Le bâtiment ne portait aucun nom.
Aucune enseigne.
Aucune trace officielle.
Il se dressait pourtant, imposant, au cœur d’une zone volontairement mise à distance du reste de la ville. Une structure de verre et d’acier, aux lignes nettes, presque austères, mais dont chaque détail trahissait des moyens considérables.
Rien ici n’était banal.
Rien ici n’était accessible.
…
À l’intérieur, tout était silence maîtrisé.
Pas le silence vide.
Celui qui respire l’efficacité.
Des couloirs épurés, des surfaces intelligentes, des systèmes invisibles en veille constante. Chaque mouvement était contrôlé, chaque accès vérifié avant même d’être demandé.
Ce n’était pas un simple lieu de travail.
C’était un centre.
Un noyau stratégique.
Un endroit où l’on ne venait pas par hasard.
…
Dans une salle d’observation en hauteur, dominant plusieurs niveaux d’infrastructures, Avalina se tenait immobile.
Ses yeux parcouraient les données projetées devant elle, mais son attention allait au-delà des chiffres.
Elle voyait les systèmes.
Les failles.
Les possibilités.
…
Sa tenue, aujourd’hui, était d’une précision presque froide. Une coupe structurée, aux lignes franches, épousant parfaitement sa silhouette élancée sans jamais chercher à l’adoucir. Les matières étaient sobres, mais d’une qualité évidente.
Elle n’était pas décorative.
Elle était… imposante.
Ses cheveux, attachés bas, dégageaient son visage, révélant des traits fins, parfaitement dessinés. Sa beauté n’était pas douce.
Elle était tranchante.
Comme une vérité qu’on ne peut pas contourner.
Et son regard…
Était ailleurs.
Toujours ailleurs.
…
— Les sollicitations ont doublé depuis ce matin.
Maya faisait défiler les demandes.
— Gouvernements, groupes privés, consortiums…
Un léger souffle.
— Ils veulent tous un accès.
Un silence.
Puis Avalina répondit :
— Refus.
— Tous ?
— Tous.
Aucune hésitation.
…
Adrian, adossé légèrement en retrait, observait.
— Ils vont insister.
— Je sais.
— Certains ne demanderont pas.
Un silence.
Puis Avalina répondit simplement :
— Qu’ils essaient.
…
Mais derrière cette réponse calme…
Quelque chose d’autre existait.
Toujours.
…
Un souvenir.
Une table.
Une chaise.
Un silence trop long.
…
Elle debout.
Face à lui.
Attendant.
Toujours.
…
— Tu peux arrêter de me regarder comme ça ?
Sa voix.
Froide.
Agacée.
…
Elle avait baissé les yeux.
Encore.
…
Ses doigts se crispèrent légèrement dans le présent.
Puis se relâchèrent.
Instantanément.
…
— Avalina ?
Elle tourna légèrement la tête vers Maya.
— Continue.
Rien.
Aucune trace.
…
Parce qu’elle avait appris.
À ne plus ressentir ça.
…
Ou du moins…
À ne plus le montrer.
…
Pendant ce temps…
Ethan était devant le bâtiment.
Immobile.
Les mains légèrement crispées le long de son corps.
…
Il ne savait pas vraiment pourquoi il était venu.
Ou plutôt…
Il refusait de se l’avouer.
…
Lucas, à côté de lui, regarda la structure.
— Ok… là, on parle d’un autre niveau.
Un léger rire nerveux.
— Tu es sûr que c’est une bonne idée ?
Ethan ne répondit pas.
Ses yeux étaient fixés sur l’entrée.
…
— Elle est là.
Un murmure.
Comme une certitude.
…
— Et tu comptes faire quoi ? Forcer ?
Un silence.
Puis Ethan avança.
— Je vais entrer.
…
La sécurité ne l’arrêta pas brutalement.
Elle n’en avait pas besoin.
Un homme s’approcha, calme.
— Monsieur.
Un regard.
— Cet accès est restreint.
Ethan soutint son regard.
— Dites-lui que je suis là.
Un silence.
— Qui ?
— Elle saura.
…
Quelques secondes.
Rien.
Puis l’homme posa la main à son oreille.
Un échange bref.
Invisible.
…
Puis :
— Attendez ici.
…
À plusieurs niveaux au-dessus…
Maya leva les yeux de sa tablette.
— Il est là.
Un silence.
Adrian ne bougea pas.
