Mais on fait aller comme on dit…
On a de tout ici, architectes, médecins, agriculteurs, vétérinaires, infirmières, commerçants, plombiers, électriciens, routiers, charpentiers, couvreurs, maçons et j'en passe et des meilleurs.
Ce qui nous a permis de nous étendre rapidement dans les galeries et de mettre en place tout un système auto-suffisant assez efficace je dois dire.
Et je vous remercie de l'avoir remarqué.
Ce n'est pas facile à deux de gérer un groupe de cinq cents individus, il y a des querelles, des conflits et des points de vue différents.
Mais on essaie de faire en sorte de bien s'entendre les uns avec les autres.
Afin de respecter les règles que l'on a imposées. Car tous ici savent que la vie là-haut, à la surface, c'est l'enfer sur terre pour qui que ce soit et qu'il y a pire à l'extérieur à craindre, que vivre paisiblement ici, sous terre.
Donc on reste solidaire malgré tout vaille que vaille.
L'espoir renaît ici, le désespoir c'est là-haut qu'il est.
Puis vous savez, l’espoir c’est tout ce qu’il nous reste dans le fond à l’heure actuelle…
On vit pour ça en attendant des jours meilleurs…
Ici entre nous, on parle rarement de là-haut, de tout ce qui s'y passe et tout ce qu'ils ont vécus ou perdus dans le passé jusqu’à présent...
Car ce sont des souvenirs trop douloureux à évoquer pour eux.
Mais ils restent forts et continuent quand même d'avancer et de se battre chaque jour que Dieu fait…
Ce sont des chics types dans le fond...
Je me suis attaché à eux, on est comme une grande famille recomposée !
Ah Ah.
Nous rigolons tout à coup ensemble, nos éclats de rire recouvrent la pièce et résonnent alors fortement.
- Je comprends, ces gens doivent vous être très reconnaissants de leur avoir offert une deuxième chance, loin de toute la misère alien extérieure.
Une chance de pouvoir se reconstruire un avenir loin de la surface morbide actuelle…
Cela se lit sur leurs visages quand je les vois.
Tout comme moi je vous suis reconnaissante de m'avoir interpellée ce jour-là et de m'avoir donné la bombe.
Mais je vous remercie de m'avoir sauvée d'une noyade très certaine je l’avoue, car je n'étais pas loin de mourir je le sais.
Donc je tenais à vous dire merci pour tout, mais aussi de vous occuper de moi comme vous le faites.
Ça ne doit pas être drôle tous les jours ah ah !
Je vous rendrais l'appareil dès que je serais rétabli. C'est promis !
- Très bien, nous verrons tout cela quand vous serez guéri alors.
Et ne me remercier pas, c'est normal de s'entraider entre humains non-implantés par ces bâtards.
Et après ce que vous avez vécu, c'est bien normal de se remettre de ses émotions dans un endroit calme et sympathique comme celui-ci.
Sachez que vous êtes ici chez vous et la bienvenue parmi nous.
Vous pouvez vous rendre où bon vous semble, quand vous pourrez de nouveau marcher bien-entendu.
Je vais vous laisser vous reposer maintenant, vous devez encore être épuisée par votre terrible périple passé.
Je tiens juste à vous informer que je tiendrais une réunion informative demain après-midi avec toute la communauté, concernant la situation actuelle des choses là-haut.
Vous y êtes conviée et je vous présenterais aussi officiellement à tout le monde, aux cinq cents personnes pour être exact.
Cela ne sera pas trop dur à gérer pour vous, dans votre état, vous pourrez venir ?
Elle a lieu dans la caverne amphithéâtre à côté des réfectoires.
- Non bien-sûr que non, après ce que j'ai endurée, ce sera de la gnognotte votre réunion.
Ça sera du gâteau !
Et je serais ravie de faire la connaissance tout le monde ici-bas, ça fait longtemps en dehors de vous et de Nora, que je n'ai pas vu d'êtres humains normaux, cela me fera le plus grand bien !
Et ça me fera très plaisir d'y assister !
- Ah Ah ! Tant mieux alors, je vous dis donc à demain après-midi.
L'infirmière passera tous les matins vous donner votre traitement et faire vos soins quotidiens, je souhaitais vous le dire avant de partir.
Passez une agréable nuit et faites de beaux rêves.
On se revoit donc demain.
Et bien-sûr dès que vous me ferez confiance et que l'on se connaîtra un peu mieux par la suite.
