Une histoire plutôt Gay (part 2)

4263 Words
Le lendemain, Caprice est totalement remis de sa crise. Lorsque nous entrons dans la cuisine, Gustave se montre d'ailleurs extrêmement surpris quoique ravi. -Caprice ? Mais… ta crise est déjà finie ? Camille me scrute un instant, avant de se cacher derrière son journal. J'ai toutefois le temps de discerner un sourire approbateur. Le phénomène n'échappe d'ailleurs pas à Gustave, et Caprice eut beau le gratifier d'un unique sourire, le lutin dû sans doute lire dans son esprit. -Non ? Hoqueta-t-il. Je rougis, et préfère aller me cacher dans mes cornflakes. Le regard de Gustave oscille entre Caprice et moi et son regard se fait envieux. -En sous vêtement en plus. -Ne t'occupe pas de lui, me lance Caprice. Ce n'est qu'un jaloux. Il se tourne vers Gustave. -Je n'ai fait que bénéficier d'un statut de trêve que mon homosexualité me procure. Il le défie. -Si tu agissais de même, elle pourrait sans doute se montrer gentille. Je préfère ne rien dire, mais c'est définitivement hors de question. Une fois. Pas deux. Et encore moins avec un vicieux de la braguette. -Georgette, s'exclame Gustave. Je suis gay, je suis gay, aies pitié de moi ! C'est mon tour ce soir. Pitié ! Je le jauge un instant par-dessus mon bol et fais mine d'avoir la nausée. Caprice est gay. Lui, non. Je ne sais toujours pas la teneur de leur relation, puisque de toute évidence Gustave lutte contre Caprice, mais ce qui est sûr c'est que même si Gustave se donnait à Caprice, il n'a pas encore suffisamment changé de bord pour que je lui ouvre mon lit. Gustave se fit odieux toute la sainte journée, et je regrettais amèrement d'avoir agi de la sorte avec Caprice. C'était prévisible après tout. Si je le fais pour l'un, je le fais pour l'autre. Gustave sauta d'ailleurs sur cette pensée et me fit culpabiliser. Il fallut l'aide de Caprice qui argumenta une nouvelle fois sur sa sexualité perturbée. -Dis moi Gus, si elle venait te « rafraichir » (il semble qu'ils ne soient pas parvenus à trouver un mot plus juste pour mes qualifications) Te contenterais-tu de rester sagement près d'elle, sans rien essayer de plus ? Gustave fit un rapide regard à Camille et jura les grands dieux que oui. -Camille ? L'intéressé grogna avant de secouer la tête. -Il attendrait qu'elle s'endorme, et laisserait ses mains se balader. Je lâchai un cri d'effroi, et me sauvais comme la jeune donzelle que je suis. Gustave se montra irritant, et vraiment déstabilisant, ce jusqu'à ce que je trouve un événement bien plus déstabilisant encore : l'arrivée de Noah. L'homme est rentré. Enfin. Déjà. J'entends des pas dans le hall d'entrée, j'entends son ton froid et ennuyé. Mon ouïe s'est considérablement développée ces derniers jours et je peux désormais entendre à une dizaine de mètres. Quand je le désire. Et là je ne le désire plus. Pas après avoir constatée qu'en 5 minutes de temps il n'a pas été une seul fois été question de la créature dont il est le créateur attitré. Moi. Je me coupe des bruits environnants et préfère songer à mon malheur. Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, vide de toute pensée. Je me sens ce petit être constamment abandonné, et me demande si je suis à ce point repoussante en physique autant qu'en esprit pour que l'on veuille se débarrasser aussi vite de ma personne. Je commençais à me dire que peut-être Noah serait digne que je lui accorde un peu de sympathie. Il avait enduré ma colère, mes craintes et quoique pénible il n'en avait pas semblé si affecté. L'on frappe à la porte et, surprise, je renifle vivement avant de m'essuyer les yeux. Du calme Abigaël. Personne ne doit savoir combien tu es une andouille. Une truite farcie, une niaise qui croit encore aux relations possibles entre un gars et une fille… Qui ça peut bien être ? Caprice ? Je fronce les sourcils et tends l'oreille. Je n'entends toutefois