— Évidemment.
…
Avalina resta immobile.
Un instant.
Deux.
…
Puis elle inspira lentement.
— Laissez-le entrer.
Maya fronça légèrement les sourcils.
— Tu es sûre ?
Un battement.
Puis :
— Oui.
…
Parce que certaines choses…
Devaient être fermées définitivement.
…
Quelques minutes plus tard…
Le silence du couloir était presque irréel.
Ethan avançait.
Seul.
…
Chaque pas résonnait légèrement.
Mais ce n’était pas le lieu qui le troublait.
C’était ce qu’il ressentait.
…
Un malaise.
Inconnu.
…
Parce que rien de tout ça ne collait.
Ni avec ce qu’il savait d’elle.
Ni avec ce qu’il avait vécu.
…
— Ça n’a aucun sens…
Un murmure.
…
Puis il arriva.
…
Elle était là.
Debout.
Face à lui.
…
Et encore une fois…
Il y eut ce décalage.
Brutal.
…
Cette femme…
N’était pas celle qu’il avait connue.
…
Et pourtant…
C’était elle.
…
Avalina ne bougea pas.
Son regard se posa sur lui.
Calme.
Neutre.
Distant.
…
Comme sur un inconnu.
…
— Vous insistez.
Sa voix glissa dans l’espace.
Sans émotion.
…
Ethan fronça légèrement les sourcils.
— Arrête.
Un mot.
Brut.
— Arrête de faire ça.
Un silence.
— Faire quoi ?
…
— Comme si tu ne me connaissais pas.
…
Elle le regarda quelques secondes.
Puis répondit :
— Ce n’est pas “comme si”.
Le choc.
Encore.
Mais cette fois…
Plus profond.
…
Ethan passa une main sur son visage.
— Je comprends pas…
Sa voix se brisa légèrement.
Infime.
Mais réel.
…
— Je ne t’ai jamais…
Il s’arrêta.
Parce que la suite…
Était impossible à dire.
…
— Tu ne m’as jamais quoi ?
…
Le silence s’étira.
Long.
Lourd.
…
Puis il murmura :
— Je ne t’ai jamais fait ça.
…
Et c’est là.
Qu’elle changea.
Légèrement.
…
Pas dans sa posture.
Pas dans sa voix.
…
Dans son regard.
…
Quelque chose de plus froid.
Encore.
…
— Non.
Un mot.
Calme.
— Tu n’as rien fait.
…
Un battement.
Puis :
— C’est précisément le problème.
…
Le coup fut silencieux.
Mais v*****t.
…
Ethan resta figé.
— Je…
Il chercha.
Mais rien ne venait.
…
Parce qu’elle avait raison.
…
Il n’avait rien fait.
…
Ni bien.
Ni mal.
…
Rien.
…
Et ce vide…
Était pire que tout.
…
— Tu n’existais pas.
Elle le regarda.
Directement.
— Pas pour moi.
…
Et cette fois…
Il comprit.
…
Pas tout.
Mais assez.
…
— Pourquoi maintenant ?
Sa voix était plus basse.
Plus réelle.
— Pourquoi ça me touche maintenant ?
…
Un silence.
Puis elle répondit :
— Parce que tu vois.
…
Un battement.
— Trop tard.
…
Le silence retomba.
Définitif.
…
Adrian entra.
Calme.
Présent.
…
Ethan leva les yeux.
Et cette ressemblance…
Le frappa encore.
Plus fort.
…
— Vous êtes…
Un souffle.
— Frère et sœur.
…
Adrian ne répondit pas immédiatement.
Puis :
— Enfin.
Un léger silence.
— Une conclusion correcte.
…
Ethan secoua légèrement la tête.
— Qui êtes-vous vraiment…
…
Mais personne ne répondit.
…
Parce que cette question…
Il n’avait pas le niveau pour l’entendre.
…
Avalina se détourna.
— C’est terminé.
…
Et cette fois…
Il n’insista pas.
…
Parce qu’il comprenait.
Enfin.
…
Qu’il n’y avait rien à récupérer.
…
En sortant…
Le monde lui sembla différent.
…
Plus lourd.
Plus réel.
…
Lucas le regarda.
— Alors ?
…
Un long silence.
Puis Ethan répondit :
— Je ne l’ai jamais connue.
…
Et cette fois…
Ce n’était pas une supposition.
…
C’était une vérité.