Histoire de chez moi… Episode 2

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Histoire de chez moi… Episode 2Je suis très content que tu ais aimé pour une fois ce que je fais pour toi ! En fait, ça vaut bien la peine ! Je vais donc poursuivre comme promis !... Episode 2 Il convient de noter que cette Afrique-là, mon Afrique, était formée d’un grand ensemble de villages de toutes tailles et importances, mais ils avaient tous un point commun : pas d’électricité ! Pas d’eau potable sortant d’un robinet ! Pas d’usine !... Des siècles et des siècles, pour ne pas dire des millénaires et des millénaires sans que les Noirs ne pensent même que des choses de ce genre leur manquaient ! Ils n’en avaient visiblement pas du tout besoin d’autant plus qu’ils n’y pensaient même pas ! Ils pensaient bien qu’ils étaient bien et vivaient bien jusqu’à mourir le moment venu de leur belle mort ! Toute leur vie était ponctuée par ce cycle : naître, vivre puis mourir ! Ils avaient essayé d’enrayer la mort de leur milieu en vain ! Il ne leur restait plus qu’à faire avec ! Et c’est ce qu’ils faisaient !... L’arrivée des missionnaires avec la Bible ne devait pas en elle-même être en principe quelque chose de mauvais et moins encore de dramatique pour ce peuple, mais l’Eglise fut précédée par le Commerce ! En effet, l’Afrique, mon Afrique, ne s’appartenait plus depuis un bon moment ! Car en fait, un bon matin (paradisiaque ou infernal ?) l’homme Noir croisa sur sa route au détour d’un chemin quelqu’un d’une tout autre couleur ! C’était en fait des Blancs ! Incroyable mais vrai ! Qui étaient donc ces gens à la peau blanche (qui à cause des circonstances était donc encore plus blanche, voire immaculée) ? Quels étaient donc ces hommes qui marchaient dans nos forêts et sur nos pistes ? De quel monde venaient-ils ? Nous ne les connaissons pas ! N’en avons jamais entendu parler ! Ne voyons pas du tout qui ils peuvent bien être !... Cette rencontre nous glaça le sang ! Elle nous renversait ! Nous bouleversait ! Nous qui pensions que nous étions seuls sur cette terre ! Y avait-il donc d’autres hommes sur terre mis à part nous ? Comment se fait il que nous ne les ayons jamais rencontrés avant ?... Ils semblent être en train de chercher leur chemin ! On dirait bien qu’ils ne connaissent pas bien notre territoire ! Dieu ! Leur peau ! Quel contraste avec la nôtre ? Que faire ? Que dire ? A quel saint se vouer ? Qui pouvait nous renseigner sur ces étranges étrangers ? Que signifiait donc cette présence insolite sur nos terres ? Quel en sera l’impact sur nos vies ? Quel avenir pour notre peuple ? Que vont-ils penser de nous ? Nos femmes ? Nos enfants ?... De bouche à oreille, l’information circula rapidement dans la forêt ! Retransmise mystérieusement par tam-tam de village à village ! Des Blancs ! Des Blancs ? Oui ! Des Blancs ! Tout ce qu’il y a de blanc ! Immaculés ! Sans aucune tache ! Avec de longs cheveux qui leur tombaient dans le dos quand ils ne les retenaient pas à la nuque ! C’est grave ! C’est mystérieux ! C’est dangereux ! C’est un risque énorme que de les approcher ! On ne sait jamais ! « Mieux vaut prévenir que guérir ! » Il ne fallait pas embrasser l’inconnu !... C’est dire que chacun se retrouvait complètement bouleversé ! Que fallait-il faire ? Quelle attitude adopter ?... Consultés, les anciens du village ; les plus qu’anciens ! Les plus qu’anciens à qui il ne restait des fois plus qu’une dent ; une seule et unique dent dans la bouche ! Mais dont la mémoire restait étonnamment jeune ! Après avoir tiré plusieurs fois sur leur pipe, trouvèrent la réponse ! Mieux, se souvinrent de la réponse ! Oui ! Ils en avaient entendu parler depuis des lustres ! De la bouche même de leurs parents à eux ! Quand ils n’étaient qu’encore des jeunes ! Et qu’ils ne savaient pas encore qu’ils prendraient femmes et feraient des enfants ! Quand ils ne comprenaient pas encore comment du jour au lendemain, sans crier