Le doigt !

6512 Words
Note : Voici un glossaire car j'ai constaté qu'il peut être difficile de souvenir des divers surnoms employés. Caprice : L'ange, l'elfe... Gustave : Gus, Le lutin... Camille : l'ogre, le colosse, mika... Noah : Nonichoux, l'apollon... Le ciel est bleu. Bleu avec de beaux nuages en formes de sauterelles. Un lapin sur la droite de la fenêtre, un cœur perceptible sur la partie gauche… et … une sucette ? Je secoue la tête. Du grand n'importe quoi de penser que la forme des nuages est significative de notre état d'esprit. Comme si j'étais accoutumée à penser à une sucette ! Pff ! Je m'étire, et constate que je me trouve toujours dans la chambre de Noah. La pièce est plus jolie en plein jour, grande, aérée… mais pas de trace du propriétaire ! Je baille et me lève en me grattant l'aisselle. Hmm, déjà levé ? Parti au loin ? Un coup d'œil sur son sac de voyage me rassure. Il faut que j'arrête de me prendre la tête pour tous les gays de la maisonnée. Ah… je soupire. C'est vrai qu'il est gay. Je fronce les sourcils. A moins qu'il ne s'agisse que de bêtises inventées par mon esprit malade… Un mec pareil ? Avec un autre gars ? Je secoue la tête et referme sur moi la porte de Noah avant de m'engouffrer dans le couloir. Comment être sûre ? Et puis, en quoi est-ce important d'être fixée ? Perdue dans mes sombres pensées, je ne remarque que trop tard l'ombre qui se détache du mur opposé. -Georgette… -Ahhhh ! Surprise, j'adopte d'instant la position de combat version léopard (sexy n'est-ce pas ?) et fais presque un arrêt cardiaque lorsque je réalise qu'il s'agit de Gustave. Celui-ci baisse la tête, visiblement gêné. -Je suis désolé de t'avoir effrayée Georgette… Je scrute les issues de secours, cherche désespérément quelqu'un, puis en dépit d'autre chose prépare mes poings. -Laisse-moi passer Gustave. L'individu secoue la tête, sa tristesse contrastant férocement avec ses attitudes rebelles quotidiennes. -Je suis vraiment navré Georgette. Ce que j'ai fait hier, je m'en veux vraiment… Je m'approche de lui pour forcer le passage et il tente de me retenir. -Je m'en veux tellement, souffle-t-il encore. Je ne suis pas ainsi d'habitude. Je te jure que je ne pensais pas… -Gustave tu me laisses passer tout de suite sinon je hurle, grincé-je méchamment. Je ne savais pas que je pouvais être si impressionnante lorsque je me sens en colère et blessée. Le lutin écarquille les yeux, avant de baisser un peu plus la tête et de me laisser le passage. -Je suis vraiment désolé me souffle t-il, je n'ai pas pu lutter. M'en moque. Ce n'est qu'un con. Non mais… vous en voyez beaucoup vous des violeurs psychopathes qui vous prennent en traître alors que vous leur faisiez confiance, puis qui demandent pardon ? C'est d'une bassesse. Ridicule… J'avance à grands pas furieux le long du couloir, avant de me stopper brutalement. Ridicule ? Je secoue la tête. Non pas ridicule… plutôt rare en fait. Je réfléchis et ose un coup d'œil en arrière. Le nuisible est toujours là où je l'ai laissé, appuyé contre son mur tapissé jaune canari. Je me mords la lèvre. Cet homme a agi comme Vincent avec moi. Un rustre. Un goujat, un sale type. Mais Vincent penserait-il à s'excuser ? Chercherait-il mon pardon ? La réponse est évidente et je sens un sentiment étrange m'étreindre. L'espoir ? La tristesse ? Gustave veut s'excuser… Et dans ce manoir de dingue, il me faudra bien le croiser à nouveau. Qu'ai-je donc à perdre à l'écouter me dire à quel point il est malsain ? J'inspire profondément, et reviens sur mes pas. Pour le plaisir des oreilles, me dis-je avec obstination, juste pour le plaisir des oreilles. Cet homme a déjà montré ce dont il était capable, n'en attend pas plus. Je m'appuis contre le mur opposé, et croise les bras. -Va-y, je te donne cinq minutes. Explique-moi voir comment tu vas te justifier… Mon petit violeur redresse lentement sa tête contrite, et jeu ou pas, son expression me donnerait presque l'envie de le réconforter. Ah je ne suis qu'une imbécile, heureusement que les voies supérieures m'ont donnée ce merveilleux contrôle de soi. -Je suis vraiment désolé, murmure t-il. Je sais que cela ne changera pas ce que j'ai fait, mais je tenais à ce que tu le saches. Je n'ai pas d'excuse, si ce n'est qu'hier je ne maîtrisais plus rien, et tu m'as tenté… Sa voix se brise sur ce dernier mot, et je n'ai même pas l'idée de m'énerver d'être ramenée à la chose qui excite. Berk. Dois-je le lui dire ? Ma gorge se serre et je serais charmée par la