Prologue
Quand la vieille, si vieille âme par une soirée d’hiver navigue sur une gabare de Loire entre Angers et Nantes…
24 décembre 1464
Toute sa vie, Colombe de Maignelay a redouté de périr aspirée dans les remous d’une eau trouble et glacée.
Elle s’est trompée.
Colombe se consume dans les flammes d’un feu éclatant et brûlant.
Colombe n’est plus que braises.
Colombe n’est plus que cendres.
À l’instant, la vieille, si vieille âme s’échappe du corps de la brûlée{2}
L’instant d’après, la vieille, si vieille âme se met en quête d’un enfant à naître.
Las, depuis cent ans et plus, la vieille, si vieille âme cherche en vain un corps pour l’accueillir. Toujours elle arrive trop tard, toujours la place est déjà prise.
La vieille, si vieille âme est lasse, tellement lasse ! Épuisée par la lutte sans merci qu’elle doit livrer pour retrouver la chaleur d’un abri protecteur.
Elle erre depuis si longtemps dans les froides ténèbres… Pourra-t-elle un jour revenir dans le monde des vivants ?
***
Quand la vieille, si vieille âme reprend espoir lorsqu’à Paris, capitale du royaume de France…
15 janvier 1634 – Demeure de Jean Poquelin – Paris
Aujourd’hui enfin le miracle va se produire à nouveau.
L’enfant est prêt à sortir du ventre de sa mère. Une naissance sans douleur, une naissance en douceur.
Après trois simples poussées, Catherine Fleurette, épouse Poquelin, sent d’un coup une masse chaude descendre le long de ses cuisses. C’est dans l’éclat de sa jeunesse que, pour la première fois, elle donne la vie.
L’instant d’avant, la vieille, si vieille âme s’est glissée dans le corps de la presque née.
À l’instant, Élise aspire l’air du dehors. À l’instant, Élise fait entendre sa voix.