mais ici, ai-je réellement besoin de prendre soin de ma réputation ? Je me moque éperdument que ces déséquilibrés m'apprécient… Et puis toutes mes pensées impures, ridicules et niaises, on les connait déjà… Qu'ai-je à perdre ? Je lève les yeux vers Camille et sais que je ne joue pas ma timide là tout de suite. Je le foudroie, que dis-je, je l'éviscère du regard. « Camille, pensé-je, tu ne me fais pas peur. Que vas- tu me faire ? Me frapper ? Tiens, allez va-y si tu l'oses… Clac. Je lève d'instinct une main à ma joue brulante, et retiens un cri de souffrance. Punaise, mais c'est qu'il l'a fait ce con ! La fureur enfle de suite et j'explose. -Connard ! Alors comme ça tu frappes les filles. Lavette ! Détritus ! Je vais pour le frapper mais il agrippe mon poignet et de l'autre, j'ai le droit à une nouvelle gifle. Je lui envoie un coup de pied, mais suis obligée de constater qu'il est futile de tenter d'avoir par surprise quelqu'un qui devine vos moindres pensées. Le pied est stoppé et je ne dois d'échapper à un autre coup qu'à l'aide de Caprice. -Camille du calme. L'on ne tape pas les filles. Ah, qu'est-ce que je disais ? Je rugis mais Caprice me retient. L'ogre me lance un regard brulant. -Où vois-tu une fille ? Moi je ne vois qu'une petite peste capricieuse et acariâtre. Je me débats dans les bras de Caprice, plus colérique encore, tandis que les tremblements débutent. -Je vais te tuer ! Personne ne dit à Abigaël qu'elle est capricieuse ! Encore moins acariâtre ! -Va-y, grince le colosse. Montre moi voir. -Camille dégage ! L'intéressé regarde un instant l'elfe et après un dernier regard méprisant à mon encontre, s'en va sans un mot. Je me débats encore, déraisonnable au possible, mais finalement les tremblements ont raison de ma fureur et je m'écroule presque sur Caprice. -Du calme, me souffle-t-il inutilement. Va-y, assied-toi. Une fois fait, il va chercher de l'eau et après me l'avoir donné s'assied en face de moi. -Dis-moi, tu sais mettre les gens en pétard toi ! Pff… pétard, naze comme expression. Je me mords toutefois la lèvre, car je suis consciente qu'il me faut me maitriser. La honte m'envahit lorsque je réalise la piètre prestation que je viens d'accomplir. Niveau contrôle je suis mal barrée. Caprice semble comprendre le fond de mes pensées. -Ne t'inquiète pas, tout le monde est ainsi au début. Son front se plisse. Camille n'aurait pas dû te frapper. Je demanderais à Léon de lui en parler. Il se tiendra tranquille, foi de Caprice ! Je regarde le verre et frémis. Léon ? Léonard ? Ce personnage mystérieux qu'il m'est interdit de rencontrer ? Serait-il capable de dicter à cette bête que représente Camille ? -Vous semblez respecter ce Léonard… Caprice esquisse un sourire. -Normal. C'est le premier d'entre nous. Je le contemple, ahurie. -Le premier ? Serait-ce donc lui le premier nuisible ? Le responsable indirect de mon malheur ? -Hmm c'est une façon de parler. En fait il s'agit surtout du premier qui ait survécu jusqu'à maintenant. Ceux avant lui n'ont pas eu la même chance au début. Il fait la moue. Ils étaient trop instables, la maladie les a détruits en un rien de temps. Je réfléchis à ces propos et soudain, je réalise que je veux en savoir davantage. Je ne devrais pas m'y intéresser, mais c'est plus fort que moi. Mon esprit curieux l'emporte de loin sur mon orgueil. -Quel est l'origine des nuisibles ? Caprice me zieute, légèrement surpris. -Ca t'intéresse vraiment ? Je me contente d'hocher la tête. Inutile de le supplier. S'il refuse, ce n'est pas non plus si grave… -Nous ne savons pas vraiment en fait, souffle-t-il. L'elfe contemple ses mains en parlant. Certains d'entre nous pensent au gouvernement et ses essais militaires ratés, d'autres à l'évolution naturelle de l'homme, et d'autres… Caprice s'approche davantage de moi et je suis contrainte de me pencher vers lui (l'on dirait vraiment l'une de ses scènes d'espions, j'adore !) Certains pensent qu'il s'agit des extraterrestres ! Je fais la moue et le regarde médusée. -Les extraterrestres ? -Mais oui, murmure-t-il captivé par ses propres paroles. Des êtres venus d'ailleurs qui auraient décidés d'exterminer le monde à l'exception de quelques élus. Des êtres diaboliques et avides de pouvoir qui chercheraient à refaire le monde à leur image, ou bien à l'inverse des créatures douces et gentilles qui seraient venues sans se douter des effets terribles que leur présence pourrait engendrer… -Leur présence ? Je le regarde sceptique et devine que les « certains » se limitent à l'être qui se trouve face à moi. -Et les preuves ? Caprice s'approche