La lumière froide des écrans se reflétait dans les yeux d’Avalina, immobile au centre de la pièce.
Autour d’elle, le silence n’était pas vide. Il était rempli d’activité. D’informations. De décisions invisibles.
Des lignes de code défilaient sur plusieurs interfaces. Des modèles en trois dimensions pivotaient lentement. Des projections s’ajustaient en temps réel.
Elle ne regardait pas.
Elle analysait.
— La latence est trop élevée.
Sa voix était calme.
Précise.
Un ingénieur releva immédiatement les yeux.
— On est déjà au maximum des capacités actuelles.
— Non.
Un simple mot.
Avalina s’approcha, posa deux doigts sur la surface tactile. L’image changea instantanément. Elle modifia une ligne, puis une autre.
— Vous compensez au mauvais endroit.
Un silence.
Puis :
— Déplacez la charge ici.
Elle valida.
Le système recalcula.
Une seconde.
Deux.
Puis—
— …C’est impossible.
La voix trembla légèrement.
— La latence a chuté de moitié.
Avalina ne réagit pas.
— Continuez.
Elle se redressa.
Comme si ce n’était rien.
Comme si c’était évident.
Parce que pour elle… ça l’était.
……
La pièce entière était en mouvement.
Mais autour d’elle…
Tout semblait parfaitement aligné.
Depuis trois jours, elle n’avait presque pas dormi.
Pas parce qu’elle en était incapable.
Mais parce qu’elle n’en voyait pas l’intérêt.
Son esprit était clair.
Rapide.
Précis.
Et surtout…
Libre.
Plus rien ne la retenait.
Plus personne ne la freinait.
Elle pouvait enfin penser à sa vitesse réelle.
Créer.
Construire.
Dépasser.
Ses yeux se posèrent sur le prototype au centre de la salle.
Un corps métallique.
Humanoïde.
Mais différent.
Plus fluide.
Plus organique.
Moins machine… que les autres.
— Il est encore trop rigide.
Un ingénieur hésita.
— C’est la structure actuelle du marché…
— Le marché est limité.
Elle tourna légèrement la tête.
— Nous ne le sommes pas.
Un silence.
Puis elle s’approcha.
Sa main effleura la surface du prototype.
— Ce n’est pas un robot.
Un regard.
— C’est une extension.
Les ingénieurs échangèrent des regards.
— Une extension… ?
— Du corps humain.
Le silence tomba.
Plus lourd.
Parce que ce qu’elle disait…
Allait bien au-delà de leur compréhension actuelle.
Avalina recula légèrement.
— Reprenez les articulations.
— Mais ça va—
— Tout changer.
Elle termina la phrase pour lui.
Un léger silence.
Puis elle ajouta :
— C’est le but.
…..
Pendant ce temps…
Dans un autre quartier de la ville…
Ethan Blackwood fixait son écran avec une intensité grandissante.
Encore.
Toujours.
Des recherches.
Des bases de données.
Des accès privés.
Rien.
Ou presque rien.
Avalina Hayes.
Un nom.
Un dossier.
Mais aucune profondeur.
Aucune cohérence.
— C’est impossible…
Ses doigts se crispèrent légèrement.
Il avait mobilisé des ressources importantes.
Des contacts.
Des spécialistes.
Même eux…
N’avaient rien trouvé.
— Elle n’existe pas…
Un murmure.
Mais cette conclusion ne le rassurait pas.
Au contraire.
Elle le dérangeait.
Parce que quelque chose ne collait pas.
Et plus il cherchait…
Moins il comprenait.
…….
Retour.
Dans le laboratoire.
Avalina observait désormais une projection.
Un modèle final.
Plus abouti.
Plus… réaliste.
— Si on intègre ça…
— On dépasse toutes les limites actuelles.
Elle ne répondit pas immédiatement.
Puis :
— Exact.
Un silence.
— Et les conséquences ?
Elle leva légèrement les yeux.
— Mondiales.
Pas d’hésitation.
Pas de doute.
— On parle d’un bouleversement complet.
— Oui.
Elle se détourna légèrement.
— Alors assurez-vous que ce soit parfait.
Un ingénieur hésita.
— Et… la présentation ?
Un léger silence.
Puis Avalina répondit :
— Pas encore.
— Mais si on attend trop—
— On ne perdra rien.
Sa voix se fit plus basse.
— Le monde n’est pas prêt.
Un regard passa dans la pièce.
— Mais il le sera.
Ses doigts glissèrent sur la tablette.
— Quand je déciderai.
……
Plus tard.
Seule.
Avalina se tenait devant la baie vitrée.
La ville brillait sous elle.
Silencieuse.
Ignorante.
Un léger souffle passa entre ses lèvres.
— Vous ne savez pas encore…
Ses yeux se posèrent sur son reflet.
— Ce qui arrive.
Elle ferma légèrement les yeux.
Des calculs.
Des projections.
Des scénarios.
Tout s’alignait.
Parfaitement.
Puis elle les rouvrit.
— Et c’est pour ça…
Un léger sourire apparut.
— Que ce sera si impressionnant.
……
Un écran s’alluma derrière elle.
Notification.
Un article.
Une rumeur.
Une fuite mineure.
“Un projet technologique inconnu en développement avancé…”
Ses yeux s’y posèrent.
Puis elle esquissa un sourire.
— Déjà…
Elle ne fit rien pour l’arrêter.
Au contraire.
— Laissez circuler.
Sa voix était calme.
— Juste assez.
Un silence.
— Pour attirer l’attention.
…..
Dans l’ombre…
Le nom Carter commençait à circuler.
Faiblement.
Subtilement.
Mais sûrement.
……
Et quelque part…
Ethan releva brusquement la tête.
Comme si quelque chose venait de changer.
Sans savoir quoi.
Sans comprendre pourquoi.
Mais avec une certitude étrange.
— Ça commence…
……
Dans la lumière…
Avalina Carter venait de lancer le premier mouvement.
Et le monde…
N’était absolument pas prêt.