L'Ombre de la Justice Pénale
Le choc de la convocation de la Police Judiciaire (PJ) de Yaoundé effaça toute trace de triomphe. Japhet, même innocent de meurtre, était maintenant sous enquête officielle pour homicide involontaire et dissimulation de cadavre
—l'affaire de la mort de son père, Maître Fotsing, rouverte grâce aux preuves présentées.
— Clarisse a dû faxer les pièces du dossier à la PJ avant de s'enfuir, dit Kouemou, ses traits tirés. Elle savait que l'acte de Tshameni était perdu, alors elle a utilisé votre secret comme ultime grenade.
— Et sa note ? demanda Amira, le cœur serré. Que peut-elle savoir de Marlyse qui soit pire que le chantage et le vol d'enfant ?
Japhet était livide.
— La seule chose qu'elle puisse révéler, c'est ce que Marlyse m'a dit le jour de l'Acte. Elle a exigé que je jure de ne jamais vendre le terrain de Béni-Terre, même si Yannick en héritait.
— Pourquoi ?
— Parce que selon la loi coutumière du clan D'OUMAY (le clan de Marlyse), si la lignée est impure (fils d'étranger) et si la terre est vendue, la terre doit revenir à un héritier de sang pur de la famille D'OUMAY. Clarisse est le dernier membre de la lignée D'OUMAY. Si Yannick meurt ou est déshérité, la terre lui revient.
Amira comprit. Clarisse n'avait qu'un seul objectif : que Japhet soit déclaré coupable, déchu de sa tutelle sur Yannick, et que Yannick soit déshérité. Ainsi, Clarisse hériterait de la terre en tant que dernière descendante du clan D'OUMAY.
Le Serment Retardé
Le départ pour Yaoundé était inévitable. Si Japhet ne répondait pas à la convocation, il serait jugé coupable par défaut, ruinant la victoire de Bouda.
Amira regarda Japhet, la bibles usée et le plan de Clarisse entre les mains.
— Nous devons y aller ensemble, Japhet. J'ai prouvé que Tshameni vous a fait chanter pendant quinze ans. J'utiliserai mes connaissances en droit pour vous défendre.
— Mais le Serment du Cacao, Amira ? Le Fon attend une réponse avant que l'affaire ne soit scellée.
— Le Fon comprendra. L'honneur d'un homme innocent face à l'enquête criminelle est prioritaire. Kouemou, tu dois rester ici. Protège Yannick et dis au Fon que nous reviendrons.
Kouemou accepta, le sifflet d'os du Léopard à la main. Japhet et Amira partirent immédiatement, laissant derrière eux la justice coutumière pour affronter la justice d'État.
L'Interrogatoire Tendu
Arrivés à Yaoundé, Japhet et Amira se rendirent directement aux bureaux de la PJ. Le commissaire, un homme froid et méthodique, les attendait.
Japhet fut emmené pour un interrogatoire formel. Amira, agissant comme son conseil officieux, resta en salle d'attente, exploitant les lois sur la procédure pénale pour obtenir des informations.
Finalement, Japhet sortit, le visage sombre.
— L'interrogatoire a été brutal, Amira. Ils ont le procès-verbal de l'époque et l'ont comparé à la confession que j'ai faite au Fon. Ils m'ont demandé : "Pourquoi Marlyse Fotsing (Kouam) a-t-elle été la seule personne à découvrir la vérité sans chantage ?"
Amira fut frappée par l'intelligence de la question. Marlyse, la défunte, était la seule à avoir connu la vérité sans extorsion. Pourquoi ?
— Japhet, Marlyse n'a jamais cru au suicide de votre père. Elle devait avoir une dernière preuve pour la PJ, quelque chose qui innocentait votre geste, mais incriminait votre silence.
— Quelle preuve ?
— Le chèque de 5 millions ! Tshameni a été payé pour taire l'accident. Il y a eu extorsion, mais vous n'êtes coupable d'aucune faute pénale.
— Mais l'extorsion n'annule pas l'homicide involontaire, Amira.
La Piste de Clarisse
Amira et Japhet se rendirent à leur ancienne villa, désormais vide et sous scellés. Mais Amira remarqua un détail : le jardin, où l'Acte avait été perdu, était retourné. Quelqu'un avait cherché quelque chose.
— Clarisse est venue ici. Elle n'a pas seulement volé l'Acte. Elle a cherché autre chose, dit Amira.
En entrant dans l'ancienne chambre de Marlyse, Amira s'arrêta. Il n'y avait plus rien, mais elle remarqua une marque claire sur le mur, là où un grand tableau était accroché. La peinture était plus fraîche.
Elle se souvint d'un tableau que Marlyse chérissait : un paysage de champs de cacaoyers.
— Marlyse a caché quelque chose sous ce tableau. La dernière vérité de Clarisse n'est pas une révélation, c'est un objet !
Japhet regarda le mur. Le tableau avait été décroché. Clarisse l'avait pris.
— C'est une toile peinte par le père de Clarisse, un peintre local. Marlyse l'avait conservé pour son symbolisme.
Japhet s'approcha du mur. Il enleva le peu de poussière pour exposer la marque fraîche.
Il y avait une petite découpe dans le papier peint. Derrière la découpe, il trouva une vieille b***e magnétique d'une caméra vidéo des années 2000.
Amira la prit, les mains tremblantes.
— C'est peut-être l'enregistrement du jour où votre père est mort ! Marlyse a dû tout filmer !
— C'est le prix de ma liberté, Amira. Si c'est un enregistrement, cela prouvera que Tshameni était là, et ça me mettra hors de cause.
Au même instant, le téléphone de Japhet sonna. C'était un numéro masqué.
— C'est Clarisse, Japhet. Elle a vu que vous êtes en ville.
La voix de Clarisse était glaciale, teintée de folie.
— Japhet. Le tableau n'était pas un simple souvenir. C'était la cachette du Testament du Clan D'OUMAY. Marlyse l'a volé. Il dit que si la lignée est impure (fils d'étranger), l'héritage revient au dernier descendant de sang pur, c'est-à-dire MOI !
Clarisse raccrocha. Japhet et Amira se regardèrent. La b***e magnétique pouvait les innocenter du crime, mais le testament de Clarisse pouvait leur faire perdre le terrain et l'enfant.
— Nous avons la preuve de votre innocence, Japhet. Mais nous devons trouver un moyen de stopper le Testament de Clarisse avant qu'elle ne le présente au Fon à Bouda.