Une histoire plutôt Gay (part 1)

2427 Words
Personne ne vint m'aider les jours qui suivirent, et je décidais de m'adapter comme je le pouvais. Prisonnière comme je l'étais, j'appris à apprécier Caprice et ses attitudes protectrices, Gustave et ses airs gamins et même Camille et son humeur maussade, si semblable à la mienne. Le colosse décida de m'ignorer dans un premier temps, et j'en parlais à Caprice. -Léon lui a parlé, me souffla-t-il. Et il est d'accord avec moi. Si vous ne pouvez pas vous parlez sans vous taper dessus, alors ne vous parlez pas. L'on ne tape pas les dames. Il me lança un regard amusé. -Et puis, je doute que Camille veuille se prendre une nouvelle fois la tête avec toi. Je lui lançais un regard surpris qui le convainquit de poursuivre. -Ce soir-là tu t'es montrée effrayante. J'aurais été à la place de Mika (petit surnom occasionnel de Camille… le pauvre), j'aurais fait dans mon froc… Je souris, et m'abstins de préciser que je n'avais pas été loin de faire de même. Abigaël effrayante ? Je préférais ne pas argumenter, mais le phénomène me semblait très improbable… Les jours passaient donc et je tachais de ne pas trop penser à cette trahison dont j'étais victime une fois de plus. Noah ne revenait pas et mon capital compréhension s'amenuisait d'heures en heures le concernant. Devenue simple marchandise que l'on dépose avant de repartir, je m'appliquais à ne pas laisser entrevoir à Camille à quel point je me sentais mal. Je doute toutefois que mes efforts se montrèrent efficaces, mais était-ce parce qu'il avait compris ou qu'il s'en moquait éperdument, Camille m'épargna du moindre commentaire. L'on aurait presque pu croire qu'il ne savait pas la moindre pensée perverse et/ou injurieuse qui m'effleurait l'esprit. Hmm si une fois il ne put se contenir. Ce fut le jour où je le vis nu pour la première fois. Quel imbécile aussi, il aurait dû se méfier davantage. Ce fut alors que je revenais des toilettes, je le vis sortir de la salle de bain, vêtu dans le plus simple appareil. Je me souviens encore de nous deux plantés chacun à un bout du couloir, à nous dévisager. Finalement le colosse avait grogné, et le rouge lui était monté aux joues, avant qu'il ne rentre prestement dans sa tanière. Petite nature va. Enfin bref. Etrangement, j'en suis finalement venue à l'apprécier lui aussi. Car je peux dire ce que je veux, nous avons beau ne discuter que très peu, c'est justement le seul à comprendre que je préfère qu'on me laisse ruminer mon malheur en paix. Et il a beau se montrer hautain la majeure partie de la journée, Camille n'en est pas moins toujours là à faire ce que chacun attend de lui, et en outre, c'est le moins barge à mes yeux. Entre Gustave qui se fait pesant, Caprice souvent surprotecteur, j'aime parfois me retrouver en sa seule présence (oui parce qu'étant nouvelle, j'ai le droit à une surveillance spéciale : interdiction de se retrouver seule en dehors de ma chambre… vive le traitement V.I.P !) Quatre jours défilent donc, et ainsi entourée, je me fis peu à peu aux nombreux problèmes qui se profilaient devant moi. L'on me forca à manger comme trois, je me plaignis, l'on ne m'écouta pas, et le résultat fut que le désir de sang s'atténua. Selon Caprice ce désir sanguinaire vient du fait que la maladie contamine notre sang, et le fait s'évaporer lors des crises. D'où ce besoin de compensation. Je ne pus que me plaindre à nouveau devant cette explication foireuse, consciente que j'avais déjà ce qu'il me fallait avec mes fidèles menstruations du mois. Mais les trois zigotos m'ignorèrent une fois encore. Caprice se contenta simplement de me faire avaler un peu plus de viande crue, affirmant que cela était d'autant plus nécessaire que mon attrait pour le sang devait être grand. Entre temps, je me plaignis également de ces livres de cours qui n'arrivaient pas, et dont je savais que Noah ne s'occuperait pas. L'on me dit juste de patienter et de finir mon assiette au lieu de faire mes caprices. Un comble ! Que dire d'autre concernant ces jours de pur ennuie ? Hmm, j'en appris plus sur mes compagnons, et j'appris que chacun ne se contentait pas d'errer dans la maison toute la journée. Chacun avait des loisirs, des occupations auxquelles ils consacraient leur journée, eux ces favorisés dispensés de travail, puisqu'ils semblaient coupés des contraintes budgétaires du commun du mortel. Je tentais de savoir comment et pourquoi un pareil fait, mais aucun ne me répondit. De même que l'on me déconseilla vivement d'aller errer dans les sous-sols du manoir. J'en conclus que je ne devais pas encore mériter cette