perspective de le laisser continuer sa plaidoirie. Mais il ne semble pas très doué. Lutte lutte Abigaël. Ah zut… -Tu m'as vraiment fait de la peine hier, lâché-je froidement. Je te faisais confiance, et je pensais que tu serais capable de te contrôler… Ma voix commence à trembloter, aussi je préfère miser sur une parure de colère effarouchée. Tu as été abjecte. Je commençais à te faire confiance… As-tu seulement songé à Caprice ? Je sens que j'ai touché un point sensible, car cette phrase plus que tout le reste fait presque courber en deux le petit Gustave. -Je suis désolé, marmonne-t-il encore. Je m'avance d'un pas, en colère cette fois. -Mais tu vas cesser de me dire désolé ? Je m'en moque de tes excuses ! Sois un homme au moins ! Relève-toi. Il ne réagit pas, mais je le vois serrer les poings. Ah oui, comme ça on dresse les poings face à Abigaël ? Non mais c'est quoi ces manières ? Personne ne fait mine de vouloir s'énerver face à moi… Hmm si peut-être Camille. Je me suis trop prise de claques avec lui, je préfère jouer la dame fragile. Enfin bref ici, je refuse de me laisser faire. Et puis, après tout s'il veut s'énerver, qu'il le fasse au lieu de se contenter de son attitude éplorée de tapette. J'ai déjà ce qu'il me faut avec Noah, inutile de rajouter un nouveau membre à la lavette's party. -J'ai dis redresse-toi, lancé-je en le poussant. Tu veux me dire quelque chose ? C'est le moment ! Au lieu de te fringuer comme un caïd, assumes un peu tes actes comme un mec. Les poings se serrent d'avantage, et Gustave laisse échapper un filet de paroles maussades. Je sais que je devrais sans doute me taire, partir, mais je me sens vraiment trop blessée par son attitude présente, sa trahison mal justifiée… Tout. Monsieur n'a pas pu résister ? Monsieur s'en veut ? Ca me fait une belle jambe, mais je n'y crois pas… -Je n'entends pas, hurlé-je. -Je suis un homme, grince t-il dans sa barbe. Je reste un moment perplexe devant cette tirade débile, et suis prête à crier une fois de plus. Toutefois petit Gustave se redresse enfin, et je reste muette devant son expression. Fureur. Tristesse. Exaspération. -Je suis un homme, grogne t-il plus fort. Je le vois serrer la mâchoire. C'est justement pour me prouver que je suis un homme que j'ai dû agir comme ça. Je recule d'un pas, consciente du danger, et sens le mur contre mon dos. -Pourquoi ? Je ne comprends pas. -C'est pourtant si évident. Gustave secoue la tête, mais cela ne fait que renforcer l'effet mal coiffé qu'il entretient si bien. -Caprice me cours après depuis si longtemps, et c'est si dur de lui résister. Ses poings serrent un peu plus, et prennent une texture blanchâtre. Quand je t'ai vu, j'ai enfin vu le moyen de me prouver que je suis un mec, un vrai. Comment aurais-je pu me considérer encore comme un homme si je n'avais pas essayé ? Mais malgré ca, je me suis mis à t'apprécier, et la simple attirance que tu exerces suffisait à me rassurer. Mais hier… hier tout est parti en vrille. Son expression s'effrite et il s'effondre contre son mur. -Je m'en veux tellement pour ce que j'ai fait. Pour toi, pour moi, et pour Caprice… Il se prend la tête à deux mains, et je lis le désespoir chez le petit lutin. -Je ne suis qu'une tafiole, hache t-il, la voix défaite. Une tafiole, une trainée qui se laisse faire par un autre mec, et qui aime ça. Je reste là, interdite. Hmm, ne devais-je pas avoir le droit à une plaidoirie en bonne et due forme ? Pourquoi ai-je l'impression soudain d'être SOS assistance questions existentielles ? Je serre la mâchoire. Cet homme t'a fait du mal Aby, tu dois lui foutre une taloche, et le laisser croupir dans son malheur. Malgré cela, je m'agenouille et m'en foutrais des baffes en cadence. -Gustave, il n'y a rien de mal à préférer les hommes. Et va-y que j'y mets de la tendresse… Pff, je ne suis qu'une cruche en mal de materner des idiots. Gustave ne me regarde pas, et je sens la colère croitre pour venir se mêler à la compassion. -Gustave, tu aimes reluquer les filles non ? Petit hochement de la tête. -Tu aimes les gros nichons ? Gustave relève enfin la tête et me contemple surpris, avant d'hocher la tête dans une approbation muette. -Si je te proposais de me faire l'amour comme un sauvage, ça t'exciterait ? Hochement frénétique. Pour le principe, je lui fous une gifle. -Maitrise tes ardeurs mon pote. J'ai dit « si ». Je m'agenouille devant lui, et me tâte pensivement le menton. -Et je suis sûre que tu n'arrêtes pas de penser à des trucs lubriques