rien d'autre qu'un souffle rauque. Je ne me suis pas assez exercée pour deviner lequel c'est. Une folle pensée m'arrive et je me demande si cela pourrait être Noah. Oh mon dieu, et si c'était lui ? Que dois-je faire ? La peur me submerge, mais je sais aussi qu'il est mieux qu'il soit ainsi plutôt que de m'ignorer. Je déteste être ignorée. Par lui du moins. Jusqu'à présent je n'ai été que trop ignoré pour le supporter venant de sa part. J'ouvre la porte et lâche un soupir, entre soulagement et mélancolie. Hmmph, ce n'est que Gustave. -Qu'est ce qu'il y a ? -Je peux entrer ? Me demande t-il gentiment. Je me mords la joue. -Pourquoi faire ? -Te faire l'amour comme un sauvage, ricane-t-il. Allez ce n'est pas comme si j'allais te violenter, il faut juste que je te parle d'un truc. Il me fait son sourire lutin et lassée j'ouvre la porte pour le laisser passer. Ce faisant je regarde alentour mais nulles traces de la personne honnie. Je referme et me gratte le bracelet anti-je-force-les autres d'un air distrait. -Alors qu'est-ce que tu me veux… J'écarquille les yeux lorsque Gustave m'attire à lui, tout frémissant. -Est-ce que je peux dormir ici ? Je grince des dents, honteuse de m'être fait bernée. Encore. -C'était de ça que tu voulais me parler ? -Quoi d'autre ? Il me fait son regard insolent, et me rapproche de lui. -Et j'étais sérieux lorsque je te parlais de te faire l'amour comme un sauvage… ça ne te dit pas ? Je lutte contre sa poigne, mais il se révèle bien trop fort pour moi. -Gustave lâche-moi tout de suite. -Ah tu vois, tu ne dis pas non. Je suis sûr que tu aimerais. Je ne suis pas moche, toi non plus, qu'y a-t-il de mal à essayer ? Je le gifle. Bien sûr que je ne suis pas foncièrement contre. Qui le serait avec un homme si beau ? Mais je ne suis pas ce genre de fille. Mon orgueil ne saurait me le permettre. -Je t'interdis de me toucher de façon si familière. Il y a des règles. Et je ne coucherais jamais avec aucun de vous…. Je réfléchis mais esquisse un sourire. Mais merci pour le compliment. C'est faux, mais une femme sait toujours apprécier. Tu pourras toujours la ressortir à quelqu'un d'autre. Gustave grogne et me projette sur le lit avant de se mettre à califourchon sur moi. -Et à qui d'autre veux-tu que je le dise ? Si je m'approche d'un peu trop près de la moindre femme, elle claque entre mes doigts. Il m'effleure et sa voix se fait hypnotique. -S'il te plait George. Laisse-moi te faire l'amour. Je suis plutôt bon à ça. Je me débats encore, mais arrête. Il n'osera pas aller plus loin (quand je vous dis que je suis une âme naïve !) -Comment peux-tu le savoir avec autant d'assurance que tu es bon ? Gustave rougis et quoiqu'il ne réponde pas je devine qu'il doit l'avoir souvent fait ces derniers temps. Avec qui ? Une seule personne me vient à l'esprit, et je comprends d'un coup la jalousie possessive de Caprice… oh oh -Gustave lâche moi sinon j'en parle à Caprice. -Je t'interdis de le faire, grince violemment Gustave. Je reste coite devant le ton, et peine à parler de nouveau. -Gustave, je suis sérieuse, je ne veux pas, alors tu dégages de là. Gustave frissonne et me jauge avec une suffisance que je ne lui avais jamais vue. -Mais je suis très sérieux moi aussi. Sa main brulante vient effleurer mon ventre, et je commence à réellement frémir de peur autant que de colère. - Gustave, lâche-moi. Il me rabat, mais je ne joue plus. Je le mords et lui envoie un coup bien placé avant de le repousser violemment. -Attend de voir que j'en parle aux autres ! Caprice va te faire la peau. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, je me sens agripper par la taille et suis brutalement de retour sur le lit. Une seule solution. La meilleure. -Ahhh… -Silence, rugit Gustave. Je me tais douloureusement, mais tente de nouveau le cri. -… En vain. Je tente de nouveau de le frapper… -Ne me tape pas ! Ma main se stoppe malgré moi à un pouce de son épaule, mon pied à deux pouces de sa cuisse. Oh non ! Je regarde paniquée mon bracelet, et le regarde lui, si méprisant que j'en pleurerais. -Que croyais-tu ? Me lance-t-il. Tu ne veux pas te servir de ta capacité. Mais qui te dit que moi non ? Il laisse sa main courir sur les boutons de mon chemisier blanc pour les défaire. Je secoue frénétiquement la tête, horrifiée par la situation. Pourquoi ? Pas lui. Pourquoi encore cette trahison ? -J'ai fait des efforts pour me contenir, me souffle t-il en laissant errer sa main sur mon visage, le regard brillant et l'air fiévreux. J'ai pris sur moi pour ne pas user de ton don, mais tu ne me laisses guère le choix. Je te veux, et je t'aurais. Au secours ! Il n'y a que dans les vieux films que ça se dit ce genre de phrases bidon. Je suis trop jeune pour en apprécier la saveur ! -oOo- Il vient appuyer sa bouche sur ma gorge, et je le sens ouvrir la braguette de mon pantalon. Non ! Pas comme ça ! Je pleure désormais, et sais que personne ne viendra m'aider. Sa main si chaude vient se presser contre ma culotte Bambi et d'ici peu, il pourra apprécier la vue d'un maillot non entretenu depuis des mois… pourquoi en arriver là ? Lui aussi je commençais à lui faire confiance. Je hurle en silence lorsqu'il m'enlève le pantalon, et les larmes troublent ma vision tandis qu'il me retire mes lunettes. -Ah… il me contemple, extatique. Aby, tu es si belle, ce serait un véritable gâchis que de ne pas y goûter. Il vient me lécher l'oreille. N'ai crainte, me glisse t-il. Je serais doux contre toi. N'aie pas peur. Il laisse errer sa langue contre ma joue et je me sens malgré moi fermer les yeux, grisée par la sensation. -Viens à moi Aby, aies confiance. Je secoue la tête pour lui signifier mon refus, mais lorsque je sens sa main revenir contre mon cou, je rouvre les yeux dans un cri silencieux pour croiser son regard malade. -Tu aimes ça n'est-ce pas ? Je préfère refermer les yeux et bats inutilement des pieds à une bonne dizaine de centimètres de lui. Oh tiens, elles non plus ne sont pas épilées d'ailleurs. Il faudrait peut-être que j'y songe, histoire d'être parée au mieux lors de mon prochain viol… Les mains reviennent et je sais que ma culotte va bientôt partir. J'entends un bruit sourd, celui de son pantalon que l'on jette sur une chaise. Je suis décidée à ne plus jamais ouvrir les yeux. Si cela doit se faire, je ne lui donnerais pas la satisfaction d'un gémissement. Ma seule consolation c'est qu'après un tel événement, Caprice devrait trouver raisonnable que je quitte cette maison au plus vite. Je commençais à m'y faire, du moins c'est ce que je croyais dans ma bêtise infinie. Maintenant je veux partir. J'entends un autre bruit, celui de chaussures lancées contre ma commode toute moche. C'est ma première fois, et ce sera un désastre. Moi qui me réservais pour le prince charmant, qui me contentais juste des petits attouchements réglementaires avec mes copains occasionnels. Si j'avais su, j'aurais joué à saute mouton bien avant. J'essaye un nouveau regard mais ce n'est que pour le voir retirer son slip. Oh vision d'horreur merveilleuse. Je refuse de songer à ce que mes yeux prudes viennent de voir. Et je refuse de me sentir toute chaude ! Un nouveau bruit sourd me parvient et j'en conclus que sa culotte à dû valser. Les larmes coulent toujours à flot de mes yeux et je secoue une nouvelle fois la tête. Je me serais bien retournée puisqu'il ne me l'a pas interdit, mais j'ai trop peur de ce qu'il pourrait se passer… Ah je veux le taper ce con ! Et j'ai peur ! J'en mouillerais bien ma petite culotte… Hmm à la réflexion mieux vaut que Gustave me retire la dite culotte le plus vite possible. Je n'aime guère souiller mes sous-vêtements. Je préfère garder cela pour lui pisser à la face…. Mes pensées s'embrouillent, mais au milieu de celles-ci, je