un peu plus de moi. -Les premiers, ceux qui moururent juste après avoir contaminés un autre, parlent de trou de mémoire, de lumières éblouissantes… Hmm… je secoue la tête, exaspérée. L'on ne tire pas de conclusion d'après si peu d'éléments. Quel manque d'esprit d'analyse. -Et ? -Ca ne te suffit pas ? S'offusque l'elfe. Il croise les bras. Tu es comme les autres. Etroite d'esprit. -Sans doute, mais moi je ne me limite pas à ce que je sais d'E.T l'extraterrestre… il faut être débile pour penser de la sorte… Je vois la créature se braquer et visiblement je l'ai vexé. Aïe. C'est l'un des juges finaux. Il faut qu'il soit dans mon camp. Sois gentille Abigaël. Même avec les débiles. -Mais qui sait, soufflé-je malgré moi. Peut-être après tout, l'on ne sait jamais. Caprice se détend et je vois ses yeux briller. -Vraiment ? Tu penses ? Je me mordille la lèvre inférieure, légèrement honteuse de mon hypocrisie. -Pourquoi pas ? Je fais tourner mon verre entre mes mains. -Et pour la thèse militaire ? Caprice semble sceptique. -Ce serait étonnant. Nulles traces ne restent si tel avait été les cas. L'armée ne semble pas avoir connaissance de telles recherches nous concernant… Il se renfrogne. Il fut heureux, je n'aimerais pas qu'ils en sachent trop… Parce que l'armée saurait pour les nuisibles ? Je ravale ma question idiote. Si cela se savait, ce manoir serait vide. Chacun d'entre eux serait cloitré dans des laboratoires secrets, et ils seraient prisonniers à vie… je frissonne à cette idée, et fixe caprice. Il semble si fragile. Lui ligoté, réduit à un rat de laboratoire ? Je secoue la tête. Tel n'est pas le cas, et je m'en moque. Cela ne me concerne en rien de savoir ce genre de chose. Afin de dissiper le malaise qui stagne, il me semble judicieux de poser une nouvelle question. -Et Léonard, qu'en pense-t-il ? Tu m'as dit qu'il savait tout. J'ai le droit à deux couettes qui remue un non en cadence. Quelle mélodie dans le mouvement ! -Léon ne sait pas tout dans ce sens. Il ne sait pas ce qui s'est déjà produit, seulement ce qui pourrait survenir… Je déglutis ; -Tu veux dire… voir le futur ? -Ne sois pas idiote. Personne ne peut voir dans l'avenir voyons. Je me renfrogne. -Jusqu'à peu de temps, je pensais que l'on ne pouvait pas lire dans la tête des gens. -Certes mais… il grimace. Ah tu m'agaces à vouloir avoir raison. Lire dans la tête des gens ça va, mais le futur, quelle idée ! Non Léon tire des conclusions de ce qu'il sait, et en arrive à des estimations, une appréhension de la situation dans tel ou tel domaine, ce qui pourrait survenir. Je m'en veux presque d'être bornée, mais pour moi ça revient bien à deviner le futur. Je préfère laisser tomber. Trop de mauvaises ondes d'imbécilité chronique, ça me donne toujours mal au crâne. -Et donc, qu'en pense t-il… Caprice me regarde d'un air très sérieux. -Il ne sait pas… (Ouh voila qui m'aide grandement…) il a perdu beaucoup de frères, poursuis mon nuisible efféminé. Voila tout ce qu'il sait sur ce sujet. Ses prédécesseurs n'étaient pas suffisamment stables, et en sont morts avant de muter en un phénomène de plus en plus stable, ce qui laisse penser que ce qui nous affecte à évoluer. C'est intelligent. Evolution, manipulation militaire, extraterrestre, il s'en moque. Lui est le premier à survivre mais en porte les marques. Contrairement à nous, la maladie est permanente chez lui, et tout ajout du virus dans son environnement le tuerait… tu pourrais le tuer. Je ne comprends rien. -Et pourquoi me permet-il de rester alors ? C'est vrai quoi ! Lorsque ma mère avait ramené un chat d'Egypte pour repartir une semaine plus tard avec une seule phrase « prends en soin c'est une espèce sacrée », et bien, sacré ou pas, il avait suffi d'une crotte mal placée pour que ce soit « Hallo SPA bonjour ? » (Si ça peut rassurer les partisans de la lutte des animaux, le chat est heureux maintenant, il fait ses besoins dans la chambre d'adeptes du genre.) Passons… l'attitude de Caprice est intéressante elle aussi et je me fais presque l'effet de l'un de ces chats sacrés tant il semble respectueux. -Parce qu'à ses yeux, tu représentes l'espoir. Ah… qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre comme conneries ! Si ça peut vous rassurer je continuerais à l'ancienne méthode, et garderais mes vénérables trésors pour la cuvette des toilettes ! Noah, je comprends que tu aies fuit… Non, rectification. Je ne comprends pas, mais t'envie. Help ! … (*) : Le lien Youtube pour ceux que ça intéresse. www . youtube watch?v=A9kIGOQfr-w
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