à longueur de journée. Là, je le sens carrément extatique. -Oui oui oui. La dernière fois je t'ai matée sous la douche et… Nouvelle taloche. L'on ne mate pas Abigaël sous la douche. J'y songe d'un air dégouté, et pour le principe lui assène une nouvelle tarte. -Georgette arrête, ça ne me fait même pas mal… -Je m'en moque, ça défoule. Je ferme les yeux, et continue pour ne plus voir sa tête d'abruti. -Bien, résumons. Tu aimes les attributs féminins, tu es un pervers vicieux et dangereux pour l'humanité, un sociopathe doublé d'un dragueur intempestif… Mon diagnostique est sans appel. Tu es un mâle, un vrai. -Tu crois ? Sous l'effet de cette voix plaintive, je rouvre les yeux et lui saisis la mâchoire. -Gustave, aimes-tu Caprice ? Celui-ci ne répond d'abord pas, et je décide de poursuivre. -Moi je m'appelle Abigaël, je ne tire jamais la chasse derrière moi, je ne déteste pas les senteurs que je dégage de temps à autre et je déteste l'épilation… Suis-je vraiment une femme ? Gustave fait une grimace légèrement écœurée et je me doute que je viens de faire d'une pierre deux coups. Plus jamais l'être ne sera tenté de me faire du charme exagéré. Mes paroles le ramèneront à la raison. Il pèse visiblement le pour et le contre de ma question (je me sens un peu vexée, je dois l'admettre… Que celle qui ne se sent pas du tout concernée par mes révélations lève une main et l'on verra… Ah tiens, toi ? Pff tarée névrotique tu te prives de bien des plaisirs va) Enfin bref je le vois réfléchir, et finalement la réponse vient, sérieuse comme tout. -Non je pense que tu restes une femme… Malgré tout. -Tu n'étais pas obligé de préciser mais merci. Passons. Je lui reprends la mâchoire. -Aimes-tu Caprice ? Il me regarde, réfléchit et hoche la tête. -Je crois qu'il m'a fait un lavage de cerveau. Je lâche un soupir et préfère ne pas le contredire. Tout le monde peut le dire tiens. Moi aussi je peux plaider lavage de cerveau pour mes péchés mignons du soir… -Ce n'est pas pire que ce que je viens de te citer non ? Nouveau hochement de tête. -Donc tu es normal. Inutile de faire d'avantage d'essais sur les pauvres femelles qui te passent sous le nez. Il reste là un moment à scruter le parquet en bois, et je le laisse faire, légèrement émue. Aurais-je réussi à aider un petit être perdu ? Un agneau dans ce monde de loup, préformaté à n'accepter qu'une réalité unique ? Ah je le serrerais presque contre mon sein pour le féliciter de son élévation spirituelle. Gustave relève brusquement les yeux, et dans ce regard je lis toute la maturité d'un nouvel homme. -Ok, lâche-t-il simplement. Je suis gay. Alléluia. La parole d'Abigaël aura eu raison des préceptes de cette société dépravée. -Mais je te trouve quand même super bonne. Argh ! Je me sens rechuter contre terre. Et merde ! Non en fait c'est toujours un con, et l'homme est toujours pervers, gay ou pas. Je me relève souplement, le visage fermé, et il en fait de même. -Ce que je veux dire, continue-t-il pour saccager un peu plus le semblant de respect que je cultivais à son égard, c'est que je préfère Caprice, mais il ne faut pas m'en vouloir si je t'ai sauté dessus hier. Je me suis laissé aller, et tu dégages vraiment un truc super… -Gustave ? -Hmm oui. -Sache que je ne te pardonne pas, alors inutile de t'enterrer davantage. Par contre je peux te donner une nouvelle chance si tu me laisses faire quelque chose. Surprenant de constater l'air joyeux qu'il me lance alors que je n'ai pas encore parlé des conditions. -Ce que tu veux. Va-y. Je fais craquer mon cou. Un coup à gauche. Un coup à droite, et exerce mon pied en un mouvement circulaire. -Laisse-moi te foutre un coup là où ça fait mal. -Pardon ? Le pervers comprend, et son sourire devient grimace avant qu'il ne lève deux mains protectrices vers ses bijoux de famille. -Oh non pas ça, ça fait vraiment super mal. Je mets les poings sur les hanches. -C'est justement le principe. D'ordinaire j'aurais juste exigé un coup de poing comme ça, mais il est évident que tu es insensible ailleurs. C'est mon seul recours de vengeance. -Mais c'est trop cruel. Allez, je ferais vraiment tout ce que tu veux, mais pas ça. Hmm… que faire ? J'ai entendu dire qu'il s'agit vraiment d'une expérience traumatisante de se faire atteindre là. Caprice pourrait m'en vouloir. Mais j'ai tellement envie de le castrer. Après je n'aurais plus peur de lui, et pourrais de nouveau m'en rapprocher. Je pourrais même en venir à l'apprécier. Je me mords la joue, dépitée. Non ce n'est