perçois un nouveau bruit sourd comme si quelqu'un percutait la commode. Je n'ose ouvrir les yeux, convaincue qu'il fait exprès de faire du bruit pour me faire rouvrir les yeux. Je préfère faire taire mes sens comme je le fais si bien, et n'entends plus rien. … … mais…. Si tel était le cas, pourquoi ne m’ordonne-t-il pas d'ouvrir les yeux ? Et puis… je froncerais presque les sourcils quand cela m'effleure mais… lorsque l'on jette une petite culotte, ça ne fait pas le bruit de quelqu'un qui valse. J'ouvre malgré moi un œil. J'en ouvre deux. Et le résultat est le même. Gustave est étalé par terre, tandis qu'une ombre le domine de toute sa hauteur. Je vois les lèvres de Gustave remuer convulsément, et perdue, je me reconnecte aux bruits alentours. -Noah, arrête, tu me fais mal ! -Et toi, rugis l'autre, tu ne crois pas que tu lui faisais mal ? Qu'est-ce que tu comptais lui faire ? Enflure ! -Rien, rien du tout, on jouait, c'est tout… c'est tout. Noah décoche un nouveau coup et Gustave s'écroule au sol, inconscient. Le silence retombe. Je reste là, tétanisée face à ce qui se passe. Un gémissement s'élève, sans doute Gustave qui réagit au coup. Non. Trop plaintif. Gustave reste un mâle. Un connard, mais un mâle. Un salaud, comme tous ceux de son espèce. Noah s'approche de moi, et je constate qu'il s'agit de moi. Mince. Stop Abigaël ! Je crispe mes mâchoires tremblotantes pour stopper le gémissement, mais l'effet n'est que peu concluant. J'ai dit du calme Abigaël. Noah s'approche de moi mais avant qu'il ne m'atteigne, je constate que je peux de nouveaux bouger à ma guise et me redresse vivement. Il me regarde d'un air furieux et je me recroqueville contre le lit. Quoi ? Il ne va quand même pas m'en vouloir d'être traumatisée. -Aby ? Ca va ? Le ton est trop froid pour que j'y réponde d'une voix mielleuse. -Est-ce que ça à l'air ? Il me fixe un instant, et secoue la tête. -Non ça n'a pas l'air. Il s'assied à coté de moi, mais reste à bonne distance. Mon mal être ne fait que s'accroitre lorsque je me souviens qu'il me fait la tête. Pire, qu'il me méprise. -Il ne faut pas lui en vouloir, lâche t-il d'une voix posée. Lors de nos crises, la maladie a tendance à faire ressortir nos pires défauts. Ce discours me rappelle un autre. -Oui c'est ça, ironisé-je d'une petite voix flageolante, tout le monde a une bonne excuse de me sauter dessus. A Vincent les phéromones, Gustave la maladie… Tant que tu y es, fais-le-toi aussi. Noah laisse échapper une grimace dure. -Je ne voulais pas dire ça… Il se gratte la tête et se relève. Bon je vois que je te dérange. Je vais te laisser. Fidèle à ce qu'il dit, il se relève et saisit Gustave pour le mettre sur son dos. Avant de sortir, il se retourne vers moi. -Je t'ai mis tes livres de cours sur la commode. C'est pour ça que je suis entré dans ta chambre. A présent n'ouvre plus à moins de savoir de qui il s'agit. Son attitude est dure, sa voix impassible et je ne peux qu'hocher la tête, moi la créature en petite culotte, chemisier ouvert et les yeux bouffis, les cheveux totalement défaits. Tandis qu'il referme la porte, j'enroule mes bras autour de mes jambes, et m'effondre. Je ne suis qu'une imbécile. Je ne suis qu'une vieille fille aigrie, qui à chaque essai se fait remettre à sa place. J'ai essayé de faire confiance, et à chaque fois je me suis retrouvée trahie. Seul Caprice ne m'a pas laissée tomber. Seul lui ne m'a pas encore laissé tomber. Je pleure, et pleure encore pendant une bonne dizaine de minutes, et la simple vue de cette chambre me donne un haut le cœur. Je veux sortir, je veux que Caprice me console comme il sait le faire. Mais je ne peux lui demander ça. Si je vais le voir, il me demandera à coup sûr pourquoi je suis dans cet état et je refuse de lui dire que sa « proie » s'est jetée sur moi. Mes sanglots enflent lorsque je réalise que Caprice l'apprendra surement, et qu'il