fameuse confiance nécessaire. Soit, je m'en moque, je partirais bientôt. Autant est-il que chacun semble doué pour ce qu'il fait. Camille refusa de me dire à quoi il s'occupait, mais je sais à présent que Gustave excelle dans l'art du piano. Il joue souvent dans la maison, et je me suis surpris un soir à m'assoir près de lui pour apprécier cette musique merveilleuse. Je me surpris davantage encore, lorsque je constatais que cela me relaxait. C'est dire, je ne réagis presque pas cette fois-ci lorsque Gustave me rapprocha encore de lui d'une main, sa paume chaude contre mes hanches. Je commençais peu à peu à m'habituer à ces contacts, et me demandais même si je ne les recherchais pas un peu désormais… Hmmph ne croyez pas que je sois sensible à leur charme. La preuve. Une fois le morceau fini, Gustave eut le droit à un soufflet pour avoir tenté de baisser davantage sa main. Reste à ta place, créature ! Seule Abigaël est habilitée à se toucher ! Loin de se vexer, le malotru m'avait décernée un sourire angélique avant de se lever pour partir dormir. -Ne m'en veux pas trop s'il te plait. J'ai bien le droit de tenter ma chance. Si je ne profite pas des derniers moments qu'il me reste avant que l'autre ne rentre, honte sur moi en tant qu'homme. J'avais tenté un nouveau soufflet mais il m'avait tirée la langue avant de disparaitre. Avant que l'autre ne rentre… Noah ? La même douleur s'en était venue, et j'avais fini pas l'associer à la tristesse. Bien obligée, je me sentais toujours aussi trahie. Mais j'avais pensé que le phénomène se calmerait… S'il revient, comment suis-je censée réagir ? L'ignorer ? Être odieuse ? (je veux dire pire que ce que je peux déjà faire…) Mais s'il persiste à lui-même m'ignorer ? Je secoue la tête et préfère ne plus y songer. J'aviserai bien au moment voulu. Mélancolique, je songeais aux hommes, et ici à Gustave en particulier. Comment pouvait-on se montrer aussi gentil et pervers à la fois ? Comment pouvait-il faire que je me sente tantôt à l'aise à ses cotés, tantôt en danger maximal ? Le coté « à l'aise » serait-il une manipulation de sa part ? Un rien pour lui permettre de satisfaire ses « besoins » ? Pff. Les hommes, tous des cons tenus par le petit bout d'en bas. Il m'a semblée avoir déjà lu quelque part que l'homme pense au sexe une fois toutes les sept secondes. Effrayant. Mais réaliste. Ce faisant, j'étais passée devant la porte de Caprice, et c'était ce soir là que j'avais découvert la passion de celui-ci. Gustave m'avait prévenue avant de céder (une fois de plus) à son coté prédateur. « Ne fais pas de bruit ce soir, m'avait-il glissée. Caprice est en pleine crise. » D'abord obéissante, j'avais tenté de marcher sur la pointe des pieds. Je sais ce que c'est, et petit Caprice mérite de pouvoir essayer de dormir sans que je m'en mêle. Rentrons dans notre chambre sans nous faire remarquer. Mais un grognement s'était élevé de la chambre de l'elfe, et je m'étais stoppée. Caprice ? Qui grogne ? De suite une image m'était venue à l'esprit et je m'étais visualisée mon pauvre petit être efféminé trempé de sueur, malade et faible. J'avais serré les dents. Pourquoi lui qui s'occupe de tous avec tellement d'ardeur, se retrouve t'il seul dans son coin une fois malade ? Bon je suis pareille. Les fois où je suis souffreteuse, je veille à m'enfermer à double tour. Je ne supporte pas que l'on me voit plus faible que je ne le suis déjà. Niet. Abigaël a son orgueil et quoique Caprice et Gustave en semblent affligés, je refuse de leur faire profiter de ma « fraicheur ». Selon eux, ce serait un délice de me tenir compagnie étant malade. Je suis froide et eux chaud. J'avais contemplé la porte et la culpabilité m'avait saisie. Petit Caprice, es-tu seul parce que les autres sont si chaud qu'ils ne feraient qu'aggraver ton mal ? Toi qui aime tant être avec les autres… Un autre grognement m'était parvenu, plus sourd et j'avais clairement distingué la souffrance dans ce bruit. Que devais-je faire ? Faire semblant de rien entendre ? Me sauver dans ma chambre ? Non. Je sais déjà ce que vous pensez tous. Vous pensez qu'Abigaël est une conne obstinée et ronchonne qui ne pense qu'à elle. Mais ce n'est pas vrai, ou presque. Je sais lutter pour ce que je crois juste et n'aime pas que l'on détruise mon univers. Mais Abigaël a aussi une conscience, et outre que j'ai une dette envers celui qui ne m'a toujours pas abandonnée, qui s'est occupé de moi avec patience, je ne supporte pas de voir les autres malades sans rien faire. Si vous vous souvenez bien, c'est d'ailleurs pour ce défaut que j'en suis arrivée là. Je mis ma