décidément pas la solution. Je n'en ferais qu'un gay frustré de ne pouvoir jouer le soir et je sais combien l'on peut en devenir irritable… Pff soit. -Bon à genoux. Inutile de me faire répéter, il m'obéit direct. Sans doute a-t-il compris que j'ai cédé. S'il croit que ce que je lui réserve est mieux… -Tire la langue. Il obéit. -Lève les pattes. Il obéit toujours et sans doute comprend t-il mon intention car il me fait le petit aboiement de circonstance. Pff il semble s'amuser, ça en perd tout son charme. Je continue la séance 2-3 min, le temps de le faire se rouler par terre, faire le poirier, tenir sur une jambe, mais le tout n'est que peu concluant ; j'ai l'impression de lui faire jouer à jacques-a-dit. Et il est doué le bougre. Finalement je me lasse et le fais se relever. Mais Abigaël ne s'est pas encore totalement défoulée. -Ahhhh ! Et tout en hurlant, je lui abats mon poing sur la joue avec toute la force qu'une femme peut receler… pour me courber l'instant d'après de douleur, la main brulante entre mes cuisses. -Hiiiiii ! -Georgette ça va ? Le lutin se précipite sur moi, nullement amoché, et retire la main souffreteuse d'entre mes cuisses. -Ouille ouille ne touche pas ça fait mal ! Les larmes me montent aux yeux et face à l'inquiétude surprise de Gustave je me maudis de ne pas avoir tenté le coup entre les jambes. Snif, j'ai mal ! -Allez viens, ne fais pas ta chochotte, il faut te mettre de la glace. Les yeux humides je lui obéis, moi la femme fragile, avant de me rappeler le plus urgent. Je lui tends la clé de ma porte. -Va dans ma chambre plutôt. Et rapporte-moi la clé dorée dans ma commode de chevet. -La clé ? Son regard dérive sur mon bracelet, et je le vois rougir avant de s'enfuir faire sa mission. -Et n'oublie pas de refermer derrière toi ! Oui, si cette histoire m'a bien apprise une chose, c'est que désormais je garderais cette clé précieusement afin de pouvoir me défendre si nécessaire. Toute tremblotante je me dirige donc vers la cuisine et me précipite sans un bonjour à Camille vers le robinet de la cuisine. Ah soulagement qu'est la mien lorsque l'eau glaciale vient apaiser ma brulure. Quelle idiote ! À quoi je m'attendais exactement ? Un mouvement me surprend par derrière, et deux mains fermes viennent saisir ma main par-dessus mes épaules. Surprise je me retourne, et manque de m'étrangler lorsque je constate qu'il s'agit de Camille. -Ca fait mal ? Chuchote t-il doucement Un mal de chien tu veux dire, ne pus-je retenir. -Non non ca va… Camille esquisse un sourire avant de sortir quelques glaçons du freezeur. -Comment une grande fille comme toi s'est-elle fait ça… Je me mords la joue et préfère me taire. Inutile de se ridiculiser un peu plus, il lit déjà à la source. Et ce qu'il apprend ne semble pas vraiment lui plaire… Pauvre Gustave ignorant (mais qui mérite bien ce qui l'attend…) qui choisit ce moment pour rentrer dans la cuisine avec ma précieuse clé du pouvoir (Ouh que ça sonne bien, je pourrais bientôt jouer dans la série power-rangers !) Là Camille grogne carrément et Gustave n'a pas le temps de comprendre le danger qu'il se fait asséner une puissante taloche dans la nuque. -Imbécile, siffle l'ogre. Tu n'as pas honte ? Gustave grimace de douleur, et j'en reste indignée. -Alors avec Camille tu as mal, et pas avec moi. Camille se tourne vers moi, solennel. -Tout est dans le muscle. Ahhh ! Le muscle mon cul ! Je tempête intérieurement. Ce n'est pas juste, ce n'est pas juste, ce n'est pas juste ! Pourquoi la femme est-elle si flasque ? J'en ai marre ! Et oh là-haut, ca vous fait marrer d'avoir fait des femmes de faibles choses… Hmm, calmons-nous. Je préfère être fragile mais censée que débile et bien façonnée ! D'ailleurs, la femme a ses armes. -Camille, tape-le encore ! L'intéressé hausse un sourcil, mais prépare son poing vers Gustave. -Camille non, s'exclame le lutin. Ne sombre pas du coté obscure, nous sommes du même coté. Tu ne vas quand même faire ce qu'elle te dit ! La claque vient tout de même le faire grimacer dans une vision qui m'enchante moi et ma main enflée, et Camille se rassied pour ouvrir son journal. -Je ne l'ai pas fait pour elle. C'était pour Caprice. Légère moue pour ponctuer ses pensées. Il va être infect quand il saura. Je lui tire la langue, dépitée, avant de m'assoir lourdement sur ma chaise usuelle. Il est amusant de constater que chacun possède sa place précise ici… Camille la place centrale près du frigo, moi près de la fenêtre, Gustave et Caprice à