ne voudra plus de moi ! J'essaye bien de me dire qu'après un tel épisode ils me laisseront sans doute partir, mais je n'y crois pas trop, et je me sens mal, tellement mal. Je me sens seule, et je veux que l'on me réconforte. Chose extraordinaire pour moi de penser ainsi, moi qui suis habituée à vivre seule depuis ma plus tendre enfance. A ceci près que chez moi, isolée comme je l'étais, personne n'avait essayé de ruiner ma vie, la bouleverser pour ensuite me livrer à de parfaits inconnus et fuir. Personne non plus n'avait tenté de gagner ma confiance avant d'essayer de me faire du charme forcé. Je m'étouffe et sens la maladie s'ajouter. Je ne suis pas furieuse ou peut-être si un peu, mais la tristesse est si grande que l'effet est redoutable. Je tremble, je frissonne, suffoque, et le froid est trop grand. C'en est trop, je veux quelqu'un. Inutile de dire à Caprice ce qui s'est passé. Il le devinera bien assez tôt demain. Je me relève et titubante je m'essaye à ouvrir la porte. C'est dur, puisque ma vue est brouillée au possible. Je sors, à deux doigts de m'effondrer et une ombre vient vers moi. -Caprice ? Je tombe en arrière mais l'ombre me rattrape. Noah. Je le reconnaitrais entre mille lui et sa façon de me saisir sous les aisselles pour me tenir dans ses bras. -Aby, qu'est-ce que tu fais… Je le vois froncer les sourcils. Mais tu es tremblante ? Tu fais une crise ? J'esquisse un faible sourire. -Futé dis-moi, grincé-je. -Je te ramène dans ta chambre, tu dois te reposer. Je m'agrippe à lui, et profite de ce fait de sa chaleur. -Non, je ne veux pas ma chambre. Je veux Caprice. -Caprice ? Le ton est perplexe, et je lutte pour relever la tête et le regarder. Il semble furieux, et embarrassé… curieux. -Oui, Caprice. Lâche-moi, je vais dans sa chambre. -Dans sa chambre ? Là je le sens clairement furieux, et… jaloux ? Non ne te fais pas d'illusion, il n'en a que faire de toi… à moins que… je déglutis. Serait-il lui aussi sous le charme Caprice ? Serait-il gay ? Ohh…. Je mesure la possibilité, et constate que tous les éléments concordent. Il est devenu froid après m'avoir vu parler avec Caprice, et cet air jaloux alors que je parle de lui… snif la vie est cruelle. -Caprice ne peux pas s'occuper de toi, souffle Noah. -Et pourquoi ça ? Ma voix se brise car mes doutes sont confirmés. Il veut m'éloigner de son amant. Ah souffrance qu'est la mienne. Mais au moins je peux me faire une raison, il ne me reste qu'à arranger les choses en le rassurant. Noah se fait impérieux. -Parce que Caprice est sorti. Lui aussi doit s'occuper de choses et d'autres. Pff. Menteur. Je suis sûre que Camille roupille dans son lit à l'heure qu'il est. Enfin bref. Je ne veux pas empirer mon cas en le contredisant. -Je ne veux pas retourner dans ma chambre, lâché-je. Je voulais dormir avec quelqu'un. Je veux dormir avec Caprice. -Soit, si cela ne tient qu'à ça, je t'emmène dans ma chambre. Le ton est dur, et je le scrute. Wow, il ne veut vraiment pas que j'aille voir Caprice. L'amour fou entre deux hommes. Que c'est romantique ! Ah ces longues heures que j'ai passé à lire des mangas dessus… alors pourquoi je me sens triste à l'idée d'en voir un exemple concret ? Je devrais sans doute refuser de dormir chez lui, mais s'il est gay, et me méprise, pourquoi refuser ? Et puis en outre, il ne me laisse pas le choix, car alors que je réfléchis, je réalise que je suis déjà dans sa chambre. Grande, sobre, elle est inintéressante. Enfin non, du point de vue qu'il ne s'agit pas vraiment d'une chambre mais plutôt d'une salle d'entrainement. Un lit est certes placé dans un coin, ainsi qu'un canapé près d'une télé, mais le reste de la chambrette est consacrée aux armes, aux sabres et aux altères… moi aussi j'aimais bien la musculation en Terminale. Moi qui étais nulle en sport, j'avais réussi à décrocher un 17/20 ! Oui, je ne sais pas non plus