J'espère pouvoir écouter avec attention, votre récit depuis que vous êtes partis de chez vous et ce que vous ont fait endurer ces immondices d'humanoïdes.
Cela risque d'être très dur et éprouvant pour vous de me raconter ça, mais j'aimerais vous aider du mieux que je peux.
Tout d'abord en déliant la parole autour des aliens et pour pouvoir préparer notre futur plan de bataille à venir et ainsi finir par passer à l'action.
Et parce qu’aussi tout le monde ici doit savoir de quoi ces extra-terrestres sont capables !
A bientôt Eva ! Reposez-vous bien...
- Merci beaucoup, à vous.
Et j'y réfléchirais plus attentivement à l’avenir, pour vous parler de cette situation délicate dans laquelle je me trouve.
Reposez-vous bien vous aussi et à demain, bonne nuit. »
Il part donc doucereusement de la pièce sur la pointe des pieds, tout en me jetant un regard intéressé en refermant la porte. Je ne sais que dire et fait comme si je n'avais rien vu. Je suis trop rouge comme une tomate pour le laisser s'en apercevoir, encore une fois par pure fierté. Et mon regard à ce moment-là en dit long, je le sais....
Demain, va être une sacrée journée encore, car je redoute un peu le contact avec des humains non-implantés, de VRAIS humains NORMAUX... Cela fait tellement longtemps que j'attends d'en retrouver... J'ai donc un peu d'appréhension car je redouterais le moment de leur dire d'où je viens exactement, et expliquer le pourquoi de mon état si pitoyable...
Mais je resterais vague sur ce sujet sensible, car pour moi, le traumatisme est encore trop vif pour pouvoir en parler à voix haute, où pour pouvoir placer des mots dessus.
Cependant, je ne doute pas un seul instant du fait que tout se passera bien, car Matthew est là pour moi et pour me soutenir dans cette épreuve difficile que je traverse en ce moment… Il m'aidera et me soutiendra de tout son cœur, j'en suis persuadée.
Je ne sais pas pourquoi exactement, mais mon sixième sens en est convaincu. L'intuition féminine sans doute, je pense.
Matthew est généreux et je le vois bien, doté d'une grande bienveillance pour soutenir et venir en aide aux autres. Voilà pourquoi autant de monde dans la Tanière l'a rejoint après tout, ce n’est certainement pas un hasard et le pourquoi ils le respecte tous, en plus de le suivre dans ses idées et dans son combat contre les extraterrestres...
Ils sont solidaires entre eux et c'est grâce à lui, à sa présence et à ses paroles qui réconfortent même le plus dur des cœurs de pierre. Et parce qu'il est comme moi, un battant qui ne se laisse jamais aller qui avance coûte que coûte, malgré la souffrance qui l'assaille.
Enfin pour en apparence alors pour le peu que je connaisse de lui et de son histoire tragique. Car il y a du monde qui compte sur lui derrière. Il ne peut pas faiblir, pas avec cinq cents personnes qui croient profondément en lui.
Je suis épuisée par cette journée de visite et pour sûr, celle de demain va l'être d'autant plus à cause de mon état physique. Mais les paroles de Matthew m'ont redonnées de l’espoir et du baume au cœur.
Je me glisse donc comme je peux alors sous la couette, éteint la lumière et m'endors profondément en quelques minutes. Cette visite et sa présence à mes côtés ont été riches en émotions, c’est certain. D'autant que je ne sais toujours pas ce que je lui trouve de si merveilleux à cet homme-là…
Peut-être qu'en passant plus de temps ici, je vais finir par le découvrir... On verra bien, comme on dit, demain est un autre jour et la nuit porte conseil. Je serais sûrement dans un tout autre état d'esprit, mais je garderais toujours le sourire malgré tout. Car c'est cela qui fait ma force et non ma faiblesse…
Il est neuf heures trente tapantes quand l’infirmière souterrienne frappe à la porte. Je me réveille alors calmement et l’autorise à rentrer pour continuer à parfaire mes soins quotidiens. Elle me lève doucement, me lave, m’habille et me fait prendre mon petit-déjeuner.
J’ai l’impression d’être vraiment un légume, une poupée de chiffon, un poids immense pour elle et pour tous ces gens qui m’accueillent ici… Je ne me sens pas très bien à l’idée de parler devant tout ce monde qui m’est totalement inconnu...