Chapitre 15 : Le Choix de l'Héritage

1050 Words
Le Dilemme d'Amira ​Le souffle court, Amira regarda Kouemou. L'information venait de les frapper de plein fouet : Japhet était en danger de mort, attiré par un piège, tandis que Yannick, l'enfant otage, était localisé au Manguier Secret. ​Le cœur d'Amira se serra. Sauver l'homme qu'elle aimait et qui était désormais la cible principale de Tshameni ? Ou sauver l'enfant innocent dont la vie était la clé de la justice et l'héritage de Marlyse ? ​Kouemou, membre de la Confrérie du Léopard, lui dit d'une voix grave : — Tshameni a besoin de Japhet vivant pour obtenir la terre par chantage ou pour le tuer et revendiquer l'enfant en tant qu'héritier. Il ne le tuera pas immédiatement. Mais Yannick... s'il sent que l'étau se resserre, Tshameni peut faire disparaître l'enfant en quelques heures. ​Amira, la future avocate, savait que sans Yannick, ils n'avaient aucune preuve vivante contre Tshameni. Sans la présence de l'enfant, Tshameni pourrait détruire l'Acte volé, le faux journal intime et prétendre que l'histoire de l'enfant était une invention de Japhet. ​— Si nous sauvons Japhet, nous perdons Yannick. Si nous sauvons Yannick, nous avons la preuve pour le Fon. Japhet nous donnera une chance de gagner la bataille juridique, dit Amira, la voix tremblante mais ferme. ​— Qu'est-ce que Japhet aurait voulu ? ​Amira se souvint des paroles de Japhet : « Nous n'y allons plus pour le terrain. Nous y allons pour sauver un enfant ». ​— Japhet a pris l'initiative de me donner son amour et la vérité. Je dois lui rendre la pareille en prenant la sienne. Nous sauvons l'enfant. ​Le Plan d'Extraction ​Amira, Kouemou et deux autres membres de la Confrérie du Léopard établirent rapidement un plan. Ils devaient se rendre à la concession Béni-Terre, une zone dangereuse, pour exfiltrer Yannick. ​Amira insista pour les accompagner. — Yannick a quinze ans. Il aura peur. Je dois être là pour lui parler. Je suis sa demi-sœur, et je porte le pendentif de Marlyse. ​Kouemou lui donna un petit sifflet d'os, le signal secret de la Confrérie. — Si tu es en danger, souffle fort. Et voici ceci. ​Il lui remit un petit couteau de poche en bois, sculpté à l'effigie d'un léopard. Un geste d'acceptation dans leur société secrète. ​Pendant ce temps, Kouemou envoya un message crypté aux amis de Japhet dans la région de la forêt où il avait été attiré : "Le Léopard a été vu près du Manguier. L'appât est ailleurs." Le message était conçu pour alerter les alliés de Japhet sur le danger, tout en confirmant que l'enfant était la priorité. ​L'Infiltration ​Ils arrivèrent près du Manguier Secret après une marche silencieuse dans la brousse. Le lieu était isolé. Les deux hommes de main de Tshameni montaient la garde. ​Yannick était caché dans une petite niche aménagée dans les racines du manguier. Amira pouvait entendre le léger bruit d'un jeune homme qui dessinait ou lisait. ​Le plan était une distraction simple : Kouemou et ses hommes devaient simuler une attaque d'animaux sauvages dans la direction opposée pour éloigner les gardes. ​À l'instant où les gardes s'éloignèrent, Amira se précipita vers le manguier. Elle murmura doucement en Bamiléké : — Yannick, ne crie pas. Je suis Amira. Je suis ta demi-sœur. Ta mère m'a envoyée. ​Yannick sortit de sa cachette. Il était maigre, les yeux grands et effrayés. ​— Marlyse... ma mère ? ​Amira lui montra le pendentif. Yannick le reconnut immédiatement. ​— Maman m'a dit que si je voyais quelqu'un avec ce symbole, je devais lui faire confiance. ​Le Contretemps et la Surprise ​Amira prit Yannick par la main. Ils devaient courir. Mais alors qu'ils s'éloignaient, ils entendirent un bruit de moteur tout proche. Quelqu'un s'approchait. ​Ce n'était pas Tshameni. C'était Clarisse. ​Elle sortit de la voiture, les yeux embués. Elle n'était pas armée. ​— Amira ! J'ai vu la voiture de Japhet garée près de la forêt. Il est parti seul ! J'ai eu peur. J'ai vu les phares de Tshameni dans la mauvaise direction et j'ai compris que vous étiez ici. ​Clarisse vit Yannick. Elle s'approcha de l'enfant, l'émotion la submergeant. ​— L'enfant... Le fils de Marlyse. ​Clarisse se tourna vers Amira. — Je ne peux pas trahir Tshameni, Amira. Mais je ne peux pas laisser cet enfant mourir. Si vous partez en voiture, nous risquons de nous faire prendre. Tshameni sait que c'est mon véhicule. ​Clarisse sortit une feuille de papier de sa poche. C'était un plan dessiné à la hâte. ​— Prenez cette carte. C'est le chemin des tunnels secrets que mon grand-père utilisait pendant les guerres. Ils mènent directement derrière la concession du Fon. C'est le seul moyen de contourner la surveillance de Tshameni. Mais... vous ne pouvez pas y aller avec Kouemou. C'est un chemin pour une seule personne. ​Amira regarda le plan, puis Clarisse. L'épouse jalouse faisait enfin un geste de rédemption, motivée par la peur de l'enlèvement ou la culpabilité de sa trahison passée. ​— Et vous, Clarisse ? demanda Amira. ​— Je vais rester. Je vais dire à Tshameni que l'enfant s'est échappé et que je ne suis là que pour vous surveiller. Allez-y. Mais sauvez Japhet après. ​Amira prit la carte et regarda Yannick. La voie vers la justice était étroite et dangereuse. ​ ​Amira s'engagea dans la jungle avec Yannick. Juste avant d'atteindre l'entrée cachée du tunnel, Yannick s'arrêta. ​— Attends, Amira ! Tonton Tshameni m'a dit quelque chose. Il a dit que si je m'échappais, il dirait à tout le monde que le vrai secret de maman Marlyse n'était pas le terrain. ​— Quel secret, Yannick ? ​L'enfant, les larmes aux yeux, répondit : ​— Il a dit que ma mère avait volé l'acte sous seing privé non pas à vous, Japhet, mais à Tonton Japhet... parce que Tonton Japhet avait tué quelqu'un à Bouda avant de partir pour Yaoundé ! ​Amira était sous le choc. L'innocence de Japhet, l'homme qu'elle aimait, était peut-être le plus grand mensonge de tous. Le dilemme n'était pas seulement de sauver Japhet, mais de savoir s'il méritait d'être sauvé.
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