pourquoi, sans doute parce que cela ne demandait pas beaucoup d'effort. L'on reste assis, il suffit juste de soulever des poids un certain nombre de fois… Vous me prenez pour une tarée ? Oui vous avez parfaitement raison. Tout en l'expliquant je le réalise moi aussi. Je n'y peux rien. Autant est-il que Noah hésite un moment avant de m'installer sur son lit. -Ne t'inquiète pas, lâche t-il. Je dormirais sur le canapé. Je ne dis rien. Ma gorge se serre de nouveau. Gay ? Lui ? -Noah ? Soufflé-je timidement dans un frisson. -Oui ? Il ne me regarde même pas, tout occupé qu'il est à me chercher une autre couette dans son armoire. Mais au moins le ton n'est plus aussi froid. -Noah, est-ce que tu me détestes ? L'être se retourne, visiblement étonné. -Pardon ? Je déglutis et rougis. -Tu ne me parles plus, ou froidement. Tu m'évites, te sauves en m'abandonnant parmi de parfaits inconnus, alors que je ne connaissais que toi en arrivant… tu dois me haïr… Noah ne dit rien, et s'applique à déplier sa couette couleur vert-marron, avant de s'assoir près de moi. -C'est ce que tu voulais non ? Dit-il finalement, la voix incertaine. Tu me détestes, tu me l'as dit toi-même. Je ne voulais pas t'ennuyer davantage. Je plisse le front, peu sûre de comprendre. -Mais… je regarde mes mains tremblotantes, luttant pour ne pas m'écrouler de sommeil. Bien sûr que je te déteste. Noah s'assombrit mais je l'empêche de se relever en le retenant d'une main sur la manche. Mais cela ne veut rien dire, déglutis-je. Je détestais tout le monde ici. Je lève les yeux vers son visage impassible, le rouge aux joues. -Mais pourquoi tu ne me forces pas à ne plus te détester ? Noah ouvre la bouche, mais ne dit rien. Quoi ? C'est pourtant peu surprenant ce que je lui dis ? Si ? À moins que la maladie ne m'ait fait dire quelque chose de trop gênant pour lui. Je réfléchis. Non, pour un gay, je n'ai rien dit de choquant. Autant profiter de son silence pour finir ce que j'ai à dire. -Tu m'as contaminée, tu as détruit ma vie d'avant. Tu es de ce fait responsable de moi. Il est de ton devoir d'être là pour moi. Je sais que tu ne veux pas de moi, et je commence à comprendre tes priorités, et je ne m'en mêlerais pas. Caprice n'est qu'un ami. Mais ne me laisses pas tomber comme une vieille chaussette. Ca fait trop mal. Noah se contente de me scruter et je crois discerner du soulagement. Et autre chose. Un mélange bizarre qui fait briller ses yeux d'une chaleur qui me fait me sentir bien. Ou nauséeuse, je ne sais pas trop. En tous cas, ce n'est plus du mépris ni de la colère. Je baisse les yeux, consciente qu'il doit toujours se méfier de moi. Je lâche sa manche, honteuse, mais il se jette sur moi pour me serrer dans ses bras. C'est chaud. C'est chaleureux. Ca fait du bien. Dans mon état maladif, je sursaute simplement. -Merci, me souffle-t-il. J'avais besoin d'entendre cela. Je soupire, soulagée. Ainsi cela aura fonctionné. Mon cœur se serre en sachant qu'il parle juste de sa relation vis-à-vis de Caprice. Mais je préfère ça à ce qu'il me déteste. La fatigue m'envahit, et je ne sais quoi penser. Joie ? Tristesse ? Jalousie ? Caprice a décidément bien de la chance… -Aby ? Je tourne la tête vers le dieu vivant, et celui-ci dépose ma tête sur l'oreiller. -Je te forcerais à ne plus me détester, murmure-t-il en déposant la couette sur moi. Je te promets de ne plus t'abandonner. Je le vois s'éloigner vers le canapé pour s'allonger. -Mais s'il te plait… Un silence. Lui qui me transperce de son regard. -…Ne parle plus de dormir avec d'autres hommes. Ca fait mal. Ah petit gay par ci, petit gay par là. Triste monde où tout m'est interdit. Mais soit, je veux bien dormir dans cette chambre ci tous les soirs. Mon délire l'emporte sur la raison, et c'est avec l'espoir que Noah viendra peut-être me réchauffer que je m'évanouie.
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