gare, la bouche de quelqu’un pouvait se vider de toutes ses dents les unes après les autres ! Quand ils ne savaient pas encore pourquoi certaines femmes avaient leur poitrine complètement aplatie ! Que certains seins n’étaient plus que des sortes de sandales avec l’âge ! C’était à une époque où leurs parents à eux leur faisaient croire avec aisance que les enfants tombaient du ciel ! Qu’une femme enceinte n’était qu’un réceptacle des dieux ! Que pour accoucher, elle n’avait qu’à danser pour eux au cœur de la forêt, et, de belle manière, jusqu’à ce qu’ils agréent sa prestation et qu’en guise de remerciements lui en donnent un ! Bref, c’était il y a très, très longtemps ! Et comme il n’y avait pas de calendrier, personne ne pouvait plus dire avec précision quand !... Oui c’était ça ! Ce ne pouvait qu’être ça ! Et dire qu’ils n’y croyaient même pas à l’époque quand on leur en parla ! Balivernes que tout cela ! Les parents ont dû avaler quelque chose de travers et parlent sous l’effet de l’indigestion ! Ou encore, ils sont tout simplement en quête de quelque chose de sensationnel ! Quelle imagination fertile ? Quelle folie ? Comment se lever comme ça un beau matin, l’air complètement écrasé, abattu, et dire aux siens qu’on avait eu des visions terribles ! Qu’un malheur arrivait sur le village ! Que plus rien ne serait plus alors comme avant !... Les anciens, les plus qu’anciens, se souvinrent donc avec tristesse de ce qu’avaient prédit leurs parents et dont ils s’étaient joyeusement moqué ! C’était donc vrai !... Oui, dans mon pays, au cœur de l’Afrique, à cette époque immémorable extrêmement reculée, des hommes avaient parlé ! Des sages respectables et respectés avaient parlé ! Ils avaient un jour ouvert la bouche pour parler ! Ils avaient demandé le silence total à la foule incrédule qui était toute oreille ! Ils avaient l’air grave ! Comme s’ils avaient croisé dans leur sommeil un méchant génie des forêts ou des montagnes ! Ils avaient perdu toute sérénité ! On avait tiré l’oreille des tout petits et crié « chuuuuut » ! Les femmes avaient, alertées, oublié leurs marmites sur le feu ! Le temps s’était arrêté ! Toutes et tous étaient suspendus aux lèvres des plus qu’anciens ! Ceux-là qui en avaient vu de toutes les couleurs depuis des centaines de soleils ! « L’expérience n’est-il pas le bâton des aveugles » ? … Les parents des plus qu’anciens avaient alors dit : « Il vient des moments terribles pour notre village ! Des moments sans précédents pour nos terres ! Malheur à ceux qui seront alors en vie ! Malheur à ceux qui en seront les témoins ! Des hommes d’ailleurs viendront ici chez nous ! Ce sont des esprits ! Ils seront tout blancs ! Pas une seule tache noire ! Ils auront de longs cheveux souples et brillants ! Ils seront très forts et intelligents ! Plus forts et intelligents que nous ! Ils nous apporteront une autre manière de vivre ! Ils changeront de fond en comble notre vie de tous les jours ! Ils nous battront ! Nous humilieront ! Nous tortureront ! Ils détruiront les fondements séculiers de notre société ! Ils mettront quelque chose d’autre à la place ! Quelque chose de propre à eux ! Ils nous réduiront en esclavage ! Brûleront nos villages ! Incendieront nos récoltes ! Violeront nos femmes et nos filles ! Raseront nos contrées ! Saccageront le patrimoine de nos ancêtres ! Transformeront le comportement de nos enfants et même le nôtre ! Il ne subsistera à la fin plus rien de nous ! »… De silencieuses larmes coulaient des yeux à l’écoute de ces paroles des plus qu’anciens ! Les cœurs battaient la chamade à s’en rompre les vaisseaux ! Le soleil d’Afrique se mêla à la concertation ! Mais ses brûlants rayons n’auguraient rien de bon pour ces pauvres Noirs au seuil de l’enfer!... Fin de l’épisode ! Excuse-moi d’avoir été plus étendu qu’au premier abusant ainsi de ton précieux temps Marie ! Bien de bonnes choses à toi.
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