l'opposé. Une pensée vient toutefois me chiffonner. Mais où s'assoit Noah d'ordinaire ? Camille me fixe sans un mot et je comprends que je lui ai piqué sa place… Problématique. Je secoue la tête, bornée. Comme on dit si bien « qui va à la chasse perd sa place » ! Mais s'il revient et me voit là, que faire ? M'en voudra t-il ? -Ne t'inquiète pas, me grommelle gentiment le lutin, tu ne le verras pas avant un moment, donc tu peux squatter. Et puis je doute que cela le dérange vraiment, il s'en moque totalement si tu veux mon avis… -Où est-il ? -Chez Léon… Léon ? Ah oui le vieux sage… Je me tâte pour les questionner d'avantage, mais un regard de Camille m'indique qu'il ne vaut mieux pas. Zut. Liberté d'expression bon sang ! Que vais-je devenir si l'on ne me laisse pas même penser librement ? Vexée, je préfère me retourner vers la fenêtre au-dessus de l'évier en inox, et me perds dans cette vue toujours aussi nuageuse. Ah encore cette sauterelle… bon sang comment puis-je voir un insecte sautiller dans le ciel, et ce déjà par deux fois ? Mon esprit rationnel me crie qu'il ne s'agit que d'un effet de mon imagination délirante. Je soupire. Et oui, presque 10 jours que je suis là, et je montre déjà les premiers signes de la folie. Je suis perdue. -Certains cultes, commence Gustave, prétendent que les formes visibles dans le ciel sont révélatrices d'un avenir prochain. Une forme de divination à courte échelle qui donnerait de grands pouvoirs à qui sait comprendre les signes. De l'Acromancie si je ne m'abuse. Je suis prête à lui dire de se la fermer quand j'entends le bruit d'une nouvelle taloche. Lorsque je me retourne je ne peux retenir un sourire à l'adresse de cet ogre si efficace. Ah taloche pour lui, taloche pour moi, une joyeuse bande de gais lurons. Mais je préfère lorsqu'il s'agit des autres, question d'orgueil. -De l'aéromancie, le corrige sèchement Camille. Et c'est un ramassis d'âneries, tout le monde le sait. Les formes nuageuses sont représentatives de nos humeurs, et ce que nous voyons n'est que le résultat de notre inconscient. -Taratata, lâche Caprice en me faisant sursauter. Vous n'y êtes pas du tout les garçons. L'ange nous embrasse tous les trois sur la joue avant de poser un sac à dos rose bonbon sur la table. Ce sont des pensées purement occidentales. Les vrais penseurs, ce sont les chinois. -Caprice, l'interrogé-je, que fais-tu avec ce sac à dos ? Mon ange me baille au nez, avant de sortir de son sac son tricot (une forme affreusement inquiétante sans forme distincte, et jaune citron… et lui qui se dit expert dans ce domaine, je m'avoue déçue, à moins que l'elfe ne soit spécialiste dans la conception d'objets non identifiés) -L'on ne te l'a pas dit ? J'ai dû sortir cette nuit, léonard m'avait dit de m'occuper du nouveau « dossier ». -Dossier ? Camille tousse, et Caprice se frotte les yeux, visiblement crevé. Ah oui et petite précision scénique, le petit Gus se terre dans son coin de la cuisine, visiblement au bord de la crise d'angoisse. Héhé, j'en jubilerais, et en même temps, je crains de devoir craindre le moment où l'on en viendra au sujet qui fâche. -Oh rien de bien intéressant, conclut Caprice. Autant est-il que selon mes petits chinois tout mignons, puisque les nuages s'étendent entre le paradis et la terre, ils seraient naturellement associés aux messages des dieux. Il me fait un clin d'œil. Ce peuple a de même représenté la sexualité féminine en forme de nuage, pour donner une nouvelle signification à l'expression « avoir la tête dans les nuages » J'y réfléchis un instant, mais il ne faut guère longtemps à un esprit génialissime comme le mien pour en tirer les conclusions qu'il faut. -Donc selon eux, si le nuage est la femme, et de même le messager de dieu, alors… la femme est la détentrice du pouvoir divin ? Caprice finit sa rangée avant de me pointer de son aiguille numéro 6 (pour les néophytes, cela signifie qu'il s'agit d'une aiguille épaisse…ah dites merci à gentille tata Abigaël pour vous informer !) -Bingo ! Les femmes au pouvoir ! L'on se regarde dans une parfaite connivence, avant d'éclater de rire. -Ah, lâche ensuite Caprice, cela fait du bien de pouvoir enfin confier mes pensées à une autre féministe. -Et moi donc ! -Hmm hmm Nous nous retournons vers les deux zigotos restés là, et rions de surcroit. -Dites si on vous gêne surtout. Camille fait la moue avant de se cacher derrière son journal. -Autant est-il que voir une sauterelle, signifie éprouver de grandes contrariétés. -Contrariétés ? Je scrute le journal derrière lequel mon informateur se cache. Mes pensées tourbillonnent et en effet je dois être contrariée. -Contrariétés ? S'inquiète Caprice. Va-y, dis à Caprice ce qui t'arrive ma Georgette. J'hésite, et préfère ne pas le regarder. Je ne suis pas sûre que ce soit la véritable raison, et ne veut pas me ridiculiser. Toutefois que je veuille lui en parler ou non, là n'est pas le problème, car Gustave pète un câble. -D'accord j'avoue, s'écrit-il hystérique, je t'ai trompé Caprice. Il tombe aux pieds d'un Caprice surpris. Je l'avoue, je craque, je n'en peux plus. J'ai fauté. J'ai salivé devant le péché et ait perdu la tête sous l'effet de la maladie. Caprice reste immobile un moment, visiblement choqué, avant de se tourner vers moi d'un air dépité. -Il t'a fait du charme. Confuse, j'hoche la tête. -Il a été performant ? -Berk. Heureusement que non. Je n'étais pas d'accord. Etrangement Caprice en semble d'autant plus dépité. -Dommage tu aurais dû être d'accord. Je suis persuadé que toi, tu n'aurais pas été performante. Ainsi il aurait enfin compris. -Mais j'ai compris, gémit Gustave toujours à genoux (quelle honte pour un mec, je me demande bien qui domine au lit entre eux deux) -Oui oui, lâche Caprice en reprenant sa maille. C'est ce qu'on dit. De toute façon me voilà rassuré, c'est une connerie que tu me feras de moins à l'avenir. Il jette un œil exaspéré à Camille. Ah les enfants, tous des chieurs ! Heureusement, celui-là je lui donnerais sa correction plus tard. Je me mords la joue et étouffe un fou rire en voyant Gustave se relever tout rouge. Inutile d'y réfléchir plus, le dominant est tout trouvé ! Pauvre Gus ! Et cette fois-ci c'est sincère ! -Merci, me répond Gustave, tu n'imagines pas même mon supplice… -Gustave, rugit Camille, ça ne m'intéresse pas, pense à autre chose. Je les laisse se disputer un peu plus, et y réfléchit. Une contrariété… Serait-ce Noah ? Sa sexualité perturbante ? Je secoue la tête. Il ne s'agit pas là d'une contrariété, mais d'un soulagement. Au moins je pourrais agir tel que je le sens avec lui, je n'aurais pas à craindre qu'il me saute dessus. Ou moi. Soulagement donc. Hmm pourquoi cette tristesse alors ? Caprice le voit, et se reconcentre sur sa victime. -Alors et cette contrariété ? C'était mon esclave, ou autre chose ? Je rougis et décide de penser directement à autre chose. Je refuse que les autres devinent mes errances irrationnelles. -Mes partiels ! Lancé-je. Je n'ai toujours pas débuté la révision de mes examens, et ça me tracasse… L'elfe sourit et m'ébouriffe les cheveux. -Ca ira, ne t'inquiète pas. Si ce n'est que ça, ce n'est rien du tout. Je le vois farfouiller dans sa poche de jean, pour en ressortir une sucette à la fraise. -Tiens c'est pour te donner du courage. Cet après-midi, révision générale, et sous ma supervision. Gustave ? -Oui ? -Apporte ses cahiers ! Et plus vite que ça ! Je ne proteste pas à l'idée que mon violeur aille farfouiller dans ma chambre. Je ne pleurniche même pas à l'idée que Caprice tente de m'éduquer sur l'art des matricielles à coup d'aiguille. Tout ce que je vois, c'est cette sucette appétissante que l'on me présente avec tant d'hardiesse, et que j'ai déjà vu quelque part. Prémonition ? Inconscient ? Le destin ? Sucette et sauterelle, c'est fait. Je jette un coup d'œil à Caprice qui me fait une grimace. Lapin ? Cœur ? Ouh, je ne veux pas savoir ! -oOo- L'après-midi s'écoule lentement, et je découvre en la personne de Camille quelqu'un de très cultivé, qui m'aide admirablement bien à saisir les points sombres. Incroyable moi qui pensais que je n'étais entourée que d'incultes. A cette pensée, Camille m'en retourne une, la première d'une longue série de douceurs. Mais justement, ce ne furent pas des taloches en bonne et due forme cette fois, plutôt de gentilles petites claques. J'eu même l'immense privilège de me faire totalement décoiffer une fois ou deux. Nouveau brushing paré ! Non en fait l'ogre avait eu le temps de faire des études avant d'être contaminé, et même de hautes études. Bac+4 ! Rien que ça ! Et en médecine en plus. Camille sourit face à mon émerveillement, et plus encore il rit tout bas lorsque je lui fis part de mes croyances. -Je croyais que l'on devenait une épave en vieillissant ! Que tu te souviennes encore de tant de choses, je n'en reviens pas ! Et puis Caprice sembla se lasser, et me priva de mon instructeur dans la soirée, alors que je luttais terriblement sur ma physique (ah science