main sur la poignée, et c'est là que je finis d'expliquer au passé car vous me rejoignez enfin… J'ouvre la porte. A l'intérieur de la pièce, tout est noir. Je distingue toutefois une multitude de tricots en cours, de bobines de fil, des paquets d'aiguilles… Ainsi Caprice aime les activités manuelles, dites de femme. Hmm... Passons. Rien ne m'étonne plus venant de lui. Cette passion ou une autre, je n'en ai que faire, au moins les autres ne viendront pas me demander de le faire. Je cherche le lit, et le trouve sans trop de mal sur ma gauche, où une petite créature semble se débattre sur son lit, prise de convulsions incontrôlables. Ma gorge se serre. Je sais à quel point c'est douloureux. L'impression que l'on meure, que notre corps n'est plus que glace (ou braise le concernant), que l'on s'éparpille de toutes parts. Ahhh que je comprends. Je m'avance, et dans sa maladie, l'elfe semble entendre mon approche. -Non. Allez-vous-en, grogne l'Angelo. Sa voix est rauque, et j'en conclus qu'il doit se retenir de hurler depuis un moment déjà. -C'est moi, soufflé- je doucement. Un silence. -C'est Abigaël, continué-je, me sentant un peu bécasse. Un nouveau silence me répond et je me contente de croiser le regard fiévreux de cette mère poule de tous les jours. Le pauvre. Que puis-je faire ? Quoique je fasse, je sais par expérience que rien ne pourra l'aider. A moins que… Ils m'ont dit que la chaleur était atroce dans ces moments, qu'ils se trouvaient déshydratés au possible. -Tu veux que je t'apporte quelque chose Caprice ? Un peu d'eau ? Une serviette humide ? Caprice secoue la tête dans un tremblement incontrôlé. -Non. Va-t-en. Je ne veux pas te déranger. -Caprice, ne sois pas ridicule, c'est moi qui te dérange là. Je n'ai rien d'autre à faire de toute façon. Je m'assieds d'autorité sur le lit, et m'essaye à lui tâter le front. Caprice refuse dans un premier temps le contact, sans doute craint-il que je n'empire encore son état en le touchant. Mais une fois le front touché, il soupire de bien-être. Wow. Il est vraiment chaud. Presque brulant. Je laisse ma main sur son front, autant pour lui que pour moi, moi celle qui meure de froid depuis le début, et comprends que Caprice aime ca. Je fais doucement glisser ma main sur la joue de l'homme, puis descend à son cou. Une main vient s'emparer de la mienne, aussi chaude que son visage, et Caprice me regarde de ses yeux perçants. -Abigaël, s'il te plait reste près de moi cette nuit. J'enlève d'abord ma main, choquée par ce ton suave et suppliant, mais finalement j'hoche la tête et enlève mon pull. Caprice tremblote encore, mais je sens son intérêt grandir. -Que fais-tu ? -Ca ne se voit pas ? Quitte à dormir avec un radiateur ambulant, autant que je me découvre. Je le fixe d'un regard accusateur. Mais sache que tu n'as qu'une chance. Je ne le fais que parce que je connais tes attirances sexuelles. Et à la moindre palpation déplacée, je me tire et tu te démmerdes. Caprice hoche frénétiquement la tête et je souris avant de finir de me mettre en petite culotte-soutif. Je soulève la fine couverture qui lui tient lieu de drap et m'allonge sur un coude. Je soupire, consciente que je ne suis qu'une idiote et tends les bras vers mon malade. -Allez viens, qu'on y passe (pas) la nuit ! Caprice ne me fait pas répéter, et j'en grimace presque au début. Trop chaud. Caprice frissonne violemment contre moi, et je me demande dans un premier temps si mon entreprise est vraiment judicieuse. Toutefois l'impression de chaleur se dissipe, et Caprice cesse peu à peu de trembler, avant que je ne le sente se détendre contre moi. Rassurée, je l'enlace tendrement, et laisse mes doigts venir caresser ses cheveux emmêlés de sueur. Berk, une douche ne sera pas de trop demain. N'empêche qu'il est chaud, et je ne regrette pas. -Abigaël ? Me souffle l'elfe d'une voix moins faible. -Oui ? -Merci. Je le serre un peu plus contre moi et cache le sourire qui me vient. Que j'aime prendre soin de ces êtres sans défense… mon coté faible qui ressort sans doute. -De rien. Caprice s'éloigne un peu de moi et me fixe de ses yeux noisette. -Pourquoi m'aides-tu, toi qui n'aimes pas qu'on t'approche de trop près ? Je prends soin de maitriser l'expression faciale que j'affiche, et le rabat contre moi pour qu'il cesse de me perturber de son regard. -Pour une raison très simple... Lutte, lutte Abigaël. Ah dieu que c'est dur de se montrer rigide. Je laisse tomber la bataille et laisse échapper la phrase suivante sur un ton plus tendre. -… parce que tu m'as appelée par mon prénom.
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