misérable que celle-ci, où bien peu d'élus semblent en appréhender les mystères complexes et sans le moindre intérêt… Oups ça m'a échappé !) Je me plaignis, mais Caprice se montra intraitable. -Ne le pousse pas trop ma chère. Tu es déjà une grande chanceuse pour que Camille s'occupe de toi. C'est rare. Il fronça les sourcils. D'ailleurs c'est bien la première fois que je le vois autant se rapprocher, au sens propre comme au figuré de quiconque, y compris moi. Pour la peine, je veux que tu me fasses un gâteau. -Un gâteau ? Une aiguille à tricoter (toujours le numéro 6 histoire de ne pas vous perturber) vint m'apprendre que l'on ne discute jamais les ordres de mister caprice. Mais un gâteau ! Zut, ma physique ! Help ! Et tout en faisant, Caprice me prit une nouvelle fois la tête concernant l'activité que je voulais faire en dehors des révisions. Tricot ? Piano ? -Non Caprice, lui répondis-je, rien ne m'intéresse. Non je te jure… oui tu seras le premier à en être informé si je trouve quelque chose. Comment lui dire qu'en réalité je ne vois pas l'utilité de m'impliquer dans quoique ce fut, vu qu'il ne me reste plus si longtemps à tenir dans cette maison ? La pâte est bientôt prête, et je laisse un Gustave surexcité touiller. -Et pourquoi pas la cuisine ? M'interroge Caprice. Je sens que tu serais vraiment douée pour ça. J'y réfléchis et m'interroge. Hmm pourquoi pas ? La cuisine, n'est-ce pas finalement le résultat d'un mélange complexe entre différents ingrédients, d'une quantité finie ? Comme la chimie ? Pensive, je glisse un doigt dans la pate que touille toujours petit Gustave, et en lèche le pourtour. Hmm. Je réfléchis, m'interroge, et fais une grimace. Est-ce bon ? Peut-être. Après tout, c'est moi qui ai fait. Comment pourrait-il en aller autrement ? Je replonge mon doigt et le suce à nouveau. -Eh ho, s'écrit Gustave. Ne gâche pas la matière première ! Il regarde fugitivement mon doigt toujours dans ma bouche et je le vois rougir. -Et cesse de m'aguicher ! Caprice, gémit-il d'une voix bien peu virile, t'as vu, c'est de sa faute ! Elle me fait du rentre dedans. -Georgette, me prévient Caprice sans relever les yeux de son tricot, arrête tout de suite de faire du rentre dedans à mon Gus. Je me doute que tu aimes lécher, mais il y a ma sucette pour ça. Vas-y par étapes. Et Gus, arrête de la regarder lécher. Tu te fais du mal tout seul… Je souris amusée, et rien que pour le plaisir d'embêter la créature touilleuse, je lui repique une bonne grosse portion qui coule le long de mon doigt comme autant de plaisir liquide. -Et moi ? S'enquit une voix reconnaissable entre toutes... Tu me fais goûter ? Je sursaute, et ce faisant rencontre le regard amusé de Noah. Enfin. L'individu laisse errer son regard sur la pate tombée sur la table, pour remonter à mon doigt crasseux de la même matière. Puis, en toute conclusion il s'approche et ouvre la bouche… Non ? Il ne s'attend tout de même pas à ce que… ? Je fronce les sourcils, et soupire, désabusée. Il n'y a qu'un gay qui pourrait me demander une chose pareille ! Petit être innocent qui ne connait rien de la vie et des difficultés qu'opposent les deux sexes. Noah ne fait pas mine de se redresser et je vois là l'effet tête de mule des premiers jours. Ah comme les premiers jours. Comme avant. Le bien-être me submerge lorsque je me souviens qu'il ne me fait plus la tête, et je décide de lui céder. Juste cette fois hein ? Je ne suis pas son esclave non plus ! Je lève mon doigt à sa bouche, et celui-ci laisse errer sa langue autour de mon doigt. La langue va, vient, et avale savamment la texture crème que mon doigt lui tend. Espérons qu'il ne remarque pas l'effet rouge vif qui s'étend sur mon visage. La honte ! Noah s'acharne, et s'applique. Finalement il me prend le doigt entre son index et annulaire, et finis de nettoyer le tout avec une hardiesse qui finit de me rendre rouge pivoine. Ah comment ce petit être peut-il se faire si perturbant ? Comment en un seul geste, peut-il me faire me sentir si mal (qu'un dieu vous touche et l'on verra si vous serez mieux !), si triste (il est gay, ne l'oublions pas !) et si heureuse (il me reparle ! Et de surcroit me touche…) Mais le pire reste sans doute que durant toute la durée du « processus », mon SDF des débuts m'a scrutée d'un regard perçant, aussi provocateur que doux. Je retire vivement ma main, et l'essuie contre mon jean. Berk ! Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire. Cradingue va ! -J'en veux encore, murmure-t-il. J'ouvre la bouche, cherche une réplique cinglante à lui rétorquer, du genre « tu me prends pour qui ? » ou « non, va te faire voir, sers toi toi-même », mais je ne suis qu'une faible femme… -Tu as aimé ? Noah hoche la tête, et je souris malgré moi. Il a aimé. Hi hi Abigaël devient carrément idiote. A l'aide ! Un lavage de cerveau l'a rendu sotte à en mourir. Incapable de comprendre combien je suis affectée, je rosis donc de contentement, et me retourne vers un Gustave pas content du tout. -Mais, ce n'est pas juste, s'écrit le lutin. Et pourquoi moi tu ne me fais pas lécher ? Moi aussi je veux te lécher le doigt. Il avance lui aussi, et ouvre la bouche. En femme accomplie, je me contente de lui fermer la bouche d'un mouvement sec sous le menton et Gustave bougonne. -Sers-toi toi-même pervers. -Mais… mais… mais Noah aussi est un pervers ! Je roule des yeux. -Ce n'est pas pareil. Lui il ne pense pas à mal. Gustave semble sous le choc, incrédule, ahuri, et en désespoir de cause, il se retourne vers un Caprice désintéressé. -Caprice, Noah lui fait des trucs bizarres et moi je n'ai même pas le droit. Caprice ! Dis-leur qu'il faut partager ! Caprice finit sa maille, relève la tête, agacé. -Gustave, ce n'est pas bien d'être jaloux. Il lui tend une sucette. Tiens, tu n'as qu'à lécher ça, tu t'imagineras qu'il s'agit de mon doigt… ou tout ce que tu veux qui m'appartient. Il lui fait un clin d'œil. Ca te fera de l'entrainement pour cette nuit. Caprice regarde l'heure, avant de s'exclamer. Tiens dommage, tu ne pourras pas t'entrainer. Caprice finit sa rangée, et défis le tablier de Gustave avant de lui prendre la main. -Passons aux choses sérieuses veux-tu ? Et se tournant vers Noah et moi. Bonne nuit les loustiques, ne faites rien que je ne ferais pas. Rendez-moi fier ! Gustave me fait la grimace, mais ne lutte pas vraiment. Bon garçon, m'amusé-je. Espérons qu'il marche toujours droit demain. Puis lorsque les deux sont partis, je me retourne pour voir Noah tout près de moi. -Bon où en étions-nous ? Me souffle-t-il. Il se rapproche, et son souffle se fait chaud contre ma peau. Je crois que tu me montrais tes talents. Je le fixe sans comprendre, et regarde mon doigt. -Oui je sais, je manie à merveille cet outil. Question d'entrainement. Noah ne prête aucune attention à mon doigt, et d'ailleurs une main vient l'écarter tandis que l'autre me repousse contre le frigo. -Possèdes-tu d'autres talents « particuliers » ? Je fronce les sourcils, et fais la moue, légèrement gênée. -Bien sûr, je suis très douée de mes mains. Je jette un coup d'œil par-dessus l'épaule de Noah et soupire. -Dont celui de tout nettoyer. Je le contourne gentiment tandis qu'il semble vouloir atteindre le frigo (sinon comment expliquer cette façon qu'il a de s'en rapprocher… j'étais devant, il fallait me demander de me pousser voyons !) et me jette sur mon éponge. Mais le frigo ne s'ouvre pas. En relevant les yeux, je constate que Noah me regarde d'un air légèrement sec. Quoi ? Qu'ai-je fait encore ? Je vois le plat empli de pâte près de moi et comprends. -Tiens, fais-toi plaisir, fis-je avec une note de satisfaction. Je cuirais la pâte demain, alors sers toi en attendant. -Inutile, soupire Noah, la pâte n'est pas bonne. Trop de sucre. Je laisse tomber mon éponge sous le choc. Quoi ? Il critique ma pâte ? Mon œuvre ? -Mais tu as dit avoir aimé ! Noah soupire encore, et je sens ma colère monter. -Je ne parlais pas de ca, lâche t-il. Je réfléchis et comme je suis brillante, je comprends enfin qu'il me parle de ma façon de lui donner la becquée. Goujat ! Mais quel abruti ! -Voyons, dit Noah visiblement inquiet devant ma façon de carrer la mâchoire. Ne t'énerve pas, au moins je suis honnête. -Mais tu m'as donnée de faux espoir, grincé-je. Et puis ma pâte est bonne. C'est toi qui n'a aucun goût des bonnes choses. C'est au tour de Noah de s'énerver. -Mes goûts sont parfaits, merci de t'en inquiéter ! Et puis moi au moins j'ai assez de goût pour songer à vérifier le mélange quand je cuisine. Et je ne cache pas des pots de Nutella vides sous mon lit ! Ohh ! Il a fouiné ! Encore ! Je dresse le menton, et sans perdre un chouilla de ma dignité, je lui jette mon éponge à la figure avant de sortir de la pièce ! Abruti, abruti, abruti. Comment un sale type pareil peut-il m'avoir manquée ? Je le déteste, et c'est sûr maintenant, je ne veux plus le voir ! Va en enfer, et tartine-toi les fesses de ta pâte sans sucre !
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